TRIANGLE
Titre: Triangle
Réalisateur: Christopher Smith
Interprètes: Melissa George

 

Joshua McIvor
Jack Taylor
Michael Dorman
Henry Nixon
Rachael Carpani
 
Année: 2009
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Grande Bretage
Editeur  
Critique:

Le cinéaste anglais Chistopher Smith commence à devenir une valeur sure du cinéma d’épouvante : après l’efficace CREEP et l’amusant SEVERANCE, il nous propose ici TRIANGLE, un mélange d’horreur et de fantastique psychologique assez intriguant ayant généré un certain « buzz » dans les nombreux festivals où il fut projeté. Pourtant les bons échos voisinèrent très vite avec une série de critiques négatives pointant du doigt les côtés répétitifs du script et ses trous béants, sans oublier une tendance assez irritante a essayer de se montrer plus intelligent que le spectateur via de nombreuses références culturelles ou mythologiques assez mal amenées. Quoiqu’il en soit TRIANGLE intrigue et ce dès les premières minutes…

L’histoire débute en suivant Jess, mère d’un enfant autiste, ayant décidé de s’offrir un week-end avec quelques connaissances. Quoique anxieuse et inexplicablement mal à l’aise, Jess embarque donc sur le « Triangle », le yacht d’un de ses amis. En pleine mer, le vent tombe brusquement alors qu’un impressionnant orage s’annonce. Juste après avoir reçu un appel de détresse, le « Triangle » est retourné par les vagues. La tempête se calme heureusement et les naufragés finissent par monter à bord d’un énorme bateau apparemment abandonné et désert. Pourtant, les survivants ne sont pas tirés d’affaires pour autant car ils sont rapidement pris pour cible par un mystérieux tueur masqué.

Production atypique, TRIANGLE dévoile rapidement l’identité de l’assassin, qui n’est autre que Jess elle-même, ou du moins une autre version d’elle-même, coincée dans une sorte de boucle temporelle. Le bateau, rappelant fortement l’hôtel de SHINING, constitue en quelque sorte un purgatoire flottant dont Jess ne peut s’échapper. A partir de là, Christopher Smith brise complètement la linéarité de l’intrigue pour répéter les événements à plusieurs reprises, les éclairant chaque fois d’une nouvelle manière. Un procédé particulier, parfois un peu répétitif, et qui risque de s’avérer lassant même si on peut saluer Christopher Smith pour l’originalité de cette construction plutôt casse gueule.

Toutefois, comme il le dit lui-même, TRIANGLE ne se laisse pas rationnaliser, livrant une partie de ses clés au fur et à mesure de la projection, essentiellement d’ailleurs lors d’un final explicatif bien ficelé visuellement mais comprenant quelques points problématiques. Difficile, par exemple, de comprendre la véritable nature du personnage du taximan, lequel semble symboliser la mort ou du moins le passeur chargé de convoyer les âmes vers l’au-delà. Mais Christopher Smith ne se soucie pas de livrer toutes les explications de son scénario et privilégie une narration elliptique, très particulière mais aussi un peu confuse. Le cinéaste laisse donc le spectateur remplir les « blancs » avec sa propre sensibilité, quitte à paraître parfois prétentieux ou peu cohérent. Différents indices, notamment mythologiques, égrenés au compte goutte amènent cependant la réflexion dans une direction bien précise et, à ce titre, le twist final parait plus logique que surprenant même si, une fois de plus, certains éléments ne paraissent pas vraiment « faire sens ».

Débuté d’excellente manière (le visuel est bluffant et les prémices complètement déstabilisants), TRIANGLE perd peu à peu de son intérêt alors que les situations déjà vues deux ou trois fois se répètent à nouveau. Englué dans une thématique d’inéluctabilité, Christopher Smith semble affirmer que les actes de l’héroïne seront sans effet sur le déroulement de l’action, aboutissant à une œuvre fataliste peut-être plus « profonde » philosophiquement que de coutume (on pense, vaguement, à une version horrifique de UN JOUR SANS FIN) mais assez peu passionnante à suivre.

Si TRIANGLE constitue une œuvre de la maturité, tant au niveau de la mise en scène que du scénario lui-même, pour Christopher Smith, on peut regretter l’absence du ton ludique de ses précédentes réalisations. L’interprétation, pour sa part, s’avère correcte même si Melissa George (vue dans la série Grey’s Anatomy mais également scream queen en devenir via 30 JOURS DE NUIT, AMITYVILLE, W DELTA Z ou PARADISE LOST) semble évoluer dans l’histoire de manière très détachée. Un effet peut-être voulu pour se conformer au ton général, partagé entre rêve et cauchemar, mais quelque peu irritant lorsque la seule caractérisation de son personnage consiste à répéter au détour de chaque scène « qu’elle a un enfant et qu’elle l’aime ».

Depuis sa sortie, TRIANGLE semble diviser le public et la critique, certains criant au chef d’œuvre du cinéma d’épouvante intelligent, d’autres pointant les nombreux « trous » du scénario et l’aspect prétentieux et lassant du procédé. Disons simplement que TRIANGLE cherche à se montrer original et refuse les procédés faciles de l’épouvante pour privilégier une voie moins empruntée, celle d’un thriller fantastique dans lesquels les aspects psychologiques prédominent sur le gore et les séquences brutales. Un choix risqué car, malheureusement, en dépit de toutes les bonnes résolutions de Christopher Smith, on peut trouver le résultat rapidement ennuyeux et se dire, à l’issue de la projection « tout ça pour ça ».

Quoiqu’il en soit, TRIANGLE mérite au moins une vision pour que chacun puisse se forger une opinion, le métrage pouvant certainement plaire à certains, ne serait ce que par son indéniable originalité.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2010