LES TUEURS DE L'OUEST

Titre: El precio de un hombre
Réalisateur: Eugenio Martín
Interprètes: Tomas Milian

 

Richard Wyler
Mario Brega
Halina Zalewska
Hugo Blanco
Luis Barboo
Manuel Zarzo
Année: 1966
Genre: Western
Pays: Espagne / Italie
Editeur
Critique:
Ce western relativement méconnu attira l’attention des amateurs lorsque Quentin Tarantino le fit figurer dans son fameux « top 20 du spagh’» et que RZA en sampla des paroles pour un morceau de la bande originale de DJANGO UNCHAINED. Depuis, beaucoup l’ont redécouvert et ont vanté ses qualités Signé du cinéaste espagnol Eugenio Martin, lequel nous a offert quelques belles réussites comme LE TUEUR A LA ROSE ROUGE (un précurseur du giallo sorti en 1962), le très divertissant film de monstre TERREUR DANS LE SHANGHAI EXPRESS ou encore MEURTRE DANS LA PISCINE, ce western se révèle, en effet, une belle réussite.

L’intrigue se centre sur José Gomez, tueur détraqué et impitoyable mais toutefois soucieux de l’opinion d’autrui au point qu’il évite de se comporter de manière trop violente afin de recueillir l’admiration d’une partie de la population. Peu avant son exécution, Gomez parvient à s’échapper et se retrouve dans un petit hôtel tranquille où il est accueilli par sa maitresse, Eden, et de quelques personnes persuadées de l’innocence de Gomez. Un couple âgé, un ancien shériff,…tous prennent le parti du tueur traqué par le chasseur de prime Luke Chilson. La véritable personnalité de Gomez apparait néanmoins lorsqu’il est rejoint par sa bande, composée de meurtriers sanguinaires. Eden comprend alors la réelle nature de son amant et décide d’aider Chilson.



Dans le rôle principal, Tomas Millan se révèle évidemment très bon : il campe un type infréquentable mais ayant réussi à se donner le beau rôle et à passer pour un innocent accusé à tort, ami du peuple et des persécutés. Soucieux de son image, il refuse en apparence de tuer (« personne ne pourra dire que Gomez tue par plaisir ») tout en laissant avec une satisfaction évidente ses hommes accomplir le sale boulot. Un personnage ambigu, intéressant et bien campé. Le film, pour sa part, retrouve le côté claustrophobe de certains classiques du western américain puisqu’il est, durant la majorité de son déroulement, confiné dans un décor unique, une sorte de petit hôtel isolé au milieu de nulle part, en plein désert. La chaleur parait étouffante, les hommes suent et suffoquent sous le soleil de plomb qui chauffent les consciences. Dès lors on devine immédiatement que tout cela se terminera dans le sang. La situation, en effet, se dégrade rapidement à l’arrivée des complices de Gomez, véritable « horde sauvage » qui n’hésitent pas à massacrer des innocents désarmés. Les anciens amis du bandit, découvrant horrifiés sa véritable nature, se détournent de lui et prennent le parti de Luke Wilson, un chasseur de primes décidé à empocher la récompense promise.

Mais ce scénario efficace n’est pas l’unique qualité de ces TUEURS DE L’OUEST. La musique de Stelvio Cipriani (dont c’était la première composition !) s’avère en effet très réussie, tout comme la photographie et les cadrages de caméra originaux, le tout étant au service d’une intrigue bien défendue par d’excellents comédiens. Si le récit évoque le modèle ricain, le côté européen se retrouve toutefois dans le portait des protagonistes qui évite le manichéisme et, surtout, dans une violence marquée avec quelques passages de tortures typiques. De plus, on peut trouver à l’ensemble un sous-texte réactionnaire appréciable puisque le méchant, une crapule que l’on pourrait qualifiée de terroriste, veut donner une bonne image à la population, réduite ici à un microcosme représentatif composé d’un couple âgé, d’une jeune fille, d’un ancien représentant de la loi,…Tous approuvent Gomez quoiqu’ils n’apprécient pas ses méthodes (ou refusent de voir les brutalités commises) et lui trouvent toutes les excuses en le considérant pratiquement comme un émule moderne de Robin des Bois que seuls les riches et les puissants devraient craindre. Le chasseur de prime, pour sa part, est le mal aimé : il représente la loi et l’ordre, ce qui ne parait pas très important aux yeux d’une population plus encline à applaudir les bandits. Pourtant, ce « bounty hunter » va ramèner la paix et la tranquillité en usant de méthodes sans doute impopulaires mais pourtant nécessaires. Devant toutes les exactions de Gomez, le chasseur de prime finit par déclarer « Le José Gomez que vous avez connu n’existe plus », ce qui provoque – enfin ! - le changement de conscience de ses anciens alliés qui, à présent, admettent la nécessité d’abattre ce Gomez devenu complètement psychopathe.

Il est donc plaisant de visionner ces TUEURS DE L’OUEST dont l’idéologie se situe à l’opposé de nombreux westerns italiens ultérieurs empoisonnés par une détestable pensée gauchisante et qui présenteront les bandits sous un jour favorable (Tomas Millan s’en fera d’ailleurs le chante avec notamment COLORADO). Ici le cinéaste n’encense pas la crapule pour dévaloriser la loi et l’ordre mais affirme au contraire l’obligation de réguler les pulsions meurtrière d’un sauvageon incontrôlable. En résumé, cette belle réussite mérite bien sa place dans un top 20 du western européen.

A découvrir !

Fred Pizzoferrato - Août 2017