LE TRIOMPHE D'HERCULE
Titre: Il triomfo di Ercole
Réalisateur: Alberto de Martino
Interprètes: Dan Vadis

 

Marilù Tolo
Pierre Cressoy
Moira Orfei
Piero Lulli
Enzo Fiermonte
 
Année: 1964
Genre: Péplum
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Lorsqu’Alberto de Martino réalise LE TRIOMPHE D’HERCULE en 1964, le genre – appelé péplum mythologique, sword and sandal ou encore muscle opera – se trouve déjà en bout de course en Italie. Lancé par LES TRAVAUX D’HERCULE en 1958 avec Steeve Reeves dans le rôle du demi-dieu, les variations fantaisistes sur les péplums américains « sérieux » se multiplient dans la Péninsule durant une bonne demi-douzaine d’années, aboutissant à une vingtaine de longs-métrages mettant en scène Hercule, incarné tour à tour par Mark Forest, Brad Harris, Kirk Morris, Sergio Ciani, Reg Park, Gordon Scott, Peter Lupus ou encore Dan Vadis.

Né en 1938 (et décédé d’une overdose accidentelle en 1987), Dan Vadis débuta sa carrière avec la trilogie consacrée aux 10 GLADIATEURS avant d’incarner Ursus puis, à deux reprises, Hercule. Au milieu des années ’60, face au déclin du muscle opéra, Dan Vadis opéra une reconversion vers le western et on le vit dans une poignée de titres tournés en Italie et même, dans des rôles secondaires, dans L’HOMME DES HAUTES PLAINES, LES CHASSEURS DE SCALPS ou LES CORDES DE LA POTENCE.

A la mise en scène de ce TRIOMPHE D’HERCULE nous retrouvons un habitué du cinéma bis italien, Alberto De Martino, lequel a œuvré dans la plupart des sous-genres en vogue. Ses titres de gloires restent sans doute L’ANTE CHRIST et HOLOCAUSTE 2000, deux films d’épouvante théologiques démarquant respectivement – mais avec talent – L’EXORCISTE et LA MALEDICTION, mais De Martino réalisa aussi des polars mafieux (ROME COMME CHICAGO, LE NOUVEAU BOSS DE LA MAFIA), un thriller érotique (PERVERSION), une imitation de James Bond avec le propre frère de Sean Connery (OPERATION FRERE CADET), des westerns (DJANGO TIRE LE PREMIER), un giallo (THE KILLER IS ON THE PHONE) et une bonne poignée de péplums (PERSEE L’INVINCIBLE, LES SEPT INVINCIBLES,…), sans oublier son titre de gloire nanar, L’HOMME PUMA.

L’intrigue de ce TRIOMPHE D’HERCULE n’est pas franchement compliquée mais recèle toutefois quelques digressions ou surprises intéressantes qui en rendent la vision agréable. Milo, un tyran sanguinaire, assassine lâchement un brave roi grec qui voulait l’empêcher de commettre de nouveau méfaits. Milo s’empare donc du pouvoir avec l’aide de sa mère, Parsifae, laquelle détient un poignard magique capable d’évoquer une petite troupe de guerriers inhumains à la peau dorée ayant chacun la force de cent hommes.

Les pauvres villageois exploités demandent donc l’aide d’Hercule, lequel tombe amoureux d’Ati, une jeune princesse que Milo souhaitait réserver à son fidèle lieutenant pour diriger le pays dans l’ombre. Hercule veut rétablir la justice mais, trompé par Milo, se retourne contre les paysans et, dans un geste de colère, tue un de ses amis. Zeus décide alors de lui retirer sa force divine et Milo exploite la situation en accusant Hercule d’être un imposteur, le condamnant à mort aux côtés d’Ati.

LE TRIOMPHE D’HERCULE ne cherche pas à renouveler le genre ou à innover mais comporte son lot de séquences distrayantes. Le méchant Milo possède ainsi un poignard magique qui, une fois dégainé, fait apparaître sept gros baraqués peinturlurés d’or, sans doute inspirés par des personnages pulp comme Doc Savage et qui, peut-être, serviront à leur tour d’inspiration pour les futurs kung fu à la SHAOLIN ET LES 18 HOMMES DE BRONZE. Ces créatures, ici surnommés les « centimains » constituent un démarquage des légendaires Hécatonchires, lesquels, normalement, n’étaient que trois mais possédaient cent bras. Evidemment, vu le budget du métrage et la difficulté à ne pas sombrer dans le ridicule en représentant de tels divinités, Alberto De Martino préfère leur donner apparence humaine et les doter d’une force de cent hommes. Rusé, roublard mais, avouons le, efficace !

Hercule, pour sa part, possède toujours une force quelque peu variable : dans une scène il semble être « juste » un type très musclé, dans d’autres il est capable de prouesses hors de portée de l’homme. Cependant, la scène où Zeus lui retire ses pouvoirs reste fort sympathique, notre demi-dieu devenant incapable de se livrer à son sport favori (le lancer d’éléments de décors sur des méchants). Ensuite, Hercule se voit condamner à supporter d’énormes pierres afin d’empêcher une curieuses balançoire sur laquelle est ficelée sa bien aimée, menacée d’être transpercée par des pointes acérées, de se soulever.

Même si Dan Vadis semble un peu bovin par moment, son Hercule reste intéressant, partagé entre le côté gamin et sympathique habituellement associé au personnage (une caractéristique d’ailleurs reprise dans les comics Marvel qui lui sont consacré) et une certaine gravité. Ainsi, au début du film, le demi-dieu vit en ermite et bâtit un temple à la gloire d’Athéna. Au cours du métrage, Hercule montrera également quelques excès de fureur, détruisant un village et tuant un de ses amis dans une explosion de colère. Bref, le fils de Zeus possède une véritable personnalité et n’est pas un simple culturiste à gros bras avançant dans l’histoire en frappant tous les méchants qu’il rencontre. C’est déjà appréciable.

Si les décors trahissent un relatif manque de budget, LE TRIOMPHE D’HERCULE ne souffre pas trop de cette absence d’argent et Alberto De Martino parvient à livrer une production modeste mais pleine d’entrain et toujours très agréable à suivre.

Riche en rebondissements, non dénué d’humour (on y trouve même un facétieux petit singe apparemment échappé d’un TARZAN !) et mis en scène avec une joyeuse fouge, LE TRIOMPHE D’HERCULE constitue donc un très sympathique péplum mythologique propre à distraire le spectateur nostalgique.

 

Fred Pizzoferrato - Octobre 2009