UNA JENA IN CASSAFORTE
Titre: Una Iena in cassaforte
Réalisateur: Cesare Canevari
Interprètes: Dimitri Nabokov

 

Maria Luisa Geisberger
Ben Salvador
Alex Morrison
Karina Kar
Cristina Gaioni
Otto Tinard
Année: 1968
Genre: Polar / Thriller / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Le cinéaste milanais Cesare Canevari n’est surement pas le plus prolifique des artisans du bis italien puisqu’il n’a mis en scène que 9 long-métrages. Il débute sa carrière en 1964 avec un western comique, PER UN DOLLARO A TUCSON SI MUORE, puis livre la première adaptation, aujourd’hui oubliée, du roman d’Emmanuelle Arsan, MOI EMMANUELLE en 1969. On lui doit aussi un très curieux western spaghetti, MATALO, et une nauséeuse naziexploitation, LA DERNIERE ORGIE DU TROISIEME REICH, restée fameuse pour ses excès vomitifs.

Comme la plupart de ses collègues, Canevari touche à deux reprises au giallo, de manière plus ou moins franche, d’abord avec UNA JENA IN CASSAFORTE puis, bien plus tard, avec le très osé DELITTO CARNALE, réalisé en 1983, qui resta son dernier film. Mélangeant divers genres, UNA JENA IN CASSAFORTE entremêle polar, « film de casse » et giallo dans un ensemble ludique et ouvertement psychédélique qui rappelle, également, les adaptations « pop » de fumetti comme DANGER DIABOLIK ou KRIMINAL.

Le résultat, forcément inclassable, constitue donc un incroyable patchwork d’influences dans lequel l’intrigue, classique, s’efface au profit de l’inventivité de la réalisation, laquelle abuse des plans saugrenus et des idées visuelles les plus folles.

Un nommé Boris est mort en laissant une fortune en diamant à l’abri dans un coffre-fort. Six personnes, rassemblées dans une maison isolées, en possède chacun une clé et doivent donc collaborer pour s’emparer du pactole. Cependant, un des invités ne peut trouver sa clé et, suite à diverses menaces, finit par se défénestrer. Un suicide apparent…à moins qu’il ne s’agisse d’un meurtre camouflé ? La tension grimpe entre les survivants, lesquels soupçonnent une des demoiselles, Janine, de posséder la clé manquante. Cependant, celle-ci est assassinée à son tour. Cette fois, nul doute n’est permis : un assassin frappe chacun des protagonistes afin d’augmenter sa part du butin.

Brodant sur le thème, très classique dans le polar, de la poignée d’individus qui s’entretuent pour s’approprier la plus large part d’un énorme pactole, UNA JENA IN CASSAFORTE se teinte également de thriller façon « whodunit » et évoque fréquemment une version sous acide des « Dix petits nègres ». L’ensemble possède en outre un fort parfum sixties dans sa mise en scène, volontiers « pop », qui met parfaitement en valeur une architecture parfois surprenante, voire futuriste (en particuliers l’étrange piscine). Lors des dernières minutes de projection surgit une nouvelle bizarrerie puisqu’un rectangle jaunâtre commence à pulser dans le coin gauche de l’image et se transforme, au final, pour former les lettres du mot « Fin ».

La réalisation va, elle, privilégier les cadrages saugrenus et la recherche formelle, Canevari s’amusant manifestement à concocter des plans improbables et mémorables. Pour accentuer la curiosité, le casting place en vedette le chanteur d’opéra Dimitri Nabokov, fils unique de l’auteur de « Lolita », dont ce fut l’unique participation à un long-métrage. Les autres comédiens ne connurent pas, eux non plus, de véritable carrière cinématographique, à l’exception de Cristina Gaioni (LA VIE SEXUELLE DANS LES PRISONS DE FEMMES, CHAIR POUR FRANKENSTEIN,…). Pourtant, ces interprètes amateurs sont crédibles et leurs personnages, quoique schématiquement croqués, fonctionnent agréablement jusqu’au climax, ironique et réussi. La musique choisie s’avère, elle-aussi, surprenante, et délaisse les sonorités jazzy lounge habituellement de mise dans ce type de production pour verser dans une outrance joyeuse et un tempo élevé, empreint d’un parfum prononcé de comédie. Un joli sens du décalage qui, là encore, augmente la singularité du long-métrage.

Sans être un giallo pur et dur, UNA JENA IN CASSAFORTE s’en rapproche néanmoins grandement par son mélange de machination et de crimes successifs qui se terminent par une rafale de retournements de situations plus ou moins surprenants ou convaincants. Un humour satirique efficace et quelques touches d’érotisme suggestif raviront eux aussi les amateurs de thrillers à l’italienne pour autant qu’ils apprécient une bonne dose d’étrangeté.

Divertissement plaisant et enjoué, UNA JENA IN CASSAFORTE constitue une jolie surprise dans un genre souvent balisé. Un ton ludique et une mise en scène pleine de panache rendent sa vision agréable tandis que sa courte durée assure un rythme correct. En dépit de quelques faiblesses et d’une poignée de longueurs, bien excusables, l’œuvre de Canevari procure au spectateur une bonne dose de plaisir pur et mérite la découverte pour les amateurs de bizarreries cinématographiques.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013