LA TOUR DU DIABLE
Titre: Tower of Evil / Beyond the Fog
Réalisateur: Jim O' Connolly
Interprètes: Bryant Haliday

 

Jill Haworth
Anna Palk
William Lucas
Anthony Valentine
Jack Watson
Mark Edwards
Année: 1972
Genre: Horreur
Pays: Grande Bretagne / USA
Editeur  
Critique:

Petite production aujourd’hui oubliée, LA TOUR DU DIABLE (ou LE VAMPIRE DE L’ÎLE DU DIABLE) n’en reste pas moins une curiosité raisonnablement divertissante qui dispose de quelques atouts pour séduire le spectateur nostalgique.

L’intrigue débute par la découverte d’une jeune femme en état de choc, Penny, soupçonnée du meurtre de ses amis sur l’île perdue de Snape Island, au large de l’Ecosse. La demoiselle, secourue par deux pêcheurs, poignarde sauvagement l’un d’eux et se voit ensuite emmenée dans un hôpital psychiatrique. Là, Penny raconte son histoire étrange et l’un des médecins, le Dr Simpson (joué par Anthony Valentine), affirme solennellement que l’esprit de la demoiselle a été soumis à rude épreuve « par ce qu’elle a vu…ou fait ».

En réalité, Penny appartenait à un petit groupe de touristes américains venus s’encanailler dans un festival de jazz avant de débarquer sur Snape Island. En dépit de l’atmosphère maléfique des lieux (« je sens le Mal sur cette île » déclare l’une des jeunes femmes), notre bande de copains passe le temps en fumant des joints et en s’envoyant en l’air avant que des événements tragiques ne surviennent. Intrigué par le récit de Penny, une équipe de scientifiques tendance chauds lapins décide de se rendre sur l’île et de résoudre le mystère. La mort d’un des jeunes touristes, transpercé par une lance très ancienne, conduit en effet nos savants à soupçonner la survivance sur Snape Island d’un culte millénaire dédié au terrible dieu phénicien Baal.

Le cinéaste anglais Jim O’Connolly, né en 1924 et décédé en 1987, produisit dans les années ’60 une poignée de métrages basés sur les écrits d’Edgar Wallace, un des maître du roman policier de gare. Il se lance dans la mise en scène en 1963 et réalise huit films en une dizaine d’années, ainsi que quatre épisodes de la fameuse série télévisée « Le Saint ». Parmi ses œuvres notables citons LE CERCLE DE SANG en 1967 et, surtout, l’excellent LA VALLE DE GWANGI confrontant des cow-boys à des dinosaures animés images par images par l’expert Ray Harryhausen.

LA TOUR DU DIABLE constitue, pour sa part, un étrange produit non dénué de qualités mais, au final, quelque peu décevant. L’intrigue, non linéaire, anticipe les débordements des futurs slashers et orchestre les sanglantes mises à mort d’une poignée de jeunes surtout préoccupés de fumer de l’herbe et de se câliner. Cependant, Jim O’Connolly y ajoute des éléments de sorcellerie typiques des années ’70 et soigne l’atmosphère, capturant les aspects les plus inquiétants de cette île. Le phare, le brouillard menaçant et les références antiques confèrent à cette TOUR DU DIABLE un véritable cachet et un parfum proche de l’épouvante gothique, ce qui rend le tout agréable à suivre. Malheureusement, le long-métrage s’avère également confus et embrouillé tant le cinéaste alterne les points de vue et multiplie les flashbacks, au point de rendre la narration peu claire et rébarbative même si l’intrigue proprement dite reste, elle, assez simple.

Malheureusement, le métrage s’avère également confus et embrouillé tant le cinéaste alterne les points de vue et multiplie les flashbacks, au point de rendre la narration, non linéaire, peu claire et rébarbative même si l’intrigue proprement dite reste assez simple. Pour un petit budget, les effets gore sont, eux, relativement nombreux et efficaces. Ils incluent un bras tranché, un empalement, un cadavre dévoré par des crabes, un coup de hache meurtrier, une décapitation, etc. Rien de traumatisant pour le public actuel mais, replacé dans le contexte de l’époque, une bonne volonté évidente et l’intention manifeste d’en donner au spectateur pour son argent en matière de carnage.

LA TOUR DU DIABLE dispense, également, une louche de nudité complaisante qui permet d’admirer l’anatomie des actrices, fort jolies et adroitement mises en valeur. Le cinéaste passe, en outre, un temps conséquent à développer ses personnages et à leur donner un minimum d’épaisseur, ce qui surprend dans une production de ce style. Même si tout cela n’aboutit, au final, qu’à un jeu de massacre traditionnel et sans surprise Jim O’Connolly cherche à se démarquer du tout venant et y parvient parfois. Dommage que le résultat ne soit pas plus passionnant et que l’ennui pointe souvent son nez entre deux séquences efficaces.

Au croisement de différentes tendances de l’horreur, LA TOUR DU DIABLE reprend des éléments gothiques, inspirés par la Hammer et y ajoute un climat fantastique très ancré dans son époque, incluant des fumeurs de joints adeptes du jazz et de l’amour libre. Le cinéaste développe cependant un penchant pour le gore et l’érotisme plus modernes, qui préfigurent VENDREDI 13 et consorts et s’inscrivent dans la lignée des gialli italiens à la BAIE SANGLANTE.

Malheureusement, malgré ses indéniables qualités, LA TOUR DU DIABLE ne parvient pas vraiment à convaincre et ressemble surtout à un patchwork de scènes disparates qui alternent le bon et le grotesque. Le tout n’évite pas, non plus, les longueurs, peu aidé par un rythme languissant, voire même défaillant mais le résultat demeure, au final, une intéressante curiosité et dispose de suffisamment d’intérêt pour intéresser les nostalgiques.

 

Fred Pizzoferrato - Juillet 2014