VAMPYRES
Titre: Vampyres / Daughter of Dracula / Vampyres Orgy
Réalisateur: José Ramón Larraz
Interprètes: Marianne Morris

 

Anulka Dziubinska
Murray Brown
Brian Deacon
Sally Faulkner
Michael Byrne
 
Année: 1975
Genre: Fantastique / Horreur / Erotisme
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Petite production aux moyens minimalistes, VAMPYRES appartient à cette vague, un temps fructueuse, du « film de vampire lesbien » illustré tant par Jean Rollin ou Jésus Franco que par des œuvres plus artistiques et exigeantes comme LES LEVRES ROUGES ou LA MARIEE SANGLANTE, sans oublier la trilogie de la Hammer. Le long-métrage de José Ramón Larraz se situe, pour sa part, au confluent de ses diverses voies : complaisant dans l’érotisme, ponctué de quelques meurtres barbares et sanglant, il n’en reste pas moins traversé d’un climat volontiers « arty » et offre un spectacle hybride, partagé entre l’exploitation et quelques prétentions « auteurisantes » plus ou moins convaincantes.

Deux jeunes femmes, Fran et Mirian, occupent un château isolé et s’aiment d’amour tendre. Un soir, elles sont abattues par un homme mais leurs âmes ne trouvent pas la paix. Devenues des fantômes, elles hantent le castel et doivent se nourrir de sang pour survivre, par contre elles ne craignent ni les croix, ni la lumière du jour. Les séduisantes demoiselles peuvent, par conséquent, racoler des voyageurs de passage qu’elles enivrent puis tuent après l’amour pour se repaitre de leur sang. A l’aube, leurs victimes sont ramenées à leur véhicule et les crimes maquillés en accidents de la circulation. Mais un jour, Fran tombe amoureuse d’une de ses proies, le quadragénaire Ted, qu’elle refuse à tuer au matin malgré la colère de sa compagne.

Cinéaste d’origine espagnole, José Ramón Larraz est un spécialiste de l’épouvante et de l’érotisme, deux genres qu’il marrie fréquemment au travers d’œuvres comme DEVIATIONS, le giallo SCREAM AND DIE ou LA MUERTA INCIERTA, une variation sur le classique LA FELINE. Daté de 1974, VAMPYRES s’inspire d’un récit de l’écrivain belge Thomas Owen, que Larraz avait précédemment adapté avec SYMPTOMS. L’intrigue, toutefois, s’avère minimaliste et pratiquement confinée à un décor unique, celui d’un beau château joliment gothique, d’ailleurs vu la même année dans le ROCKY HORROR PICTURE SHOW.

Avec son budget de 40 000 livres sterling (ce qui, même en 1975, ne représentait pas grand-chose), le cinéaste soigne surtout son ambiance tout en lenteurs, en ambiance feutrée et en non-dits. Parfois, cela fonctionne et fascine, parfois, hélas, l’ennui domine. En effet, en dépit de quelques scènes intéressantes, VAMPYRES avance à un rythme léthargique et les longueurs sont nombreuses. Par exemple, les passages au cours desquels les deux vampires séduisent leur proie s’éternisent et fatiguent tant elles sont répétitives et prévisibles. Plus grave, le cinéaste entrecoupe régulièrement « l’action » par des scènes de la vie quotidienne d’un couple installé non loin du château maudit.

Ces deux personnages, qui auront finalement un impact réduit sur le récit, sont filmés en train de pêcher, de discuter ou de faire l’amour, ce qui brise l’impression d’angoisse teintée de claustrophobie installée lorsque la caméra parcourt les corridors du castel. A ce niveau, les déambulations des protagonistes tiennent, malheureusement, du « film de couloir » et, malgré une atmosphère gothique parfois effective, finissent par ennuyer les moins réceptifs. Les longs moments où nos belles non-mortes avancent dans la forêt, vêtues de longues capes noires, rappellent, de leur côté, le cinéma poético-sexy de Jean Rollin mais peuvent donner à certains l’envie d’user de l’accéléré.

Enfin, plusieurs incohérences pourront gêner les esprits cartésiens, comme le comportement des vampires vis-à-vis du soleil : si elles doivent, apparemment, dormir durant le jour comme tous leurs congénères, nos créatures nocturnes évoluent pourtant plusieurs fois en pleine lumière sans la moindre explication. Toutefois, les scènes érotiques se révèlent efficaces et paraissent très réalistes par leur côté sauvage, une impression encore accentuée lors des mises à mort des victimes de nos deux vampires.

Telles des bêtes fauves jamais repues, les mortes vivantes, nues et désirables, se jettent sur leurs proies pour les blesser, les mordre, les poignarder et, au final, se gorger de leur sang copieusement répandu. La structure du récit est également intéressante et hésite entre le rêve et la réalité, ce dont témoigne une fin ambiguë et déstabilisante qui laisse planer le doute sur les événements survenus durant les 80 minutes précédentes.

La photographie, non dénuée de charme, notamment lors des scènes baignées de brume, et l’interprétation globalement convaincante aident toutefois à patienter jusqu’à la fin du métrage en dépit de ses lenteurs. Parfois envoûtant, parfois sensuel, VAMPYRES demeure, toutefois, trop longuet et timoré pour réellement passionner le spectateur, lequel se contente de suivre, d’un œil vaguement ennuyé, les attaques menées par les charmantes demoiselles assoiffées de sexe et de sang.

Au final, ce divertissement érotico-horrifique, certes correct, peine à s’élever au-dessus de la moyenne et intéressera essentiellement les complétistes du « film de vampires lesbiennes » des années ’70.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2013