V/H/S
Titre: V/H/S
Réalisateur: Matt Bettinelli-Olpin / David Bruckner / Glenn McQuaid / Joe Swanberg / Chad Villella / Ti West / Adam Wingard / Tyler Gillett / Justin Martinez
Interprètes: Calvin Reeder

 

Hannah Fierman
Joe Swanberg
Norma C. Quinones
Helen Rogers
Chad Villella
Matt Bettinelli-Olpin
Année: 2012
Genre: Film à sketches / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Le film à sketches étant, apparemment, revenu à la mode (comme en témoigne, entre autres, THE THEATRE BIZARRE, CHILLERAMA, THE ABC OF DEATH, PROFANE EXHIBIT, etc.), il n’est guère étonnant de le voir se combiner à une autre mode, plus récente mais tenace, celle du found footage.

Malheureusement, alors que le format « court » laissait espérer une utilisation plus intéressante du procédé (s’il est difficile de le justifier sur la durée d’un long-métrage, le found footage - de gueule, oui, il importe de faire cette blagounette à chaque chronique d’un nouveau film de ce style - semble, en effet, plus crédible sur une vingtaine de minutes), le résultat s’avère une terrible déception.

Evitant le côté inégal de la plupart des « films à sketches », V/H/S se montre constant dans la médiocrité, chacune des histoires étant d’une incroyable faiblesse. Confiant dans leur concept, les différents cinéastes ne paraissent jamais se soucier de proposer un scénario consistant ni même des personnages intéressants. La bande de réalisateurs se repose par conséquent entièrement sur le procédé du found footage aux images neigeuses et tremblotantes pour accoucher de vignettes saignantes, vaguement provocantes et voulues modernes mais en réalité dénuée de la moindre inspiration.

Les cinq épisodes dispensent, chacun, quelques jump-scare basiques, une poignée de scènes gore et une pincée de nudité mais seule subsiste, au final, une impression de gâchis généralisé.

Le premier volet (« Amateur Night ») montre trois crétins imbibés d’alcool draguant des filles avant de ramener deux demoiselles dans leur chambre d’hôtel…mais l’une des deux se révéle une créature inhumaine, croisement entre un vampire et une succube, avide de sang frais. Longuet, prévisible et inintéressant en dépit de sa durée réduite. Un vrai supplice !

« Second Honeymoon », signé Ti West (l’excellent et nostalgique THE HOUSE OF THE DEVIL) suit pour sa part le voyage d’un jeune couple dans les contrées reculées du Far West américain. Ils croisent la route d’une étrange jeune fille qui les épie la nuit et s’introduit dans leur chambre pour les observer. Un segment insipide dont le pseudo twist, sorti de nulle part ne relève pas l’intérêt, d’autant que l’ensemble parait interminable avec ces images « volées » qui rappellent l’infâme PARANORMAL ACTIVITY. Horrible !

Un poil moins raté, mais toutefois loin d’une réussite, « Thursday the 17th » promène aux abords d’un lac réputé hanté par un maniaque une bande de jeunes décidés à révéler au monde son existence. Médiocre mais regardable avec beaucoup d’indulgence, cette pseudo parodie de VENDREDI 13 reste le moins mauvais sketch de la série…ce qui renseigne surtout sur le niveau désastreux des quatre autre !

Le suivant, « The Sick Thing that happened to Emily when she was younger », bénéficie, au moins, d’un jump scare relativement efficace en milieu de sketch mais le final foireux et l’abandon complet du concept de la vhs maudite (le segment est entièrement filmé à la webcam !) n’incite guère à l’indulgence pour cette nouvelle resucée (une de plus !) de PARANORMAL ACTIVITY.

Enfin « 10/31/98 » est un petit sketch consacré à Halloween. Il traite d’une bande de copains en virée qui aboutissent dans une demeure maudite peuplée de créatures fantomatiques. Les fêtards finissent par découvrir une jeune fille qu’une troupe de satanistes s’apprêtent à sacrifier. Sans intérêt.

Comme toute anthologie horrifique qui se respecte, V/H/S propose également une intrigue de liaison (« tape 56 ») au sujet d’une bande d’abrutis (leur principal amusement consiste à agresser des filles en pleine rue pour soulever leurs vêtements et filmer leur poitrine !) allant dévaliser une maison pour y dérober une mystérieuse cassette vidéo. Ce segment, d’une totale platitude et dénuée de la moindre résolution, ne parvient jamais à susciter le moindre intérêt mais donne furieusement envie de baffer ses irritants protagonistes.

Entièrement filmé à la shaky-cam, truffé d’effets vidéos excessifs et fatiguant (image rayée, neigeuse, tremblotante et parasitée bien au-delà de l’acceptable ou même du naturel), V/H/S fatigue rapidement, d’autant que les scénarios ratés et les comédiens catastrophiques plombent toute possibilité d’empathie pour des personnages antipathiques et insupportables.

Conçu comme une « bande démo » pour ses cinq cinéastes, V/H/S échoue complètement dans cette opération « séduction » et s’apparente surtout à une compilation de mauvais courts-métrages de fin d’étude artificiellement trafiqués pour posséder une patine « rétro » atrocement exploitée. Prometteur sur le papier, V/H/S est, au final, une totale déception et la vision de ces piteuses historiettes donne envie au spectateur d’user de la télécommande afin de recréer davantage le visionnement nostalgique d’une cassette vidéo.

Bref, rien à sauver de cette entreprise misant uniquement sur la technique et les bricolages (shaky cam, found footage) au détriment de tout le reste! Le pire film d’horreur de l’année.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2012