TULPA
Titre: Tulpa - Perdizioni mortali
Réalisateur: Federico Zampaglione
Interprètes: Claudia Gerini

 

Nuot Arquint
Laurence Belgrave
Michele Placido
Giorgia Sinicorni
Ennio Tozzi
 
Année: 2012
Genre: Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Nouvel hommage au giallo, cette production italienne récente constitue une oeuvrette hautement référentielle mais malheureusement désincarnée dont l’intrigue, trop classique et souvent languissante, peine à passionner en dépit de la présence au script du vétéran Dardano Sacchetti.

Lisa, une femme à hautes responsabilités (campée par la très séduisante Claudia Gerini) inquiète du possible déclin de son entreprise suite à la crise économique se détend le soir dans un club libertin secret dissimulé dans un parking. Elle y laisse libre court à ses penchants saphiques et sadomasochiste sous l’œil « bienveillant » de Kiran. Ce-dernier, à la fois maitre de cérémonie sexuelle et gourou tibétain, professe de fumeuses théories philosophies et érotiques qui renvoient à certaines croyance bouddhiste. Lisa, aidée de Kiran, tente ainsi d’utiliser son énergie libidinale pour atteindre un état supérieur de conscience et libérer son « tulpa ». Malheureusement, sa vie se voit bouleversée par une série de meurtres commis, dans son entourage, par un inconnu entièrement vêtu de cuir noir.

Débutant de bel manière par une séquence sexy plaisante au cours de laquelle un rituel SM / bondage se voit brutalement interrompu par les coups de couteau d’un sadique ganté de noir, TULPA s’annonce comme un bel hommage aux grandes heures du cinéma de Mario Bava et Dario Argento. Hélas, Federico Zampaglione ne parvient jamais à retrouver l’éclat de ce passage liminaire et la suite du long-métrage perd rapidement de son intérêt en alternant, de manière mécanique et presqu’ennuyeuse, scènes dialoguées inutiles et intermèdes osés redondant ponctués de crimes sauvages.

Si le cinéaste use des artifices coutumiers du giallo (architecture écrasante, nombreuses scènes érotiques à prédominance saphique ou teintées de sadomasochisme, dégaine traditionnelle du meurtrier attifé comme dans SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN, tentative de chantage, etc.), il se permet en effet des mises en scène morbides proches du torture porn. Les assassinat sont ainsi longuement orchestrés et témoignent d’un sadisme plus contemporain par leur complaisante propension à s’attarder sur les détails gore. Une victime, attachée à un manège de fête foraine, est déchiquetée par des fils barbelés qui lui octroient une interminable agonie, un autre se voit enfermé, entravé et blessé, dans une caisse dans laquelle le tueur place trois rats affamés, etc.

L’hypothèse surnaturelle, un temps évoquée (le concept bouddhiste du tulpa renvoie à la matérialisation effective d’une projection mentale devenue physique et pouvant, éventuellement, se retourner contre son créateur) s’efface cependant lors d’un climax prosaïque qui dévoile l’identité du criminel et ses motivations, lesquelles s’avèrent sans surprise pour les familiers du thriller à l’italienne.

En dépit de prémices intéressantes, TULPA échoue à susciter longuement l’intérêt, faute d’un scénario plus solidement charpenté : les dialogues fatiguent (d’autan que certains acteurs peinent à rendre crédibles des répliques toujours promptes à verser dans le ridicule, en particulier Nuot Arquint, plus risible qu’inquiétant en grand gourou), les crimes se succèdent sans provoquer le frisson et la bande originale alterne compositions dénuées d’inspiration et mélodies plus efficaces.

Très ramassé (à peine 86 minutes), TULPA n’en parait pas moins souvent tiré en longueur et son rythme déficient n’aide guère à lui pardonner ses imperfections rédhibitoires. Seul l’aspect visuel, très soigné quoique peu innovant, parait véritablement soigné avec sa profusion de plans joliment agencés et ses éclairages saturés d’un rouge prononcé.

Malheureusement, cela ne compense pas les trop nombreux défauts d’un film globalement raté et, parfois, involontairement drôle, notamment lors d’un final outré du plus mauvais goût.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2014