LE TERRITOIRE DES OMBRES: LE SECRET DES VALDEMAR
Titre: La herencia Valdemar / The Valdemar Legay
Réalisateur: José Luis Alemán
Interprètes: Daniele Liotti

 

Laia Marull
Paul Naschy
Óscar Jaenada
Silvia Abascal
Ana Risueño
Rodolfo Sancho
Année: 2010
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Espagne
Editeur Condor Entertainement
Critique:

Sorti en 2010, ce diptyque horrifique, écrit et réalisé par José Luis Alemán, n’aurait sans doute pas attiré l’attention hors de son Espagne natale s’il ne s’agissait du dernier film interprété par Paul Naschy. Décédé le 30 novembre 2009, le légendaire acteur ibérique apparaît dans les deux films quoiqu’il ait, dans le second, un temps de présence très restreint.

Bien que découpé en deux volets, THE VALDEMAR LEGACY et sa suite forment, en réalité, un film unique, d’une durée de plus de trois heures, puisque les principales lignes narratives débutées dans le premier volet ne trouveront leur conclusion qu’à la fin du deuxième.

Inhabitée depuis des années, la maison de la famille Valdemar est une des rares demeures de style victorien existant encore en Espagne. Elle pourrait normalement valoir un grand prix sur le marché de l’immobilier mais, pourtant, personne ne souhaite s’en porter acquéreur étant donné sa sinistre réputation. Une jeune femme, Luisa Llorente, est cependant chargée d’évaluer la maison. Hélas, à l’intérieur de celle-ci, elle tombe sur un monstre sanguinaire qui tente de la tuer. Luisa réussit toutefois à fuir…Un détective privé, Nicolas, se voit charger par son patron de la retrouver sans prévenir les autorités afin d’éviter une mauvaise publicité. Il embarque à bord d’un train et y rencontre Dra Cerviá, laquelle lui narre les origines de la malédiction qui pèse sur la famille Valdemar depuis près d’un siècle.

Par le biais du flashback, THE VALDEMAR LEGACY nous raconte ensuite la triste histoire de Lázaro et Leonor Valdemar, lesquels dirigent un orphelinat où ils recueillent les nécessiteux. Pour engranger l’argent indispensable aux enfants, le couple, aidé de son majordome Jervas (Paul Naschy), organise des séances de spiritisme truquées au cours desquelles ils photographient les âmes des défunts. Malheureusement, un journaliste sans scrupules découvre le pot aux roses et tente d’exercer un chantage sur Lázaro. Ce-dernier refuse tout arrangement avec le vil maître chanteur et Lázaro est donc emprisonné dans l’attente d’un jugement qui peut le conduire non seulement à la ruine mais également à une longue peine derrière les barreaux. Cependant, un homme, Aleister Crowley prend parti pour Lázaro qui est finalement libéré. De nouvelles séances de spiritisme sont organisées pour Crowley, Bram Stocker, Lizzy Borden et d’autres privilégiés. En effet, à force de titiller les forces obscures, Lázaro les a invitées dans sa demeure et ce qui était jadis truqué se révèle, à présent, horriblement réel.

Ambitieux, THE VALDEMAR LEGACY déroule plusieurs arcs narratifs distincts qui se révéleront, forcément, interconnectés au final. L’ensemble s’apparente, dès lors, à une vaste fresque fantastique dont les aboutissements ne surviennent qu’au terme du second long-métrage. La majorité du temps de projection est ici occupé par un long flashback pas spécialement désagréable mais plus proche d’un drame en costume que d’un véritable récit horrifique. Le tout souffre donc d’un développement très lent qui aurait grandement gagné à se voir élaguer de nom

breuses scènes inutiles, le cinéaste donnant l’impression de se regarder filmer, fasciner par ses décors et ses interprètes déambulant en costumes d’époque. Le spectateur doit, par conséquent, s’armer de patience pour atteindre le dernier tiers du film qui convoque, enfin, quelques effets numériques à vrai dire guère convaincants.

Toutefois la présence de personnages bien connus des amateurs de fantastique comme le « mage » Aleister Crowley ou le romancier Bram Stocker rend THE VALDEMAR LEGACY acceptable et évite de s’en désintéresser totalement.

Au rayon des points positifs, l’interprétation, très sobre et crédible, de Paul Naschy rehausse largement le niveau, le grand acteur espagnol étant émouvant dans ce dernier rôle. Le reste de la distribution n’est pas mauvaise non plus et la mise en scène, quoiqu’un peu empesée et académique, reste efficace et de bonne qualité. Mais cela ne suffit pas, hélas, à transformer cet essai méritoire en véritable réussite.

Loin d’une véritable résurrection de l’épouvante espagnole ou de l’adaptation définitive de Lovecraft que les premiers visuels laissaient espérer, THE VALDEMAR LEGACY constitue, au mieux, une modeste production, pas désagréable à suivre mais dont les trop nombreuses faiblesses la condamnent à ne jamais s’élever au-dessus d’une sympathique moyenne.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2013