TOURIST TRAP - LE PIEGE
Titre: Tourist Trap
Réalisateur: David Schmoeller
Interprètes: Chuck Connors

 

Jocelyn Jones
Tanya Roberts
Jon Van Ness
Robin Sherwood
 
 
Année: 1979
Genre: Epouvante / Fantastique / Slasher
Pays:  
Editeur  


Critique:

Réalisé en 1979, le premier long-métrage de David Schmoeller eut sans doute le tort de sortir peu après HALLOWEEN, auquel il fut abusivement comparé. Oublié de la plupart des cinéphiles mais auréolé d’une petite aura culte (Stephen King le classe parmi ses films d’horreur préférés dans son essai sur le genre, "Danse Macabre"), TOURIST TRAP nous arrive aujourd’hui en DVD. Une bonne occasion de le ré-évaluer.

Le scénario est assez classique : trois jeunes filles plutôt jolies et un type style macho partent en balade sur la route et aboutissent à un superbe site touristique déserté. Leur véhicule tombe en panne (refrain connu) mais le propriétaire d’un musée de cire, Mr Slausen, les accueille et se propose de les héberger. Il leur recommande expressément de ne pas sortir le soir mais, bien sûr, les jeunes gens ne prennent pas cet avertissement très au sérieux.

David Schmoeller n’avait réalisé que deux court-métrages avant de se lancer dans la mise en scène de ce long déjà très maîtrisé et efficace. Bien sûr il ne fait guère preuve d’originalité au niveau de l’intrigue dont les prémices rappellent nombre de films antérieurs et en particulier MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. On note aussi le cadre du musée de cire évoquant immédiatement L’HOMME AU MASQUE DE CIRE et les pouvoirs télékinésiques rendus populaires par CARRIE et FURIE de Brian DePalma même si Schmoeller préfère, pour sa part, se référer à la série télévisée "La Quatrième Dimension". Notons au passage que le récent HOUSE OF WAX reprendra à son tour de nombreux éléments à ce TOURIST TRAP.

Schmoeller va élever par des notes étranges et irréelles ce sujet qui, chez un artisan moins concerné, n’aurait donné qu’un banal slasher sans imagination. Il choisira tout d’abord de s’écarter de la tradition des meurtres à l’arme blanche pour privilégier l’utilisation de pouvoirs psychiques, donnant lieu à des scènes d’effets spéciaux assez vieillots mais encore efficaces pour peu que l’on accepte de se prendre au jeu du métrage. Ce dernier, de toutes façons, ne cherche pas le réalisme à tout crin mais s’oriente surtout vers le conte de fée macabre annonçant un peu par son ambiance le DOLLS tourné 6 ans plus tard par Stuart Gordon. Schmoeller est donc soucieux de construire un univers à la fois beau et inquiétant, plaçant ainsi trois jeunes femmes dans un site naturel enchanteur avant de les plonger dans une maison inquiétante, peuplée de mannequins de cire quasiment vivants. Un univers qui évoque immédiatement le motel de PSYCHOSE...

Mais le cinéaste n’est pas seul responsable de la réussite du métrage et on peut dire qu’il est bien entouré par une équipe talentueuse. Parmi ses collaborateurs on note le jeune producteur Charles Band qui, via Empire puis Full Moon, se spécialisera dans la série B fantastique. Schmoeller lui resta d’ailleurs fidèle durant une douzaine d’années et deviendra un des réalisateurs les plus respectés de la firme, conciliant un véritable souci artistique à un sens commercial certain comme en témoigne par exemple CATACOMBS ou le premier volet de l’interminable saga PUPPET MASTER. Nous évoquions HALLOWEEN et nous retrouvons justement parmi les producteurs du métrage de Schmoeller monsieur Irwin Yablans, lequel exerça ce même poste sur les trois premiers volets de la saga initiée par John Carpenter. Mais le métrage est, heureusement, beaucoup plus original que les nombreux décalques de HALLOWEEN qui envahirent les écrans au début des années 80, mettant la moindre fête à feu et surtout à sang via des titres comme MEURTRES A LA SAINT VALENTIN, PROM NIGHT, DOUCE NUIT SANGLANTE NUIT, APRIL’s FOOL DAY, HAPPY BIRTHDAY TO ME et bien d’autres.

