DES FILLES POUR UN VAMPIRE
Titre: L'ultima preda del vampiro
Réalisateur: Piero Regnoli
Interprètes: Walter Brandi

 

Lyla Rocco
Maria Giovannini
Alfredo Rizzo
Marisa Quattrini
Leonardo Botta
 
Année: 1960
Genre: Fantastique / Epouvante
Pays: Italie
Editeur Artus Films
Critique:

Petite bande italienne fauchée des années ’60, DES FILLES POUR UN VAMPIRE s’inspire des prestigieux modèles anglo-saxons proposés par la Hammer à la même époque. Le résultat, évidemment, ne peut rivaliser avec les titres de Terence Fisher ou de Freddie Francis mais se laisse, malgré tout, regarder d’un œil distrait.

L’intrigue concerne une poignée de danseuses, accompagnées de leur impresario et de leur pianiste, coincés sous une pluie battante au milieu de nulle part. Le petit groupe finit par trouver refuge dans le château du comte Gabor Kernassy mais le jardinier, puis la gouvernante, les prient de partir. Néanmoins, l’arrivée du comte change la donne puisque l’aristocrate, envouté par la belle Vera, une des danseuses, invite le groupe à passer la nuit dans sa demeure. Toutefois, il leur ordonne de s’enfermer dans leur chambre et de ne pas les quitter de la nuit…

Après avoir déjà tâté du vampirisme via LES VAMPIRES de Riccardo Fredda et LE MASQUE DU DEMON de Mario Bava, la Péninsule se prend, au début des sixties, de passion pour les créatures de la nuit suite au succès du CAUCHEMAR DE DRACULA de Fisher et ses nombreuses séquelles. Reprenant le décorum gothique de l’épouvante et les clichés coutumiers du vampirisme (les canines, les cercueils, les pieux dans le cœur répondent présents !), DES FILLES POUR UN VAMPIRE se permet toutefois un très léger érotisme en filmant quelques numéros de danse et de prudents strip-teases. Un mélange annonçant les futurs excès de titres comme DU SANG POUR DRACULA ou THE VAMPIRE LOVERS, lesquels se montreront plus ouvertement sexués.

Encore timide, DES FILLES POUR UN VAMPIRE donne la vedette à Walter Brandi, spécialiste de ce genre de rôle puisqu’on le vit précédemment dans L’AMANTE DEL VAMPIRO et qu’il sera ensuite à l’affiche du MASSACRE DES VAMPIRES, de CINQ TOMBES POUR UN MEDIUM et du très culte VIERGES POUR LE BOURREAU. Après sa retraite à la fin des sixties, Brandi ne reviendra au cinéma que bien plus tard en apparaissant dans le SS GIRLS de Bruno Mattei, en 1977.

Le cinéaste Pierro Regnoli, pour sa part, ne tourna que onze métrages, dont les plus connus sont sans doute son sympathique péplum MACISTE DANS LES MINES DU ROI SALOMON et son bizarre western TROIS PISTOLETS CONTRE CESAR. Par contre il écrivit plus d’une centaine de scénarios allant des VAMPIRES précités à L’AVION DE L’APOCALYPSE de Umberto Lenzi en passant par les très chauds PATRICK STILL LIVES et MALABIMBA et peut être considéré comme un petit maître du cinéma de genre italien.

DES FILLES POUR UN VAMPIRE constitue donc une curiosité datée mais relativement agréable pour les nostalgiques. Bien sûr, la mise en scène très sage manque cruellement de mordant pour donner un peu d’énergie à cette production, laquelle se repose uniquement sur quelques effets de terreur routiniers et une poignée de passages « sexy » aujourd’hui plus inoffensifs qu’une publicité pour shampoing. Néanmoins, reconnaissons que cette imagerie désuète garde un certain charme, le réalisateur aimant filmer ses jolies actrices et en particulier l’héroïne Lyla Rocco (ex Miss Italie) en tenue légère. On aperçoit même furtivement une paire de seins dénudés ce qui, à l’époque, réservait évidemment le métrage aux adultes avertis, pour ne pas dire dépravés. Autres temps, autres mœurs ! Les connotations érotiques du vampirisme, indissociable du mythe, se retrouvent elles aussi, bien sûr, dans le film de Regnoli mais s’avèrent maladroites et moins convaincantes que dans les productions Hammer de la même époque.

Au final, DES FILLES POUR UN VAMPIRE peine à passionner mais demeure une curiosité appréciable, ne serait ce que par son timide mélange de genre, l’épouvante gothique se mariant avec la très réservée sexploitation sixties tandis que des strip teaseuses aux tenues et mœurs légères déambulent dans de poussiéreux châteaux gothiques hantés par des vampires séculaires.

Au niveau du dvd édité par les infatigables défricheurs de chez Artus, le master se révèle très correct en dépit de quelques menus défauts bien excusables pour une production aussi ancienne et rare. Le doublage français cède parfois la place à une version originale sous-titrée pour les instants jadis coupés et non traduits. Même si ceux-ci n’apportent rien de fondamental à l’intrigue il est appréciable de pouvoir posséder la version intégrale du métrage.

Comme souvent chez Artus les bonus sont très intéressants et donnent ici la parole au spécialiste du fantastique Alain Petit qui brosse un historique des vampires dans le cinéma italien. Un court métrage complète ce programme plutôt appréciable vu le prix demandé. Bref, quoique l’on puisse penser du long-métrage en lui-même (pas vraiment un chef d’œuvre !), le travail d’édition effectué par Artus se doit d’être salué à sa juste valeur et nous souhaitons bonne continuation à cette sympathique maison.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2010