V/H/S 2
Titre: V/H/S/2 (ex S-V/H/S/)
Réalisateur: Simon Barrett & Jason Eisener & Gareth Evans & Gregg Hale & Eduardo Sánchez & Timo Tjahjanto & Adam Wingard
Interprètes: Kelsy Abbott

 

Fachry Albar
Devon Brookshire
Hannah Hughes
Lawrence Michael Levine
Mindy Robinson
Jay Saunders
Année: 2013
Genre: Film à sketches / horreur / Found Footage / Gore
Pays: USA / Canada / Indonésie
Editeur  
Critique:

Etant donné les difficultés éprouvées par la majorité des « found footage » à tenir la distance durant 80 minutes en restant fidèle à leur concept, il paraissait logique que le salut provienne du « film à sketches ». En 2012, l’anthologie V/H/S avait tenté de distiller au spectateur une bonne dose de frissons au travers de cinq histoires indépendantes qui abusaient des effets vidéo (image trafiquée et tremblotante) pour camoufler l’inanité de leurs scénarios respectifs. Le résultat, désastreux, fut cependant accueilli avec suffisamment de mansuétude pour qu’une nouvelle fournée soit commandée.

D’abord envisagée sous le titre référentiel et imaginatif de S-V/H/S/, cette compilation horrifique débarque finalement sous l’appellation plus prosaïque et banale de V/H/S 2.

L’intrigue de liaison (« tape 49 »), classique, suit deux détectives enquêtant sur une étrange disparition. Au cours de leurs investigations, ils tombent sur une pile d’antiques cassettes vidéo et, « entre deux torture porn et un porno pédophile », découvrent d’étonnants enregistrements.

« Phase I Clinical Trials » s’inspire effrontément de l’épouvante asiatique et s’intéresse à un homme qui, après un accident de voiture, bénéficie d’une délicate opération oculaire. Une caméra, couplée à ce nouvel œil, enregistre ce qu’il voit afin que ces images puissent servir pour de futures recherches médicales. Bien sûr, notre patient ne tarde pas à voir des « dead peoples » se balader dans son appartement. Une jeune femme, Clarissa, jadis implantée pour guérir sa surdité, lui apprend qu’elle-même entend les fantômes… Un sketch sans surprise mais agrémenté de jump scares efficaces quoique très prévisibles pour les habitués. Linéaire et classique, cette histoire justifie néanmoins de manière originale l’utilisation des procédés « found footage ». Correct.

« A Ride in the park » : un jeune homme effectue une ballade dans un parc (surprenant ?) après avoir enclenché une caméra sur son casque de vélo. Il est alors attaqué par des zombies. Intrigue minimale et développement inexistant pour ce segment qui semble tiré d’une quelconque imitation de [REC]. Reste des effets gore franc du collier (ventre arraché, intestins extirpés, bidoche mâchouillée en gros plan) toutefois gâchés par les tics coutumiers du « found footage » dont une caméra continuellement tremblotante qui empêche de profiter au mieux des scènes vomitives. Si la fin, originale, n’est pas complètement convaincante ou satisfaisante, elle possède au moins le mérite d’offrir à l’intrigue un semblant de conclusion. Rien de transcendant mais vingt bonnes minutes de boucherie.

« Safe Haven ». Une équipe de journaliste tente de révéler la vérité sur les membres d’un culte indonésien. Le grand « prêtre » et sa « famille » en profitent pour effectuer un carnage. Ce segment un brin longuet (une demi-heure !) aborde des thématiques rarement évoquées dans l’horreur (comme la pédophilie) mais reste surtout prétexte, une fois de plus, à de nombreux effets sanglants (gorge tranchée au cutter, têtes explosées au fusil, etc.). Rien de novateur mais plaisant à condition d’accepter la mise en scène qui alterne shaky-cam épileptique et caméras de surveillance en noir et blanc. Très classique donc, tout comme la progression façon jeu vidéo (style First Person Shooter) du final gore à souhait durant laquelle les cinéastes se lâchent complètement et font intervenir des démons cornus et des morts vivants. La dernière réplique (involontairement ?) drôle termine le sketch de manière stupide mais mémorable.

Le dernier et court segment (une douzaine de minutes) s’intitule « Slumber Party Alien Abduction »et le titre en résume l’ambition en confrontant une bande de sales gosses à des extra-terrestres belliqueux. L’originalité consiste, cette fois, à filmer le sketch par l’intermédiaire d’une caméra fixée sur un chien ! Des protagonistes sympathiques (ils rappellent ceux des GOONIES ou THE GATE), quelques notes d’humour bienvenues et des aliens impressionnants (fortement inspirés par le look « Roswell ») compensent, du moins en partie, une réalisation capable de donner le mal de mer à un marin aguerri. L’abus d’effets vidéo et de caméra parkinsonienne rend, en effet, l’intrigue quasiment irregardable, d’autant que l’obscurité n’aide guère à comprendre ce qui se passe. Les éclairages, constitués de rayons de lumière trouant une nuit enfumée, fonctionnent cependant efficacement et le sketch se situe dans une bonne moyenne.

Le retour à l’intrigue de liaison n’a, par contre, aucun intérêt et témoigne du peu d’application des metteurs en scène pour cet « emballage » qui semble uniquement exister pour atteindre la durée réglementaire. Une piètre manière de terminer ce long-métrage.

Composée par quelques personnalités chevronnées du genre comme Eduardo Sanchez et Gregg Hale (respectivement réalisateur et producteur de BLAIR WITCH PROJECT) ou des petits jeunes aux dents longues comme Gareth Evans (MERANTAU, THE RAID), Timo Tjahjanto (MACABRE), Simon Barrett (scénariste de FRANKENFISH et YOU’RE NEXT !), Adam Wingard (YOU’RE NEXT, HORRIBLE WAY TO DIE) et Jason Eisener (HOBO WITH A SHOTGUN), V/H/S/ 2 se montre, en définitive, bien plus digeste que son prédécesseur.

Si cette anthologie ne fera pas changer d’avis les allergiques du « found footage » dont les tics sont, par ailleurs, irritants sur la longueur (a-t-on vraiment besoin de ces images constamment bruitées, parasitées ou mal cadrées ?), le niveau élevé de gore et des intrigues mieux construites que de coutumes permettent néanmoins d’apprécier cette nouvelle livraison globalement mineure mais plaisante.

Toutefois, il vaut mieux éviter de regarder ce V/H/S/ 2 d’un seul bloc sous peine de rapidement saturer. Aucun segment ne sort, en effet, durablement du lot même si, cette fois, les quatre sketches proposés restent dans une honnête moyenne. Le film se positionne, finalement, dans son époque et sera de ce fait nettement plus apprécié si on le visionne par petits bouts sur un écran d’ordinateur plutôt que d’une traite dans une salle de cinéma.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2013