VAMPYROS LESBOS
Titre: Vampyros Lesbos
Réalisateur: Jesus Franco
Interprètes: Soledad Miranda

 

Ewa Strömberg
Dennis Price
Heidrun Kussin
José Martínez Blanco
Jesus Franco
 
Année: 1971
Genre: Fantastique / Erotique / Horreur
Pays: Allemagne
Editeur  
Critique:

VAMPYROS LESBOS Souvent considéré comme le meilleur film de Jess Franco, et en tout cas son plus célèbre ne serait-ce que par son titre aguicheur, VAMPYROS LESBOS constitue une agréable, sinon pleinement convaincante, variation sur le mythe de Dracula revisité par un érotisme guilleret.

A Istanbul, Linda Westinghouse (Ewa Stromberg) travaille en tant qu’avocate pour la compagnie Simpson et Simpson. Chaque nuit, ses rêves sont emplis d’étranges visions érotiques impliquant une mystérieuse jeune femme. Linda se confie à son psychanalyste, le Dr Seward (Dennis Price) qui lui conseille de prendre un amant pour combattre sa frustration sexuelle.

Peu après, Linda doit résoudre une affaire d’héritage avec la comtesse hongroise Nadine Oskudar (Soledad Miranda) dont tous les biens proviennent de son protecteur, le défunt comte Dracula. Linda part donc pour les îles Kadidados, laissant derrière elle son copain Omar, afin de retrouver la comtesse. Bien sûr, les natifs locaux lui laissent entendre que l’endroit, maudit, ne lui apportera que folie et mort mais Linda passe outre les avertissements et rencontre Nadine. Malheureusement, cette dernière est une vampire qui boit le sang de la jeune femme après l’avoir séduite. Internée dans une institution psychiatrique, Linda reçoit l’aide d’un expert en occultisme, le Dr Steiner, lequel lui apprend comment détruire les créatures de la nuit…

Constante du cinéma d’exploitation dont la source littéraire remonte au Carmilla de Sheridan LeFanu, les vampires lesbiennes apparaissent régulièrement sur les écrans au début des années ’70. Le relâchement de la censure permet ainsi l’émergence de titres plus sensuels et explicites comme THE VAMPIRE LOVER, LES LEVRES ROUGES et quelques autres. Une mode qui subsista ensuite dans les sous-produits destinés aux vidéoclubs ou les parodies grand public comme le récent et divertissant LESBIAN VAMPIRE KILLERS.

Réalisé en 1971 sous le pseudonyme de Franco Manera, VAMPYROS LESBOS déroule, comme souvent avec le cinéaste, une intrigue prétexte, ici inspirée du « Dracula » de Bram Stocker dont Franco devait livrer, la même année, une version fidèle mais décevante sous le titre LES NUITS DE DRACULA. Malin, Franco remplace le falot Jonathan Harker par la désirable Linda et déplace l’intrigue des Carpates à la Turquie mais les péripéties sont identiques. La belle demoiselle tombe sous le charme d’une vampire, jouée par Soledad Miranda, et sera sauvée par le Dr Seward (Dennis Price), lequel reprend également à son compte les caractéristiques de Van Helsing, curieusement absent du récit.

La belle Soledad constitue évidemment une des attractions principale de ce VAMPYROS LESBOS, cette jeune starlette de l’horreur sexy européenne étant décédée peu après le tournage dans un accident de voiture. Pas spécialement une grande actrice stricto sensu mais à coup sur une séduisante femme fatale au potentiel érotique indéniable. A ses côtés nous retrouvons Dennis Price, prometteur acteur anglais que l’alcoolisme et l’amour des jeux de hasard conduisit à la faillite. Une situation personnelle difficile qui poussa l’acteur (un temps considéré comme une des « grandes stars anglaises ») à apparaître dans une poignée de productions Hammer (LES HORREURS DE FRANKENSTEIN, LES SEVICES DE DRACULA) ou l’excellent THEATRE DE SANG mais aussi a accepter un paquet de titres moins reluisants pour Jess Franco comme LES EXPERIENCES EROTIQUES DE FRANKENSTEIN, QUARTIER DE FEMMES ou DRACULA PRISONNIER DE FRANKENSTEIN.

Comme souvent avec Franco, le scénario n’est pas vraiment travaillé et sert surtout de liaison un peu lâche entre les différentes scènes d’érotisme. Une recette pas toujours convaincante mais ici plutôt agréable et adroitement combinée. La photographie, tout d’abord, s’avère de toute beauté et joue admirablement sur les couleurs et en particulier les différentes teintes de rouge qui illuminent littéralement l’écran.

Les actrices, à la beauté naturelle, effectuent des numéros sexy plutôt soft mais sympathiques et rendent l’entreprise divertissante. Situé dans des décors ensoleillés aux antipodes des clichés coutumiers de l’épouvante gothique, VAMPYROS LESBOS demeure cependant un authentique récit vampirique, bien plus convaincant que LES NUITS DE DRACULA, LA FILLE DE DRACULA ou LA COMTESSE NOIRE du même cinéaste.

La musique, pour sa part, est devenue au fil des années aussi culte que le métrage en lui-même. Psychédélique, « space » et envoutante, elle mélange avec bonheur une sorte d’acid jazz précurseur à des riffs rock ponctué de vocaux hantés et sert excellemment l’ambiance onirique du métrage. Célébrée par de nombreux fans, la partition de VAMPYROS LESBOS trouva naturellement sa place sur la bande originale du JACKIE BROWN de Quentin Tarantino.

De son côté, Franco se repose sur ses tics coutumiers (donc les fameux et si décriés zoom intempestifs) mais sa mise en scène apparaît ici moins relâchée que dans ses innombrables Women In Prison ultérieurs. Bref, l’important avec VAMPYROS LESBOS est sans doute de se laisser porter par le métrage et de s’imprégner de son atmosphère si particulière. En laissant son esprit cartésien au vestiaire, il devient plus aisé d’apprécier ce voyage surréaliste, sensuel et emplit de symbole auquel Jess Franco nous convie. Tenté par certaines prétentions « auteurisantes » et artistiques, le cinéaste réussit à s’élever au-dessus de la masse des sexploitations similaires sorties au cours des années ’70 et propose un bel exemple de cinéma bis de qualité.

Considéré par certains comme un chef d’œuvre, VAMPYROS LESBOS s’avère en tout cas plaisant et attractif et même les détracteurs du cinéaste pourraient se laisser porter par son atmosphère envoutante et planante. La grâce des actrices, la beauté de la photographie, le script relativement cohérent traversé de séquences oniriques réussies et la très convaincante bande originale font en tout cas de ce film une des œuvres les plus abordables et efficaces de Jesus Franco. A découvrir.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010