TROMA's WAR
Titre: Troma's War
Réalisateur: Michael Hertz & Lloyd Kaufman
Interprètes: Jessica Dublin

 

Rick Collins
Joe Fleishaker
 
 
 
 
Année: 1988
Genre: Horreur / Comédie / Gore
Pays: Tromaville (USA)
Editeur Sony France
3 /6
Critique:

Quelques citoyens de Tromaville, suite à un accident aérien, échouent sur une île qu'ils pensent déserte. Mais, en fait, ces terres perdues sont le refuge d'une bande de militaires désireux de renverser le gouvernement légitime des Etats-Unis et d'instaurer une dictature visant à régner sur le monde. Le démoniaque Senior Sida y entraîne quelques personnes à propager le virus HIV tandis que deux frères siamois dirigent les troupes. Heureusement, les habitants de Tromaville sont là pour défendre les vraies valeurs américaines et repousser les terroristes.

La firme Troma marche ici sur les traces des séries Z jouissives de la Cannon, grande pourvoyeuse de blockbusters nanardesques dans les années 80, souvent avec Chuck Norris, Michael Dudikoff ou Charles Bronson. TROMA's WAR possède donc un scénario référentiel qui s'inspire, dans les grandes lignes, de ces monuments du cinéma que sont DELTA FORCE, INVASION USA et autres PORTES DISPARUS (tous avec Chuck Norris).

Si le métrage de Lloyd Kaufman promet donc un vrai délire, le résultat n'est pas pleinement convaincant, hélas. Car, TROMA's WAR ressemble finalement davantage à ce qu'il cherche à parodier qu'à une véritable parodie. Un reproche que l'on peut aussi adresser à TEAM AMERICA - POLICE DU MONDE, par exemple. Le cinéaste affirme d'ailleurs - avec un certain humour - que son film est le plus généreux du cinéma au niveau des impacts de balles sanglants, après LA HORDE SAUVAGE et les films de John Woo.

Et c'est vrai que les explosions, corps déchiquetés par les rafales de mitrailleuses et autres effets pyrotechniques sont légions. Il faut dire que Rick Washburn est derrière tout ça, un type qui a quand même bossé sur DIE HARD ou UNIVERSAL SOLDIER. Bref, Troma s'est donné les moyens de concrétiser son délire guerrier auto-parodique. Mais, avec un budget énorme (pour la firme s'entend, soit à peu près la somme d'argent allouée au clip vidéo qui accompagne une production Joel Silver), Kaufman ne parvient pas à accoucher d'un produit mémorable. Le spectateur retrouve rarement, en fait, le véritable esprit Troma-tisant si prisé des amateurs.

On note quand même quelques séquences marrantes: la plus drôle restant cette grand-mère qui se prend pour Rambo et dessoude des dizaines d'adversaires. Citons aussi la fille qui crache son dentier ou la poitrine siliconée qui se dégonfle sous les balles. Niveau mauvais goût à l'état pur, Kaufman va très (trop?) loin avec sa meute de terroriste comprenant un militaire mi-homme mi-cochon, ses siamois horribles et, surtout, l'abominable Senior Sida qui adore contaminer ses victimes en les baisant. Le côté gore, souvent indissociable de Troma, se limite malheureusement à d'innombrables impacts de balles, guère plus saignants finalement que les fusillades de productions bien nanties comme BAD BOYS. Décevant!

Reste pourtant quelques fractures ouvertes sur des os ensanglantés, un arrachage de langues et d'autres broutilles qui paraissent bien légères comparées aux excès de TOXIC AVENGER ou REDNECK ZOMBIES. Quoique TROMA's WAR soit le film préféré de Kaufman et qu'il bénéficie d'une réputation d'œuvre culte et irrévérencieuse, l'ensemble paraît en outre souvent longuet. On devine certes le côté volontairement parodique, quasiment anarchique et anti-gouvernemental derrière ces excès pseudo patriotiques mais le résultat est surtout mal maîtrisé, pour ne pas dire filmé et monté de manière approximative.

Les inconditionnels de la firme retrouveront, par intermittence, son esprit décapant et délicieusement "ringard", même si ces éléments paraissent trop atténuer pour convaincre complètement. Un divertissement amusant, à voir une fois, mais sans doute pas un achat indispensable.

Le DVD propose le film dans une version originale sous-titrée (qui songerait à regarder un Troma doublé de toute façon?) et dans un master correct. Hélas, l'édition n'est pas très soignée: le visuel est affreux et les bonus, assez nombreux, sont dénués de sous-titres, par exemple. Enfin, il s'agit quand même de cinéma bis, au public sans doute restreint, et il est déjà louable que le film soit disponible en zone 2 à un prix raisonnable.

Fred Pizzoferrato - Mars 2007