La musique de TOURIST TRAP est, elle, signée du grand compositeur Pino Donaggio, lequel a travaillé à plusieurs reprises avec Brian DePalma pour lequel il a signé de mémorables partitions (CARRIE, PULSIONS, BODY DOUBLE, BLOW OUT). Donaggio a aussi composé pour Joe Dante (PIRANHA, HURLEMENTS) et, ensuite, beaucoup de cinéastes issus du bis. Il retrouva d’ailleurs Schmoeller pour FOU A TUER et CATACOMBS. La musique écrite pour TOURIST TRAP alterne donc moments doucereux et inquiétants avec des thèmes plus bizarres qui évoquent parfois une sorte de fanfare déglinguée ou de cirque morbide. Bref, un véritable souci de s’accorder à la tonalité un peu décalée de ce métrage porté sur le fantastique suggestif et l’épouvante évocatrice.

Signalons également que le montage de TOURIST TRAP est assuré par le débutant Ted Nicolaou qui devint au milieu des années 80 un des réalisateurs fétiches de Charles Band via les sagas SUBSPECIES ou DRAGONWORLD avant de boucler la saga PUPPET MASTER en confrontant les marionnettes à d’autres monstres de la compagnie, les "Demonic Toys" dans le bien nommé PUPPET MASTER Vs DEMONIC TOYS.

Aux côtés de cette équipe technique solide, nous retrouvons l’acteur Chuck Connors, ayant déjà une belle carrière derrière lui et qui se voyait bien "finir comme Boris Karloff", selon Schmoeller. Le vétéran livre ici une prestation intense et concernée, bien loin d’un simple rôle de "prends l’oseille et tire toi". Il ne put malheureusement poursuivre dans cette voie puisqu’il se compromit ensuite dans des séries B de sinistres mémoires lorsqu’il ne se contenta pas d’apparition totalement inutiles au déroulement de l’intrigue comme dans le très nanar film de ninja (pléonasme !) SAKURA KILLER.

Au rayon des acteurs et actrices citons encore la débutante Tanya Roberts, bien jolie et très peu vêtue qui complète avantageusement la distribution. Elle deviendra ensuite une familière du bis américain en reprenant inlassablement le même personnage de demoiselle sexy peu farouche dans des métrages aussi oubliés aujourd’hui que NIGHT EYES ou INNER SANCTUM. Logiquement elle incarna aussi une James Bond girl dans DANGEREUSEMENT VOTRE mais on se souvient surtout de sa présence dans le très sympathique DAR L’INVINCIBLE ou dans le kitchissime SHEENA REINE DE LA JUNGLE.

Si TOURIST TRAP compte beaucoup de bonnes idées il compte malheureusement aussi son lot de défauts, à commencer par l’aspect trop prévisible et répétitif de son intrigue. Encore une fois l’ombre de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE plane sur le métrage de Schmoeller qui adopte une construction scénaristique pratiquement identique. Il use aussi des vieux clichés de l’épouvante en opposant deux demoiselles courtes vêtues et sexuellement actives à une héroïne prude et virginale habillée d’une robe longue et blanche.

La révélation de l’identité du tueur tombe, elle-aussi, complètement à plat et renvoie à PSYCHOSE ou même à SISTERS de DePalma. Ses motivations et les raisons de sa folie ne sont pas, elles non plus, particulièrement novatrices mais les passages plus intimistes au cours desquels Chuck Connors se lamente sur la disparition de son épouse fonctionnent, eux, parfaitement.

Les meurtres manquent par contre un peu de mordant et cette retenue valut au film un simple avertissement (Parental Guidance) alors que la norme était à cette époque l’interdiction aux mineurs, ce dont se désole Schmoeller dans les bonus, arguant que "personne ne souhaite voir un film d’horreur seulement déconseillé aux enfants."

Même si il n’est pas le chef d’œuvre méconnu vanté par certains, TOURIST TRAP demeure un très honnête film fantastique. Son édition en DVD, via les passionnés d’Artus Films, est donc une bénédiction. Même si l’image n’est pas de première fraîcheur il est difficile de bouder son plaisir devant ce film très rare accompagné de bonus sommaires mais intéressants, dont une courte interview de David Schmoeller lui-même. Bref, une découverte conseillée.

Nous remercions Artus Films pour l’envoi de ce DVD

Fred Pizzoferrato - Mai 2008