LA POUPEE DE LA TERREUR
Titre: Trilogy of Terror
Réalisateur: Dan Curtis
Interprètes: Karen Black

 

Robert Burton
John Karlen
George Gaynes
Jim Storm
Gregory Harrison
 
Année: 1975
Genre: Film à sketches / Fantastique / Epouvante
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Réalisé pour les petits écrans en 1975, LA POUPEE DE LA TERREUR est, depuis, considéré comme un des meilleurs films d’épouvante à sketches et un véritable classique du fantastique télévisuel, en grande partie grâce à son inoubliable troisième épisode, « Amélia », dans lequel Karen Black confronte un fétiche indigène meurtrier.

Dan Curtis (1927 – 2006) fut, durant toute sa carrière, un ardent défenseur du fantastique qu’il illustra en créant, notamment, le fameux soap vampirique « Dark Shadows ». Ce-dernier connut ensuite deux déclinaisons pour les salles obscures : LA FIANCEE DU VAMPIRE et NIGHT OF DARK SHADOWS respectivement en 1970 et 1971.

Deux ans plus tard, Curtis signa, sur un scénario de Richard Matheson, THE NIGHT STALKER qui donna naissance à la populaire série « Kolchak : dossiers brulants », considérée comme la principale inspiration des futurs « X Files ». Par la suite, Dan Curtis offrit encore quelques téléfilms réputés comme DRACULA ET SES FEMMES VAMPIRES, DEAD OF NIGHT ou LA MALEDICTION DE LA VEUVE NOIRE tout en livrant pour le cinéma le très angoissant TRAUMA. Cependant, LA POUPEE DE LA TERREUR (qui connut une suite 20 ans plus tard) demeure sans doute son œuvre la plus célébrée. En trois sketches, tous interprétés par Karen Black, le réalisateur délivre d’intrigantes histoires tirées de nouvelles du grand écrivain Richard Matheson.

La première, « Julie », est sans doute la moins convaincante. Un séduisant étudiant, Chad Foster, devient obsédé par la prude et réservée Julie Eldrige, son professeur de littérature. Après bien des tentatives infructueuses, il parvient à la convaincre de l’accompagner au cinéma. Là, il la drogue avant de la conduire dans un motel où il la viole et la photographie dans des poses compromettantes. Par un odieux chantage, Chad soumet ensuite la pauvre enseignante à ses désirs pervers.

Assez linéaire dans son déroulement, « Julie » souffre des restrictions inhérentes aux productions télévisuelles des années ’70 : le viol est suggéré, tout comme les actes que l’enseignante doit accomplir sous la contrainte du maitre-chanteur dominateur qui la livre notamment au bon vouloir de ses amis. Le twist, hautement improbable, rappelle, pour sa part, les excès du giallo italien et des psycho-thriller anglais de la même époque : il s’avère aussi mémorable qu’invraisemblable et ne tient absolument pas la route. Même en acceptant la nature perverse de l’enseignante, difficile d’admettre qu’elle puisse trouver satisfaction dans le traitement imposé par l’étudiant, d’autant que nulle explication n’est fournie quant aux moyens utilisés par la jeune femme pour parvenir à ses fins. Un épisode non déplaisant mais trop peu crédible pour convaincre.

Le deuxième segment, « Millicent and Therese », s’intéresse à la destinée de deux sœurs récemment éprouvées par le décès de leur père. La première, réservée, ressent une crainte croissante envers la seconde, Thérèse, qu’elle considère comme une sorcière usant de magie noire pour corrompre les hommes et répandre le mal. Après avoir consolé une petite fille tourmentée par sa sœur, Millicent décide de supprimer la malfaisante créature en recourant à ses propres armes, à savoir une poupée vaudou.

Dans le double rôle des deux sœurs, l’une timide et chaste, l’autre dévergondée et sexuellement agressive, Karen Black livre une belle composition au service d’un script pas spécialement original qui assimile pornographie et satanisme. Peu de changement, donc, depuis l’époque des sorcières puisque la jeune femme « libérée » se révèle, forcément, partisane du Diable. Si le sketch s’avère plaisant, le twist téléphoné en amoindrit grandement l’impact et la mise en scène, trop académique et frileuse, trahit les origines télévisuelles d’un projet qu’on eut aimé plus audacieux dans sa forme et dans son fond.

Respectant une indispensable gradation, l’épisode le plus convaincant de cette anthologie reste le troisième, le très connu « Amélia » dans lequel une jeune femme, réfugiée dans son appartement, se voit traquée par une poupée de bois, un fétiche Zuni possédé par l’esprit d’un redoutable guerrier. D’une simplicité proverbiale, cette intrigue en huis-clos enferme Karen Black (unique actrice du segment) avec le fétiche aux dents tranchantes qui la harcèle sans relâche.

La mise en scène de Dan Curtis se montre, cette fois, inspirée et suit la dangereuse poupée, filmée en vue subjective au ras du sol, dans ses tentatives pour supprimer la jeune femme terrorisée. Le twist final, inattendu et empreint d’un humour noir bienvenu, achève de belle manière ce sketch de haut niveau.

Dans l’ensemble, LA POUPEE DE LA TERREUR constitue un sympathique florilège horrifique dont la timidité graphique (petite lucarne oblige) se voit compensée par la qualité des intrigues, certes un brin prévisibles mais suffisamment effectives pour emporter l’adhésion. Le troisième segment mérite, en tout cas, une vision pour les amateurs qui ne bouderont pas leur plaisir devant cette courte (72 minutes) et agréable anthologie.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013