TRAUMA (1977)
Titre: Violación fatal
Réalisateur: León Klimovsky
Interprètes: Ágata Lys

 

Heinrich Starhemberg
Ricardo Merino
Isabel Pisano
Antonio Mayans
Irene Foster
Sandra Alberti
Année: 1977
Genre: Thriller / Drame / Giallo
Pays: Espagne
Editeur  
Critique:

L’Argentin León Klimovsky, dentiste de formation passionné par le cinéma, se lance dans la mise en scène, à la quarantaine, en adaptant divers classiques littéraires de Dostoïevski ou Dumas. Au début des années ’50, il émigre en Espagne et y poursuit une carrière dévolue au cinéma populaire, tournant beaucoup de westerns durant l’âge d’or du genre. On lui doit ainsi les plaisants QUELQUES DOLLARS POUR DJANGO et LE COLT DU REVEREND.

Toutefois, Klimovsky trouve davantage sa voie dans le domaine de l’épouvante via LA FURIE DES VAMPIRES, Dr JEKYLL Y EL HOMBRE LOBO et d’autres sympathiques séries B qui mettent en vedette la star locale Paul Nasch. Au total, le cinéaste dirige Naschy à huit reprises, entre autre dans RED KILLER, un giallo agréable sorti en 1974. Trois ans plus tard, pour son dernier long-métrage (le 75ème !), Klimosky revient au genre et concocte un thriller psychologique, cette fois fortement inspiré par PSYCHOSE.

Un écrivain spécialisé dans les romans policiers s’installe dans une pension tenue par la belle Veronica afin de composer un nouveau bouquin. Très vite, il sympathise avec la jeune femme, laquelle s’occupe de son mari, un infirme qui vit en reclus et ne quitte jamais sa chambre. Rapidement, le romancier et la demoiselle se découvrent des affinités et entament une relation amoureuse, bientôt perturbée par l’arrivée de deux touristes désireux de séjourner à la pension. A la nuit tombée, les jeunes gens sont brutalement assassinés…Est-ce Veronica la coupable ? Ou son mari ? A moins que la vérité ne soit plus complexe ?

Routinier, TRAUMA assume, presque sans honte, sa parenté avec PSYCHOSE et le spectateur aura rapidement cerné les troubles psychologiques de Veronica, coupable potentielle quasiment désignée dès le début de la projection. Durant le premier face à face entre la demoiselle et son époux, en effet, ce dernier est laissé dans l’ombre, dissimulé par le dossier du fauteuil dans lequel il est assis. Il ne prononce pas un seul mot mais la jeune femme se plie pourtant à ses désirs, à commencer par une séance d’effeuillage forcé. Les spectateurs les moins perspicaces auront immédiatement compris où le cinéaste veut les conduire, d’autant que le jeu chargé d’Agatha Lys ne laisse nul doute sur la schizophrénie de son personnage.

Pour étoffer son intrigue, León Klimovsky se voit, dès lors, contraint d’introduire de nouveaux protagonistes, comme ces deux touristes sexuellement libérés dont la présence met instantanément Veronica mal à l’aise. Le film embrasse ainsi sa condition de giallo (ou d’amarillo comme disent les lecteurs du fanzine Médusa) et propose l’un ou l’autre passage gentiment érotique, suivi de meurtres au rasoir dans la grande tradition de l’épouvante à l’italienne.

Soucieux de contenter les afficionados, le cinéaste, et c’est tout à son honneur, respecte les conventions établies et offre une poignée de crimes sanglants et brutaux, exécutés par une main gantée de cuir noir. Malheureusement Klimovsky, emporté par son enthousiasme quasi juvénile à dénuder ses actrices ou à faire gicler le sang, manque cependant d’un véritable talent esthétique et ne peut rivaliser avec les cadors italiens du giallo. Sa mise en scène, impersonnelle voire brouillonne, ne rend, hélas, aucunement ces séquences mémorables ou angoissantes et seul le gore (aujourd’hui timoré) les distinguent de la masse.

Plusieurs scènes de nudité, complètement gratuites, viennent, pour leur part, rassasier les voyeurs, comme cette séance de gymnastique accomplie seins nus, sans la moindre raison, par l’inconnue mais néanmoins charmante Irène Foster.

A mi-parcours, le cinéaste ménage cependant quelques pistes supplémentaires qui remettent (peut-être) en question l’apparente culpabilité de l’héroïne et laissent présager un retournement de situation inattendu. L’écrivain, joué par Henry Gregor, alias le Prince Heinrich Rüdiger Karl Georg Franciscus von Starhemberg (excusez du peu… mais combien de films peuvent se targuer de placer en tête d’affiche un authentique noble autrichien ?) va, ainsi, dévoiler peu à peu des pans plus sombres de sa personnalité au point de devenir, lui-aussi, largement suspect.

Le final, relativement prévisible, demeure toutefois suffisamment bien amené pour emporter l’adhésion et terminer l’entreprise sur une note positive. Hélas, malgré ses réelles qualités, TRAUMA reste, dans l’ensemble, trop classique et linéaire pour véritablement convaincre et s’élever au-dessus d’une routinière moyenne.

En dépit d’une salutaire ambition dans les rapports psychologiques complexes, ébauchés par le couple vedette, le long-métrage succombe trop fréquemment à la pure exploitation pour ne pas paraitre bancal et mal maîtrisé. Le tout se regarde, par conséquent, de manière détachée, sans véritable ennui mais sans la moindre passion non plus.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013