THE TRUE GAME OF DEATH / BRUCE LEE: SON DERNIER COMBAT
Titre: The True Game of Death / Jue dou si wang da
Réalisateur: Chen Tien-Tai
Interprètes: Bruce Hsao Lung (aka Lung Tien-Hsiang)

 

Alice Meyer
George Stephens
Kim Sing
Michiyama Ichiro
Bruce Lee (stock-shots!!!)
 
Année: 1981
Genre: bruceploitation
Pays: Taïwan
Editeur  
Critique:

Débuté en 1972, le tournage du JEU DE LA MORT est interrompu par Bruce Lee, parti sur les plateaux d’OPERATION DRAGON. Il ne reprendra jamais, l’acteur étant malheureusement décédé en juillet 1973. Cinq ans plus tard, Robert Clouse utilise une petite partie du métrage existant pour en tirer le médiocre LE JEU DE LA MORT, lequel n’a pratiquement plus rien en commun avec la vision initiale de la défunte star du kung fu. Mais d’autres producteurs, flairant la bonne affaire, décident, eux aussi, d’exploiter le filon comme en témoigne ce désastreux THE TRUE GAME OF DEATH.

Une jeune vedette des arts martiaux, Bruce Lee Shao Lung, présentée comme le successeur officiel du Petit Dragon, refuse de jouer pour un producteur crapuleux. Ce dernier tente de l'intimider et demande finalement à sa copine, Alice, de le droguer. En plein câlin, la star décède. Mais Shao Lung n'est pas mort, il bouge encore et se vengera à la Tour de la Mort, là où les méchants, qui ont enlevé sa petite amie, se réunissent pour ourdir leurs sombres desseins.


THE TRUE GAME OF DEATH est, évidemment, une bruceploitation. Il appartient même à la branche la plus infâmante de toutes, celle qu’on pourrait dénommer du néologisme de "Games-exploitation". Le principe est simple: à la mort de Bruce Lee, ses fans attendaient impatiemment la sortie du fameux LE JEU DE LA MORT, laissé inachevé. De rusés producteurs imposèrent donc leur propre version du film en lançant sur le marché GOODBYE BRUCE LEE (alias « The New Game of Death » ou « His Last Game of death »), LES SIX EPREUVES DE LA MORT (« Enter the Game of Death ») et ce TRUE GAME OF DEATH aussi exploité sous le titre de BRUCE LEE, SON DERNIER COMBAT.

Une première constatation: le scénario n'a aucun sens. Un reproche souvent adressé aux kung fu de séries Z mais nous sommes, ici, bien au-delà des intrigues tenant sur trois lignes et des innombrables affrontements dans une prairie. A l’instar des mythiques LE DEFI DU NINJA (alias « Enter Three Dragons ») ou CLONES OF BRUCE LEE, le long-métrage ne possède pratiquement aucune logique et se fiche complètement de la plus élémentaire continuité narrative.


Le film débute par une conférence de presse donnée par Bruce Lee, suivie des images d’archive de ses véritables funérailles. Le Petit Dragon étant mort, des producteurs avides désirent imposer leur nouveau poulain, à savoir Bruce Lee Shao Lung. Ce-dernier souhaite tellement suivre les traces de son idole qu'il néglige sa copine, Alice. Or de méchants producteurs veulent engager Shao Lung pour un de leurs futures chefs d’œuvres de cinémathèque et menacent la demoiselle pour parvenir à leurs fins. Après plusieurs intimidations, la jeune femme empoisonne Shao Lung qui meurt à ses côtés, foudroyé en pleine « action ».

Quelque temps plus tard, un vieil homme, Wang, est engagé comme homme à tout faire par Alice, lequel ne se rend pas compte qu'il s'agit de Shao Lung, très reconnaissable en dépit d’une ridicule fausse moustache. Comment a-t-il échappé à la mort? Nous ne le saurons jamais. Peut-être est-il vraiment décédé et revenu de la tombe. Quoiqu’il en soit, cela n’a aucune importance. Pleine de remords, Alice fuit en voiture et, en pleine campagne, tombe sur Wang. Que faisait-il là? Mystère. Bref, Alice découvre que Wang est en réalité Shao Lung, ce que le spectateur avait deviné depuis longtemps. Une séquence totalement hors de propos – probablement puisée d’une autre production – suit et montre Shao Lung (quoiqu’il ne s’agisse pas du même acteur!) se battre contre deux types surgis dont ne sais où… Pourquoi? Euh...On s’en fiche !


Pendant ce temps, Alice est kidnappée par les méchants et conduite à la...Pagode de la Mort. Shao Lung, de son côté, se bastonne contre quatre motards en combinaison colorée. Comme il connaît ses classiques, Bruce revêt évidemment le célèbre training jaune du JEU DE LA MORT et se dirige, lui aussi, vers la Pagode... visible un quart de seconde, attention à ne pas cligner des yeux au mauvais moment sous peine de rater ce joli stock-shot.

Une fois arrivé à la Pagode, Bruce Lee, pardon Shao Lung, gravit les escaliers menant vers son destin et ses différents adversaires. Sa progression est entrecoupée d'images de lions grondant ou de clips du véritable Bruce Lee, solarisés à l'extrême et montés n'importe comment. Le plat de résistance arrive enfin, à savoir les différents combats de notre clone de pacotille contre de supposés experts en arts martiaux. Le premier manie le nunchaku avec dextérité mais n’a, évidemment, pas le niveau de Dan Inosanto. Les seconds sont deux sumotoris et le troisième est, étonnamment, un boxeur noir de belle carrure. Heureusement, Shao Lung triomphe de tous les méchants, sauve Alice et se retrouve dehors (une demi-heure s'est écoulée mais, entretemps, la nuit est tombée. Oui c'est très curieux...Ed Wood es tu là?) où il combat encore deux ou trois adversaires supplémentaires. Et c'est tout. Fin. Basta. Hasta la vista baby. Et viva la revolucion!


Difficile de critiquer un tel sommet d'inepties. La musique est inappropriée (un remix disco des DENTS DE LA MER est utilisé à plusieurs reprises...encore une fois c'est très curieux!), les faux raccords innombrables, les acteurs affligeants, la mise en scène inexistante, et les combats piteux. Pourtant, cette nullité s'avère distrayante et on ne s'y ennuie pas vraiment même si le long-métrage est franchement miteux et peut même être considéré comme une des pires bruceploitations jamais tournée. Les similitudes avec LE JEU DE LA MORT officiel sont nombreuses et amuseront toutefois les plus indulgents.

Si l’affiche crédite Bruce Le dans le rôle principal (ou, parfois, Bruce Li), le véritable clone du Petit Dragon est (apparemment!) ici Bruce Hsao Lung, alias Lung Tien-Hsiang, vu par la suite dans quelques productions plus prestigieuses comme SWORD STAINED WITH ROYAL BLOOD, HOUSE OF TRAPS ou SUPER NINJAS. Il effectue dans cette production un boulot minimal qui consiste essentiellement à singer les pauses et attitudes du véritable Bruce Lee. La routine.

Avec sa très basique histoire de vengeance, ses combats datés, et son scénario plus troué qu’un gruyère, THE TRUE GAME OF DEATH se révèle complètement raté. Cependant, les inconditionnels de la bruceploitation cornichonne peuvent y trouver un certain plaisir pervers et pas seulement pour les brèves séquences au cours desquels Alice Meyer exhibe fugitivement son anatomie.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2015 (Précédemment publié dans Medusa 25)