UNIVERSAL SOLDIER: LE JOUR DU JUGEMENT
Titre: Universal Soldier: Day of reckoning / Universal Soldier IV: A new dimension
Réalisateur: John Hyams
Interprètes: Scott Adkins

 

Dolph Lundgren
Jean-Claude Van Damme
Andrei Arlovski
Mariah Bonner
Tony Jarreau
Craig Walker
Année: 2012
Genre: Science-fiction
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Tourné en 1992 par un Roland Emmerich en pleine ascension vers le blockbuster sur-budgété, UNIVERSAL SOLDIER marquait, également, le sommet commercial d’un Jean-Claude Van Damme devenu star international du film d’action. Malheureusement, cette réussite annonçait déjà le déclin inexorable de Monsieur « Muscles from Bruxelles » qui, en dépit de plaisants divertissements (ses collaborations avec Peter Hyams et Ringo Lam restent les meilleurs de sa carrière), sombra ensuite dans les sous-produits shootés en vidéo.

Décidé à remonter la pente, Van Damme accepte, en 1999, un UNIVERSAL SOLDIER 2 : LE COMBAT ABSOLU, lequel succède à deux suites produites pour la télévision et situées dans un « univers alternatif » (UNIVERSAL SOLDIER 2 : FRERES D’ARME et UNIVERSAL SOLDIER 3 : ULTIME VENGEANCE). Si UNIVERSAL SOLDIER 2 : LE COMBAT ABSOLU se révèle un échec au box-office, les ventes massives de K7 vidéo rendent néanmoins le produit rentable en dépit de sa médiocrité.

Il faut toutefois attendre dix ans pour que la franchise renaisse de ses cendres sous l’égide du talentueux John « fils de Peter » Hyams qui emballe le modeste mais très correct UNIVERSAL SOLDIER 3 : REGENERATION en 2009, lequel oublie totalement les événements survenus tant dans les téléfilms que dans la première séquelle cinématographique.

Les bons scores sur le marché locatif entrainent la mise sur pied d’un nouveau chapitre, UNIVERSAL SOLDIER : LE JOUR DU JUGEMENT qui se refuse pourtant à jouer la carte de la facilité pour, au contraire, explorer des territoires surprenants.

Dans un futur proche, deux UniSols dissidents, Luc Devereaux et Andrew Scott décident d’instaurer un nouvel ordre mondial totalitaire après s’être affranchis de leur conditionnement imposé par le gouvernement. Mais un amnésique, John, dont la femme et la fille ont été tuées par Devereaux s’interpose et met en échec leur plan de conquête planétaire…

Dès les premières minutes, John Hyams prend le contre-pied des attentes et présente, en guise d’introduction, une scène de « home invasion » brutale (et adroitement filmée !) au cours de laquelle la famille de Scott Adkins est assassinée par les sbires de Jean-Claude Van Damme. Pourquoi ce retournement de veste ? Le long-métrage ne le précisera jamais, laissant dans l’ombre le large laps de temps (environ 5 ans) écoulé entre le troisième film et ce nouvel épisode.

Car John Hyams démontre de l’ambition à revendre et se fiche de proposer un produit prémâché uniquement destiné aux fans des précédents volets. Au contraire, il est soucieux d’orienter la franchise dans une nouvelle direction, nettement plus intimiste et… intellectualisée. Le mot est lâché à dessein devant les tentatives du cinéaste de proposer une variation sur APOCALYPSE NOW au tempo souvent contemplatif. John Hyams illustre ainsi, sans craindre les lenteurs, la quête existentielle de Scott Adkins pour retrouver sa mémoire et déterminer s’il est un être humain, un UniSol ou un clone. Des thématiques plus proches des romans de Philip K. Dick et de leurs adaptations à l’écran (BLADE RUNNER en tête) que du blockbuster pétaradant attendu par le public. D’où la décision surprenante de reléguer au second plan Jean-Claude Van Damme et Dolph Lundgren, lesquels interviennent essentiellement durant les vingt dernières minutes pour affronter, tour à tour, Adkins.

Soucieux d’imposer sa patte « auteurisante », John Hyams développe par ailleurs une nouvelle mythologie tout en restant (volontairement ?) flou sur les implications de ce nouveau totalitarisme dont rêve les UniSol. La quête identitaire de son héros, malheureusement bien plus convaincant dans l’action que durant les scènes d’introspection, est d’ailleurs réalisée de manière appliquée, voire affrétée, le cinéaste souhaitant se démarquer du côté « direct to vidéo » du précédent épisode pour privilégier une ampleur surprenante. D’où un rythme étonnamment lent qui favorise les moments d’attente et les temps morts au détriment des poursuites et combats, tout en se réservant des explosions de violences aussi surprenantes que sauvages.

Au rayon action, UNIVERSAL SOLDIER : LE JOUR DU JUGEMENT délivre cependant quelques scènes explosives qui démontrent le talent de John Hyams pour emballer sans beaucoup d’argent des passages brutaux et furieusement gore. Les vingt dernières minutes, par exemple, jouent la surenchère barbare après un plan séquence incroyable au cours duquel l’iconique Scott Adkins avance dans un couloir obscur en dégommant des dizaines d’adversaires.

Le climax, pour sa part, prouve que Lundgren, complètement déjanté, et Van Damme, maquillé de rouge et réellement effrayant, peuvent encore décocher quelques coups de pieds rageurs et efficaces.

Affichant une durée de presque deux heures, UNIVERSAL SOLDIER : LE JOUR DU JUGEMENT est clairement trop long pour ne pas, à plusieurs reprises, ennuyer le spectateur, souvent perdu dans le trip identitaire d’un héros déboussolé. Cependant, difficile de blâmer John Hyams pour proposer un film qui ne respecte aucunement le cahier des charges attendues et fait preuve d’une liberté de ton surprenante. Inespéré pour la troisième séquelle d’un divertissement popcorn sans beaucoup de consistance.

Reste à savoir si cette approche plaira aux fans de la saga ou si le cinéaste parviendra à convaincre les réticents de donner une chance à ce produit bâtard et imparfait mais suffisamment couillu et osé pour mériter, à tout le moins, une vision curieuse.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2012