ON CONTINUE A L'APPELER TRINITA
Titre: ...continuavano a chiamarlo Trinità
Réalisateur: E.B. Cluecher
Interprètes: Terence Hill

 

Bud Spencer
Yanti Somer
Enzo Tarascio
Harry Carey Jr.
Pupo De Luca
Jessica Dublin
Année: 1971
Genre: Western / comédie
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

La comédie Western (parfois dénommée également, avec un certain mépris, « Western fayot ») est un sous-genre ayant connu une brève heure de gloire, du moins commerciale, dans la première moitié des années 70. Terence Hill et Bud Spencer en étaient alors les rois, après DIEU PARDONNE…MOI PAS (un titre assez léger mais relativement sérieux) et ses deux suites, LA COLLINE DES BOTTES et LES QUATRE DE L’AVE MARIA. Dans cette trilogie inspirée par les œuvres de Leone, Terence Hill incarne le cow-boy Cat Stevens accompagné par un Bud Spencer jouant un certain Hutch Bessy.

De petites oeuvrettes sympathiques mais peu mémorables se situant globalement dans la tradition du western spaghetti traditionnel en dépit d’un ton plus humoristique et moins nihiliste que DJANGO et consort. Exploitant sa ressemblance avec Franco Nero, Terence Hill reprend d’ailleurs le rôle de Django dans DJANGO PREPARE TON CERCUEIL en 1968. Bud Spencer, après avoir également tâté du western « sérieux » de son côté, via par exemple, CING GACHETTES D’OR, retrouva son comparse Hill à l’occasion de ON L’APPELLE TRINITA, lequel remporta un joli succès en 1970 et lança définitivement la comédie tarte à la crème située au Far Ouest. Pour le meilleur (MON NOM EST PERSONNE) mais surtout pour le pire (et là l’amateur n’a hélas que l’embarras du choix).

L’idée d’une suite, mercantilisme oblige, germa forcément très vite dans l’esprit du cinéaste E.B. Clucher (le pseudo habituel de Enzo Barboni) et, dès 1971, débarque ce ON CONTINUE A L’APPELER TRINITA qui en reprend la formule (on peut quasiment parler d’un copier coller) tout en alourdissant le propos. Si c’est possible, d’ailleurs ON L’APPELLE TRINITA ressemble à côté de cette suite à un chef d’œuvre de délicatesse et de bon goût.

L’intrigue est simple : Trinita rentre au bercail et retrouve son frère Bambino, ainsi que leur père qui leur fait promettre de devenir de vrais et « honnêtes » bandits. Pas contrariant le dynamique duo s’en va dévaliser des diligences mais finit immanquablement par prendre leurs victimes en pitié, finissant même par leur donner de l’argent au lieu de leur en prendre. Bref, la route est longue pour devenir de véritables pilleurs de banques. Après diverses péripéties, les deux frangins finissent par être pris par des agents fédéraux et sont alors soudoyés par les notables corrompus d’une petite ville afin qu’ils ferment les yeux sur leurs douteux agissements. Cependant, un peu malgré eux, Trinita et Bambino vont rétablir la justice, sauver des paysans opprimés et débarrasser le pays d’une bande de trafiquants.

ON CONTINUE A L’APPELER TRINITA débute par une scène faisant directement référence au précédent film : Terence Hill, plus crasseux que jamais, tiré comme une loque paresseuse par son cheval. Ca sent la crasse, la poussière et le haricot mal digéré. D’ailleurs Hill va rapidement bouffer sa ration de fayots tout en forçant trois bandits minables à se donner des baffes sonores en pleine gueule. C’est déjà très con, très lourd, très vulgaire. Comme ON L’APPELLE TRINITA mais cette fois puissance dix et la suite ne décevra pas au niveau de la bêtise en enchaînant par un dîner familial tout aussi riche en rôts et en supposés gags balourds. Là nous n’en sommes qu’à un petit quart d’heure de projection et E.B. Cluecher (ou Enzo Barboni si on préfère) doit encore égrener les lieux communs du western (la partie de poker, la bagarre dans le saloon, le repas dans le restaurant chic) avec une délicatesse à peu près équivalente, c'est-à-dire nulle.

ON CONTINUE A L’APPELER TRINITA s’avère pourtant, dans ses premières minutes, un métrage sympathique en dépit d’une lourdeur assez pachydermique dans l’humour. Les séquences du début parviennent donc facilement à donner le sourire aux plus conciliants grâce à une bonne humeur constante et plutôt efficace. Malheureusement, E.B. Clucher ne parvient absolument pas à maintenir l’intérêt durant les presque deux longues heures (!) que dure ce western fatiguant. En effet, le rythme s’avère particulièrement défaillant et le moindre gag apparaît étiré à l’excès, arrachant un sourire se transformant rapidement en bâillement tant l’idée humoristique se montre usée jusque la corde. Manquant terriblement de « peps », la mise en scène de Clucher se révèle aussi lourde et empesée que les gags proposés (ce qui n’est pas peu dire !) et utilise les ressorts comiques les plus gras (Trinita et Bambino ont de mauvaises manières et se font ainsi remarquer partout où ils passent) et les gags plus simples, type baffes et tartes à la crème, hérités du burlesque mais sans la moindre finesse.

Rots et pets interviennent donc régulièrement sur une intrigue pas plus bête qu’une autre (dans les limites de ses ambitions) mais qui permet surtout à Clucher de placer un maximum de gags lourdingues souvent assez débiles. D’où une rapide indigestion devant l’accumulation forcenée de conneries assumées. Même les « meilleures » scènes (la partie de cartes avec le joueur professionnel, le diner dans le restaurant chic, la bagarre finale,…) sont bien trop longues pour garder leur punch initial. Quel dommage qu’un montage plus nerveux n’ait pas été privilégié au profit de ce temps étiré (une caractéristique coutumière des westerns italiens sérieux) ici totalement hors de propos qui ruine complètement la moindre idée amusante.

Si ON CONTINUE A L’APPELER TRINITA tourne rapidement en rond et se montre en définitive lassant on peut difficilement nier le potentiel de sympathie généré par les deux personnages incarnés avec beaucoup de naturel et de décontraction par le tandem Hill / Spencer. Les bagarres, elles, sont relativement nombreuses et toujours assez rondement emballée. Ces empoignades naïves et bon enfant (personne ne meurt ni ne se prend une balle de révolver) firent à l’époque beaucoup pour le succès du duo. Aujourd’hui, bien sûr, elles risquent de n’amuser que les gamins mais, avec beaucoup de bonne volonté, le métrage restera vaguement distrayant.

Typique de son époque, ON CONTINUE A L’APPELER TRINITA s’adresse donc prioritairement aux nostalgiques ou aux enfants. Son côté familial et sa bonne humeur parfois (mais rarement, avouons le) communicative suffit à assurer un divertissement certes aussi lourd qu’un plat de flageolet trop cuit et difficile à digérer mais également sympathique et inoffensif. A réserver aux soirs de grande fatigue intellectuelle donc même si aujourd’hui de nombreuses comédies destinées aux ados ont reculés les limites du crétinisme au point que ON CONTINUE A L’APPELER TRINITA paraîtra surtout « bon enfant ».

Les fans de westerns américains (ou même des fleurons de son homologue italien) risquent, pour leur part, de ne guère apprécié ce métrage burlesque situé dans un Far Ouest de pacotille.

 

Fred Pizzoferrato - Aout 2009