LES SEVICES DE DRACULA
Titre: Twins of Evil
Réalisateur: John Hough
Interprètes: Peter Cushing

 

Madeleine Collinson
Mary Collinson
Dennis Price
Damien Thomas
Kathleen Byron
 
Année: 1971
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Réalisé par John Hough en 1971, LES SEVICES DE DRACULA constitue le troisième et dernier volet de la « trilogie Karnstein » adaptant le roman « Carmilla » de Sheridan LeFanu. Contrairement aux deux précédents (THE VAMPIRE LOVERS et LUST FOR A VAMPIRE), ce nouvel épisode ne comporte aucun élément érotique lesbien mais s’avère, par contre, un excellent divertissement.

Les sœurs jumelles Frieda et Maria Gellhorn se ressemblent physiquement comme deux gouttes d’eau mais différent au niveau de leur caractère : la première est coquine et sensuelle tandis que la seconde se révèle timide. A la mort de leurs parents, les jumelles partent vivre chez Gustav Veil, leur oncle, qui habite le village de Karnstein. Puritain fanatique et borné, Gustav passe son temps à chasser les sorcières avec sa Fraternité, une bande de dangereux personnages heureux de conduire au bucher les demoiselles trop frivoles, lesquelles attirent soi-disant le Malin en donnant aux hommes du village des pensées lubriques.

Sur ce sujet, Gustav s’oppose au Comte Karnstein, un noble décadent et satanique ayant vendu son âme au Diable mais protégé par l’Empereur en personne. Un soir, lassé des rites démoniaques inefficaces perpétrés dans son château, l’aristocrate perverti sacrifie une jeune paysanne dont le sang se répand sur la tombe de son ancêtre, la belle Marcella Karnstein. Celle-ci revient à la vie et vampirise le Comte, lequel débute un règne de terreur et séduit Frieda, dont il fait sa servante immortelle.

Cinéaste londonien né en 1941, John Hough fait ses débuts pour la Hammer avec le très obscur WOLFSHEAD - THE LEGEND OF ROBIN HOOD sorti en 1969. Il enchaîne par un thriller, LES INCONNUS DE MALTE et signe quatre épisodes de « Chapeau melon et bottes de cuir ». Après ces SEVICES DE DRACULA on le retrouva encore, durant les seventies, au commande de nombreux titres liés au fantastique, comme LA MONTAGNE ENSORCELLEE (et sa suite LES VISITEURS D’UN AUTRE MONDE), LA MAISON DES DAMNES ou LES YEUX DE LA FORET, un étonnant récit « d’épouvante familial » produit par Disney. Dans un autre registre, John Hough signa l’excellent thriller d’action LARRY LE DINGUE ET MARY LA GARCE mais, hélas, la suite de sa carrière se révèle nettement moins enthousiasmante et comprend des titres comme INCUBUS, BIGGLES, AMERICAN GOTHIC ou encore le piètre HURLEMENTS IV.

LES SEVICES DE DRACULA (un titre mensonger puisque le comte n’y apparaît nullement) s’appuie surtout sur une formidable performance de Peter Cushing. Dans le rôle d’un chasseur de sorcières déterminé et fanatique, l’acteur se montre superbe, persuadé d’être dans son droit et de suivre la volonté divine en commettant les pires crimes, purifiant par le feu de pauvres « innocentes » trop délurées à la manière de Vincent Price dans LE GRAND INQUISITEUR.

Pour une production Hammer, LES SEVICES DE DRACULA se montre d’ailleurs audacieux, une tendance nette au début des années ’70, époque où la firme tentait d’attirer un nouveau public, plus demandeur de nudité et de gore. John Hough cadre donc des décolletés généreux, des poitrines dénudées et se permet même un peu de nu intégral, certes furtif, mais en full frontal. Le cinéaste exploite, bien sûr, la plastique irréprochable des jumelles Collinson, lesquelles furent les premières sœurs à poser nues pour Playboy en octobre 1970 alors qu’elles venaient de fêter leurs 18 ans.

Au niveau de la violence, le métrage propose quelques décapitations sanglantes, des empalements brutaux et même une lame plantée en pleine tête. Si LES SEVICES DE DRACULA constitue le meilleur volet de la « trilogie Karnstein », le film manque toutefois d’un petit quelque chose pour atteindre le niveau des plus grandes réussites de la Hammer. L’intrigue, tout d’abord, s’avère un peu simpliste et prévisible. L’opposition entre les deux sœurs est, par exemple, vite expédiée, l’une restant pure et virginale tandis que l’autre succombe au charme vénéneux du vampire. Notons d’ailleurs que, en contradiction avec la légende communément admise, les créatures de la nuit semblent ici capables d’évoluer en plein jour et que personne ne remarque la transformation de la demoiselle. Une séquence d’ailleurs peu vraiment logique. En effet, le métrage suggère que la jeune fille devient une créature de la nuit car son « cœur appartient à Satan » alors qu’elle est simplement présentée comme rebelle, curieuse et portée sur la bagatelle. Peut-être le film reflétait il la crainte de voir les jeunes « hippies » des années ’70 sombrer dans la débauche et l’adoration du Malin comme le suggèrent les nombreuses productions traitant du satanisme sorties durant cette période.

Heureusement, LES SEVICES DE DRACULA avance à un rythme soutenu qui permet de ne pas s’appesantir sur les détails les moins convaincants du scénario. En 80 minutes, John Hough n’avait, de toutes manières, guère le temps d’effectuer de longs développements et privilégie, avec sagesse, l’efficacité en dépit de raccourcis parfois osés. Ainsi, les puritains chasseurs de vampires, présentés très négativement durant les deux premiers tiers du métrage, apparaissent finalement comme de véritables héros auxquels David Warbeck, pourtant un farouche opposant de la superstition, s’associe pour sauver la douce demoiselle menacée par la sexualité…pardon, le vampirisme. Un retournement peu convaincant en dépit du jeu d’acteur irréprochable de Peter Cushing, ramené à la raison par les arguments de son ancien ennemi et qui parvient à rendre son personnage intéressant et complexe. Une autre scène plutôt ratée qui aurait dû, pourtant, constituer un temps fort de LES CICATRICES DE DRACULA concerne la substitution par le Comte vampire de la « méchante jumelle » condamnée au bûcher par la « gentille ». Difficile de comprendre pourquoi l’innocente ne proteste pas de son innocence et attend patiemment l’arrivée de son sauveur providentiel pour pousser un soupir de soulagement.

Néanmoins, les défauts du film s’effacent, en grande partie, devant le savoir faire de John Hough, les recettes bien rodées de la Hammer et les qualités d’interprétation, chacun effectuant un très bon travail pour proposer un spectacle toujours très plaisant. Sans rivaliser avec les chefs d’œuvres des précédentes décennies, LES SEVICES DE DRACULA reste une des meilleures productions Hammer des seventies, méconnue et pourtant fort intéressante. Sa redécouverte s’impose donc à tous les fans de la célèbre compagnie.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2016