THE UNINVITED - LES INTRUS
Titre: The Uninvited (A Tale of Two Sisters)
Réalisateur: Thomas & Charles Guard
Interprètes: Emily Browning

 

Arielle Kebbel
David Strathairn
Elizabeth Banks
Maya Massar
Kevin McNulty
 
Année: 2009
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Le monde a-t-il vraiment besoin d’un nouveau remake américain (et américanisé) d’un excellent film coréen vieux d’à peine 5 ans ? Sans doute pas mais, heureusement, LES INTRUS se place au côté de THE RING parmi les rares relectures réussies d’une œuvre d’épouvante asiatique. Sans chercher à coller au plus près de l’original, les cinéastes en reprennent les grandes lignes, simplifient l’intrigue (pas toujours très claire pour les non familiers) du modèle, y ajoutent de nouveaux développement scénaristiques plutôt réussis et privilégient clairement le rythme, l’action et les frissons à l’atmosphère d’angoisse sourde de DEUX SŒURS.

Après la mort de sa mère malade et l’incendie accidentel d’une partie de la maison familiale, la jeune Anna sombre dans la dépression et se trouve hospitalisée pour une dizaine de mois. Considérée comme guérie, la demoiselle retourne vivre auprès de son père Steven et de sa grande sœur, Alex, dans leur demeure de la Nouvelle Angleterre. Malheureusement pour Anna une nouvelle personne a également pris place dans la maison : Rachel, une infirmière ayant veillé sur les derniers instants de sa mère et dont Steven est finalement tombé amoureux. Peu à peu, Anna et Alex en viennent à soupçonner Rachel d’être une tueuse en série dont la spécialité consiste à assassiner des femmes avant de s’emparer des richesses de leurs époux. De plus en plus certaine de la culpabilité de Rachel dans la mort de sa mère, Anna est contactée par les fantômes de trois enfants qui tentent de la mettre en garde et la guide de révélations en surprises.

LES INTRUS appartient à cette vague récente d’horreur « light » estampillée PG-13, autrement dit quasiment visible par tous. Avec un tel handicap et le manque d’égard (souvent légitime) des fans du genre vis-à-vis des remakes, le métrage semblait destiner à recevoir une volée de bois verts mais, incroyablement, le résultat se révèle franchement satisfaisant. L’intrigue de DEUX SŒURS fonctionnait entièrement sur l’atmosphère et générait une véritable tension mais ce remake à l’intelligence de repenser le scénario pour le plier aux normes d’une production américaine plutôt que de plaquer un postulat typiquement coréen sur une production américaine.

Cela ne va pas sans simplification, certes, mais cette démarche s’avère définitivement plus honnête et satisfaisante qu’une vaine tentative de placer des personnages occidentaux dans une situation difficilement acceptable pour un large public peu familier des procédés narratifs asiatiques. Un métrage comme THE GRUDGE par exemple, échoue à générer le frisson en expédiant un personnage principal américain et rationnel au cœur d’un Japon riche en légende et toujours très porté sur le surnaturel. Impossible donc de croire une seconde à l’intrigue développée par la suite. LES INTRUS contourne le problème en transposant réellement les faits dans une petite ville américaine et en intégrant divers éléments typiquement occidentaux (comme les tueurs en série) à un fil narratif intelligemment développé et plus cohérent que dans DEUX SŒURS. Attention, cela ne signifie nullement que LES INTRUS surpasse l’original mais, en resserrant la narration décousue et atmosphérique (deux termes qui n’ont pas ici d’intention péjorative) de DEUX SŒURS, les Guard Brothers accomplissent un bel effort de réappropriation d’une œuvre existante.

Le scénario ajoute donc plusieurs sous-intrigues permettant de capter l’attention du spectateur au point que même les chanceux ayant vus précédemment DEUX SŒURS se demanderont comment l’intrigue va se terminer. Le frisson, généré par les éléments terre à terre (la crainte de la belle-mère criminelle) et le surnaturels (les fantômes surgissent toujours au bon moment pour un petit sursaut), est entretenu avec soin sans jamais verser dans le Grand-Guignol et retrouve, toutes proportions gardées, la réussite des œuvres à l’ancienne jouant davantage de la suggestion que du démonstratif, à la manière de LA MAISON DU DIABLE ou des INNOCENTS par exemple.

Au niveau cinématographique, LES INTRUS impressionne par la qualité de sa photographie et le soin apporté à l’environnement dans lequel se déroule l’intrigue, en particulier ce lac enchanteur et cette maison dans laquelle, en théorie, « il ne pourrait rien d’arriver d’affreux ». La montée graduelle du suspense éclate finalement dans un troisième acte rythmé et efficace multipliant les retournements de situation et les révélations bien amenées. Evidemment, l’excellent twist final de l’original coréen se retrouve dans le remake mais la résolution de certaines pistes accessoires demeure tout aussi efficace et convaincante. Signalons aussi que des indices subtils sont disséminés au fil du métrage, montrant que les Guard Brothers ne cherchent pas à tromper le spectateur en l’induisant volontairement en erreur ; au contraire ils font preuve d’une belle honnêteté à son égard et lui laisse la possibilité d’entrevoir la vérité tant le scénario s’avère bien construit. A la différence de certains films dont le twist ne tient manifestement pas la route (qui à dit HAUTE TENSION ?), le final surprenant des INTRUS s’avère bien amené et les cinéastes se montrent même plus convaincant que Ji-woon Kim (le réalisateur de DEUX SŒURS) à ce sujet en évitant certains trous du scénario.

En ce qui concerne les acteurs, les charmantes Emily Browning et Arielle Kebbel sont parfaites dans les rôles des deux sœurs et Elizabeth Banks (la Betty Brant des trois SPIDERMAN) se révèle impressionnante en infirmière aussi charmante que redoutable, dont la froide beauté semble cacher un sombre secret. Enfin, David Strathairn, un vétéran vu dans de nombreux rôles secondaires, livre une performance très solide et complète une distribution resserrée permettant un véritable développement des différents personnages proposés et de leurs caractères respectifs.

Si on accepte le postulat initial (remake occidentalisé destiné au grand public), LES INTRUS constitue une belle réussite et une vraie bonne surprise dont on n’espérait rien au départ. Sans posséder la complexité de l’original, le métrage reste prenant et fonctionne parfaitement, offrant son content de suspense, de tension et de frisson. Une bonne occasion de se consoler des récents ratages que furent les remakes de THE EYE et SHUTTER.

Présenté au BIFFF - Festival International du Film Fantastique de Bruxelles - en avril 2009

Fred Pizzoferrato - Mai 2009