VALHALLA RISING - LE GUERRIER SILENCIEUX
Titre: Valhalla Rising
Réalisateur: Nicolas Winding Refn
Interprètes: Mads Mikkelsen

 

Jamie Sives
Maarten Stevenson
Gary Lewis
Ewan Stewart
Alexander Morton
Callum Mitchell
Année: 2009
Genre: Aventures / Drame / Fantastique
Pays: Dannemark / Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Même si le « film de Vikings » connut une petite heure de gloire durant les années ’60, les fiers guerriers nordiques n’ont pas souvent eu les honneurs des grands écrans. Parmi les plus belles réussites de ce sous-genre on citera évidemment l’excellent LES VIKINGS de Richard Fleischer et son décalque LES DRAKKARS de Jack Cardiff. Plus récemment, en dépit de ses nombreux défauts, LE TREIZIEME GUERRIER s’était imposé comme une œuvre d’une belle qualité.

L’annonce du projet de Nicolas Winding Refn (réalisateur de la trilogie PUSHER et du remarqué BRONSON) fit donc fantasmer les amateurs qui espéraient une œuvre dense, barbare et intelligente dans la lignée de l’insurpassable CONAN LE BARBARE. Malheureusement, le résultat, relativement intéressant, ne fut guère conforme aux attentes et s’avère en partie décevant.

L’intrigue concerne un guerrier silencieux, un esclave borgne qui va se trouver embarqué dans une périlleuse aventure en compagnie d’un jeune garçon et d’une bande de combattants Vikings. Une trame simpliste et sans beaucoup de surprise même si le métrage se voit découper, de manière assez arbitraire, en six chapitres présentés par un intertitre minimal. Le scénario ne présentera donc que peu de péripéties et se limitera à une errance linéaire quasiment dénué de dialogue, VALHALLA RISING se partageant clairement en deux parties d’une durée sensiblement égale. La première offre aux spectateurs une bonne dose de barbarie et de combats brutaux, pas toujours très lisibles mais véritablement hargneux. La seconde, par contre, s’oriente vers un voyage tant physique que métaphysique qui transformera radicalement le « héros ».

Cette cassure brusque risque d’ailleurs de donner lieu à des réactions de rejet radical de l’œuvre, Nicolas Winding Refn se permettant par exemple un long passage sur un navire purement contemplatif au risque de larguer une partie de son public. Le contraste entre le côté film d’action, très violent voire même carrément gore, et le côté intimiste se révèle donc négociée de manière très abrupte, Nicolas Winding Refn paraissant surtout soucieux de cette seconde partie, tout en lenteurs et non-dits, orientée vers un cinéma d’auteur un poil rébarbatif mais parfois fascinant.

Proche des récits de Werner Herzog et en particulier de l’excellent AGUIRRE OU LA COLERE DE DIEU, le récit parait cependant peu intéressant, le cinéaste choisissant la voie – plutôt casse gueule – d’une introspection nébuleuse pas toujours très à propos. Reste heureusement l’interprétation très habitée et convaincante d’un Mads Mikkelsen (CLASH OF THE TITANS 2010, CASINO ROYALE, LE ROI ARTHUR) portant complètement le film sur ses larges épaules.

Pour apprécier pleinement VALHALLA RISING, il importe sans doute de se trouver dans le bon état d’esprit et de se montrer réceptif à un métrage fonctionnant essentiellement sur sa superbe esthétique. A ce niveau, difficile de reprocher quoique ce soit au cinéaste qui compose des plans splendides, servis par une photographie remarquable. L’environnement sonore et la musique participent, eux-aussi, à l’ambiance immersive et transforment le métrage en une véritable expérience sensorielle, appelant le public à ressentir plutôt qu’à analyser et à se laisser porter par le rythme hypnotique d’une dernière demi-heure très froide et dénuée de passion.

Œuvre étrange aux qualités plastiques indéniables, VALHALLA RISING alterne ennui et fulgurances de manière assez déconcertante, aboutissant à un métrage non dénué d’attraits ni d’intérêts mais au final plutôt difficile d’accès et un brin ennuyeux. A voir toutefois pour se faire sa propre opinion entre les différents avis, généralement extrêmement tranchés, lus ici et là.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2010