L'ULTIMATUM DES TROIS MERCENAIRES
Titre: Twilight's Last Gleaming
Réalisateur: Robert Aldrich
Interprètes: Burt Lancaster

 

Roscoe Lee Browne
Joseph Cotten
Charles Durning
Melvyn Douglas
William Marshall
Richard Widmark
Année: 1977
Genre: Thriller / Anticipation / Politique fiction
Pays: USA
Editeur Carlotta
Critique:

En 1977, Robert Aldrich, alors en fin de carrière, signe un curieux « Twilight’s Last Gleaming » adapté d’un roman de Walter Wager, qui mélange politique-fiction, thriller, anticipation (l’action se situe en 1981) et « film de commando ». D’une durée de 2h24, le long-métrage se plante magistralement au box-office et sort en Europe dans une version largement écourtée. La Grande-Bretagne, par exemple, eut droit à un remontage de deux heures mais, en France, le film se vit carrément ramener à 91 minutes !

Affublé d’un titre référentiel et quelque peu putassier qui évoque immédiatement le plus gros succès commercial d’Aldrich (LES DOUZE SALOPARDS pour les distraits), cet ULTIMATUM DES TROIS MERCENAIRES perd donc près d’une heure lorsqu’il débarque dans les salles françaises en 1978. L’intrigue se voit, dès lors, resserrée au niveau de l’action pure après avoir été délestée de toutes ses considérations politiques et s’inscrit dans la féconde lignée, tant cinématographique que littéraire, du chantage à l’arme nucléaire.

Un général américain évadé de prison, Lawrence Dell (Burt Lancaster) met sur pied un petit commando composé d’anciens militaires désabusés et s’empare d’un silo de missiles nucléaires situés dans le Montana. Le haut-gradé réclame dix millions de dollars, une fuite à bord de Air Force One, et, surtout, la divulgation de rapports secrets concernant la guerre du Viet-Nam…

Si la restauration du métrage jadis expurgé pour son passage dans les salles plaira aux cinéphiles qui pourront, enfin, découvrir le film désiré par Aldrich, difficile, de manière purement subjective, de ne pas trouver, parfois, le temps long lors des discussions politiques qui émaillent régulièrement l’intrigue. Les militaires rebelles souhaitent, en effet, révéler la vérité sur l’implication (purement propagandiste et inutile) américaine au Vietnam et cette demande entraine de nombreuses palabes et joutes verbales. Une vérité inavouable pour l’Etat-major qui envisage, en dernier recours, de sacrifier le président en personne (un excellent Charles Durning refusant son rôle d’agneau expiatoire) pour déjouer le plan des « trois mercenaires ».

Toutefois, la charge politique virulente ne peut entièrement masquer les carences en rythme d’un long-métrage souffrant d’un réel ventre mou après une entrée en matière électrisante et rondement menée qui voit le commando investir une base militaire et s’emparer de neuf missiles nucléaires.

Quelques punchlines plaisantes (« vous voulez dire qu’il possède maintenant une arme nucléaire »… « non, il en possède neuf ! ») trahissent d’ailleurs la nature schizophrène d’une œuvre partagée entre le divertissement de série B et le pamphlet socio-politique acide. Cette attitude ambivalente se retrouve également dans le personnage de Burt Lancaster, lequel passe, à plusieurs reprises, du révolutionnaire exalté au psychopathe prêt à déclencher l’apocalypse.

Utilisant sans vergogne le split-screen, Aldrich dynamite par ce procédé les rares scènes d’action et contourne habilement ses évidentes restrictions budgétaires afin de rendre palpitante une prise d’assaut de la base par l’armée américaine qui pourrait s’achever par le décollage d’une poignée de têtes nucléaires. Si les considérations politiques deviennent un poil redondantes au fil du métrage, la dernière demi-heure, revient, heureusement, à une ambiance plus tendue et s’achève par une fin d’une noirceur et d’un cynisme rare qui devrait enchanter les admirateurs de John Carpenter période NEW YORK 1997.

En dépit de ses longueurs et problèmes de rythmes qui peuvent décevoir les amateurs de thrillers d’action nerveux, L’ULTIMATUM DES TROIS MERCENAIRES reste une curiosité intéressante servie par une distribution prestigieuse. Les amateurs de récit paranoïaques, très seventies dans leur approche dénonciatrice d’un possible complot national, devraient par conséquent pouvoir y trouver leur content.

 

Fred Pizzoferrato - Mai 2013