LE CIRQUE DES VAMPIRES
Titre: Vampire Circus
Réalisateur: Robert Young
Interprètes: Adrienne Corri

 

Anthony Higgins
Thorley Walters
John Moulder-Brown
Laurence Payne
Richard Owens
Lynne Frederick
Année: 1972
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: Grande-Bretagne
Editeur Mad Movies
Critique:

La série des Dracula étant à l’agonie, la Hammer se tourne, au début des années ’70, vers d’autres vampires, la compagnie britannique ne pouvant se résoudre à mettre au placard (ou au cercueil) les buveurs de sang qui ont assuré sa notoriété. Outre la trilogie adaptée du « Carmilla » de Sheridan LeFanu et le saugrenu CAPTAIN KRONOS VAMPIRE HUNTER, la Hammer propose, en 1972, ce curieux LE CIRQUE DES VAMPIRES qui, en dépit de lourds défauts, se révèle intéressant et comporte quelques scènes réussies.

L’intrigue débute, dans le village de Stetl, par la séduction d’une gamine par un aristocrate décadent, le Comte Mitterhaus, un adepte du vampirisme aidé d’Anna, une jeune femme tombé sous sa coupe. Le professeur Mueller, mari cocufié d’Anna, voit rouge et lève une petite troupe de paysans pour aller, refrain connu, incendier le castel de Mitterhaus. Le bourgmestre, le docteur Hersh et quelques autres forcent donc la porte de la propriété maudite, trouvent l’enfant mort et affrontent le vampire, lequel finit avec un pieu planté en plein cœur. Avant de succomber, Mitterhaus prononce toutefois l’habituelle malédiction à l’encontre du village et des enfants de ses bourreaux…

Une quinzaine d’années plus tard, alors que la peste ravage la région, Stetl est isolé par des bandes armées qui y confinent les habitants. Placés en quarantaine, les pauvres villageois s’ennuient et désespèrent, ce qui pousse le docteur Hesh à monter à la capitale demander conseil à ses confrères. Peu après, un petit cirque itinérant, le Cirque de la Nuit, arrive à Stetl, dirigé par une étrange bohémienne et son compagnon, le nain Michael. Afin de se changer les idées, pratiquement tous les villageois se retrouvent, le soir venu, pour assister à une représentation du Cirque de la Nuit. Avec ses clowns et ses acrobates, le spectacle attire les vivats de la foule même si la principale attraction reste le séduisant Emil, apparemment capable de se transformer en panthère noire. Malheureusement, le bourgmestre, après avoir regardé dans le miroir « magique » de la bohémienne, s’écroule, victime d’une crise cardiaque. A partir de ce moment, les jeunes gens de Stetl commencent à disparaître…Et si des vampires étaient venus accomplir la malédiction jadis proférée par Mitterhaus ?

Peu conventionnel, LE CIRQUE DES VAMPIRES prend des distances avec la mythologie communément admise et n’hésite pas à innover. Par exemple, les créatures de la nuit peuvent, ici, se déplacer en pleine journée et possèdent des pouvoirs de « métamorphes » proches des loups-garous. Les acrobates se changent ainsi en chauve-souris tandis qu’Emil, le véritable maître du « cirque », préfère, pour sa part, adopter la forme d’une redoutable panthère noire. Néanmoins, d’autres conventions demeurent, comme la puissance séductrice des vampires, leur impérieux besoin de sang humain et leur destruction sous les coups de pieu plantés en plein coeur.

Privé des stars habituels de la Hammer, LE CIRQUE DES VAMPIRES se concentre sur des acteurs moins connus mais cependant tout à fait capables, en particulier Adrienne Corri (vue dans ORANGE MECANIQUE) qui compose la crédible maîtresse de cet étrange cirque nocturne. Anthony Higgins (LES AVENTURIERS DE L’ARCHE PERDUE, LE SECRET DE LA PYRAMIDE) se montre, de son côté, convaincant dans le rôle d’Emil, l’Homme-Panthère taciturne à la séduction animale.

Malheureusement, les contraintes budgétaires pèsent lourdement sur la mise en scène de Robert Young et certaines scènes déçoivent par leur manque de moyens ou la pauvreté des effets spéciaux, parfois franchement ratés. Le cinéaste tente avec un certain bonheur de contourner le problème en jouant sur la suggestion ou en privilégiant des trucs de montages simples et efficaces (pour illustrer, par exemple, les transformations des vampires en animaux) mais ne parvient pas toujours à rendre LE CIRQUE DES VAMPIRES passionnant. Le cirque lui-même déçoit également : quelques roulottes et une poignée d’artistes peuvent difficilement passer pour une troupe crédible et l’atmosphère à la fois fascinante et effrayante de ce microcosme est, hélas, peu mise en valeur. Dommage.

En outre, LE CIRQUE DES VAMPIRES souffre d’un rythme pas toujours maîtrisé et de l’un ou l’autre cliché aujourd’hui rabâché, comme cette foule en colère allant traquer le vampire dans son repaire. Heureusement, la beauté des images et les qualités de la mise en scène permettent d’oublier, du moins en partie, ces bémols pour apprécier l’originalité du film. Car, si l’intrigue proprement dite n’innove nullement, le traitement proposé et l’attrait exercé par ces étonnants vampires, emporte finalement l’adhésion.

La séquence prégénérique, longue d’une douzaine de minutes (!), constitue, de son côté, pratiquement un « mini-film » et surprend par sa hargne sauvage. Le cinéaste, manifestement décidé à en donner pour son argent au spectateur, augmente ainsi la dose habituelle de sexe et de violence des productions Hammer et se permet quelques excès sanglants bienvenus. Sans rivaliser avec les standards actuels ou même avec les fleurons de l’exploitation des seventies, LE CIRQUE DES VAMPIRES reste étonnamment audacieux pour une production de la vénérable compagnie britannique et témoigne du souci des producteurs de se conformer davantage aux attentes, supposées ou réelles, des amateurs.

Malheureusement, le final, précipité et décevant, (une possible conséquence d’un dépassement de budget ayant entrainé l’abandon de certaines séquences!) termine LE CIRQUE DES VAMPIRES sur une note négative et atténue l’impact de ses meilleures scènes. Entre les grands classiques de l’âge d’or de la Hammer et ses ratages de fin de carrière, LE CIRQUE DES VAMPIRES se situe, en résumé, dans une honnête et plaisante moyenne. Le film se suit sans déplaisir même si le budget riquiqui et d’évidentes faiblesses ne permettent pas de le considérer comme une complète réussite. Les fans de la compagnie britannique devraient toutefois y trouver leur compte, à condition de faire preuve d’un minimum d’indulgence.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2015