L'ÎLE INCONNUE
Titre: Unknown Island
Réalisateur: Jack Bernhard
Interprètes: Virginia Grey

 

Phillip Reed
Richard Denning
Barton MacLane
Dick Wessel
Daniel White
Phil Nazir
Année: 1948
Genre: Fantastique / Aventures
Pays: USA
Editeur Artus Films
Critique:

Réalisé en 1948, époque où les dinosaures se faisaient rares sur les écrans, L’ILE INCONNUE s’inspire sans le nommer du roman « Le Monde Perdu » d’Arthur Conan Doyle (adapté officiellement en 1925) pour proposer un récit d’aventures fantastiques très daté mais distrayant. Il importe surtout, comme le rappelle Alain Petit dans les bonus du dvd édité par Artus Films, de se montrer indulgent et de replacer le métrage dans son contexte.

L’intrigue, très classique, nous présente un aviateur, Ted Osborne, ayant survolé durant la guerre du Pacifique une île inconnue sur laquelle il a photographié un animal gigantesque ressemblant à un dinosaure. Avec sa fiancée, la riche Carole, Ted monte une expédition pour gagner l’île, persuadé de la valeur à la fois scientifique et financière de sa découverte. Il engage par conséquent le capitaine Tarnowski et s’octroie également les services d’un nommé Fairbanks, lequel a jadis échoué sur l’île en question pour y voir ses amis dévoré par des dinosaures. Devenu alcoolique, Fairbanks se laisse finalement convaincre et la petite troupe navigue vers un lieu oublié des hommes et du temps. Mais très vite, à la menace des dinosaures, s’ajoutent des rivalités plus humaines, la belle Carole, délaissée par Ted n’étant pas insensible aux charmes de Fairbanks. De son côté, le capitaine, tout aussi attiré par la demoiselle, imagine de ramener un animal préhistorique vivant pour assurer sa fortune.

S’inspirant des grandes réussites antérieures que furent donc LE MONDE PERDU et bien sûr KING KONG, le cinéaste concocte sa propre histoire de continent disparu sur lequel subsistent des animaux préhistoriques. Ceux-ci constituent, en apparence, la grande attraction du métrage mais, malheureusement, les dinosaures sont loin de convaincre.

L’animation image par image étant trop onéreuse, L’ILE INCONNUE choisit en effet une technique de trucage plus abordable mais dénuée de magie puisque les monstres préhistoriques sont simplement des figurants costumés engoncés dans des combinaisons caoutchouteuses dignes de Casimir. La menace représentée par ces bêtes féroces se voit donc largement amoindrie par leur ringardise et leur démarche pataude. Plus ennuyeux encore, les créatures interagissent fort peu avec les acteurs, à l’exception d’une scène montrant un pauvre marin dévoré par des tyrannosaures. Quelques créatures de plastiques maladroitement animées ou tirées par des câbles complètent l’éventail des effets spéciaux. Dommage tant un effort à ce niveau aurait rendu L’ILE INCONNUE bien plus charmant et agréable à suivre.

Le petit groupe d’aventuriers, pour sa part, n’évite pas les clichés. L’homme entretenu soucieux de prouver sa valeur et son indépendance financière, la belle demoiselle avançant l’argent pour satisfaire l’égo de son fiancé, l’ancien héros de guerre alcoolique et le capitaine de navire reprenant tous les tics du vieux loup de mer sont de la partie. A leur côté, notons une bande de malais baragouinant un anglais lamentable avant une piteuse mutinerie (« nous couper tête à méchants maîtres blancs ! »), laquelle échoue inexplicablement lorsque les marins, armés de machettes, prennent peur devant le capitaine brandissant un gourdin ! Rien de bien original, d’autant que la présence de la jeune femme réveille les appétits des mâles de l’expédition et complique la situation.

Bref, une intrigue prévisible et sans la moindre surprise, animée par des interprètes peu connus (citons toutefois Richard Denning revu ensuite dans LA CREATURE DU LAC NOIR et le très beau ELLE ET LUI) mais heureusement non dénué d’un certain talent pour rendre crédibles leurs personnages stéréotypés. Sans aucunes ambitions, L’ILE INCONNUE se déroule classiquement et permet simplement l’apparition, à intervalles réguliers, des dinosaures vedettes. Comme précédemment signalés, les bestioles sont peu convaincantes et provoquent davantage de rires que de frissons. Des brontosaures rigides ressemblant à des jouets d’enfants mal animés voisinent avec des tyrannosaures à la peau fripée et un gorille géant miteux au ridicule achevé. Dans la grande tradition de KING KONG, notre anthropoïde poilu combat au final un des tyrannosaures. Une scène ringarde et complètement « nanar » aggravée par une mise en scène défaillante et un montage approximatif.

Si L’ILE INCONNUE est en couleurs, fait encore rare à la fin des années ’40 pour ce type de petits budget, signalons que celles-ci sont aujourd’hui passées et complètement délavées, la faute au procédé utilisé, le bon marché Cinecolor, qui explique que le métrage fut le plus souvent exploité en noir et blanc. En dépit d’une durée réduite (environ 70 minutes), L’ILE INCONNUE semble souvent tirer à la ligne et parait bien longuet. De plus, étonnamment, la partie consacrée aux préparatifs de l’expédition apparaît plus intéressante et efficacement menée que celle située sur l’île elle-même. Un comble pour un récit d’aventures fantastiques !

Modeste production aux effets spéciaux dépassés et désastreux, L’ILE INCONNUE se laisse cependant regarder sans déplaisir, le temps lui ayant conféré un certain charme et une ringardise « nanar » appréciable des amateurs.

Nous sommes loin d’un classique mais l’édition en dvd de ce genre de métrage oublié reste appréciable, aussi saluons encore une fois les courageux passionnés d’Artus Films. Si la qualité de la copie laisse à désirer (mais en VO ou VF et en couleurs), les bonus s’avèrent, comme toujours, intéressants et laissent Alain Petit discourir durant près d’une heure sur les différents films traitant de mondes perdus. Une belle occasion d’évoquer des titres méconnus et de revenir sur l’influence de Jules Vernes, Conan Doyle et Edgar Rice Burrough sans qui, sans doute, JURASSIC PARK n’aurait jamais existé.

Bref, L’ILE INCONNUE reste une curiosité anecdotique mais pas désagréable destinée aux fins gourmets ou aux « completistes » du fantastique rétro.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010