UNE VIERGE CHEZ LES MORTS VIVANTS
Titre: Christina princesse de l'érotisme/
A Virgin among the living dead /
La nuit des étoiles filantes / Zombi IV
Réalisateur: Jesus Franco
Interprètes: Christina von Blanc

 

Britt Nichols
Rosa Palomar
Howard Vernon
Paul Muller
Jesus Franco
Anne Libert
Année: 1973
Genre: Fantastique / Erotique / Epouvante
Pays: France
Editeur Mad Movies
Critique:

Petite production signée Jésus Franco, UNE VIERGE CHEZ LES MORTS VIVANTS a gagné une certaine notoriété en raison de son titre prometteur (que Franco détestait et auquel il préférait « La nuit des étoiles filantes ») et de ses affiches d’exploitation réussies promettant une horreur sanglante et un érotisme prononcé. Hélas, comme souvent dans le cinéma bis, la vision de l’œuvre tempère les ardeurs au point de carrément refroidir l’amateur, lequel se retrouve devant une sorte de délire onirique mal maitrisé mais parvenant, par intermittences, à provoquer une certaine fascination.

Le scénario, tout d’abord, se résume à un argument simpliste et ne sera pas développé le moins du monde, enchainant seulement des séquences bizarres ou gentiment érotiques dans une atmosphère voulue captivante mais, le plus souvent, lassante. La belle Christina Benson arrive de Londres pour assister à la lecture du testament de son père dans le château familial isolé. La jeune fille (qui n'est surement plus vierge d'ailleurs!) rencontre les membres de sa famille, d’étranges personnages qui se révèlent, en réalité, des revenants désireux de l’emmener au royaume des morts.

Sans grande logique, UNE VIERGE CHEZ LES MORTS VIVANTS propose une intrigue décousue qui mélange le rêve et la réalité de manière confuse et laisse planer le doute sur la véracité des événements vécus ou fantasmés par l’héroïne. Les dialogues, pour leur part, versent dans l’absurde empreints de prétentions pseudo philosophiques et s’avèrent particulièrement imbuvables, quoique plaisants pour les amateurs de nanars. « Le temps qui passe est aussi long la nuit que le jour », déclare ainsi la tante tandis que son mari lui répond « la nuit on entend encore mieux le cri des vautours », deux exemples parmi tant d’autres des élucubrations du cinéaste.

Le comique involontaire prédomine d’ailleurs dans cette œuvre bien trop ambitieuse pour les moyens dont dispose un Jésus Franco surtout préoccupé par les charmes de son interprète principale. La belle Christina von Blanc (vue dans LA CLOCHE DE L’ENFER et OVERTIME) se dénude donc complaisamment sous la caméra du réalisateur abusant, comme à son habitude, des zooms furieux. Excepté Christina von Blanc, plutôt inspirée, et Howard Vernon, comme toujours charismatique, les acteurs sont, hélas, fort peu convaincants, à commencer par Franco lui-même, lequel s’octroie le rôle de Basilio, un handicapé mental muet et boiteux, accessoirement obsédé sexuel qu’il joue avec une outrance réjouissante… ou navrante, selon les sensibilités.

Paul Muller (LES CAUCHEMARS NAISSENT LA NUIT, SHE KILLED IN EXCTASY et deux cents autres films !), lui, apparaît de manière anecdotique, une corde autour du cou et du sang coulant de sa bouche, incarnant le défunt père de l’héroïne. Quand à Britt Nichols, apparue, en deux ans, dans huit films de Franco avant de disparaître des écrans, on la découvre en vampire lesbienne affriolante se délectant du sang coulant du sein mordu de sa compagne d’une nuit.

L’horreur et l’érotisme, promis par le titre, sont, hélas, quasiment absents du métrage, seuls quelques gouttes de sang seront versées et les aspects sexy se limitent, eux, à une nudité généreuse et gratuite. Par contre, les scènes saugrenues ne manquent pas, à commencer par une lecture de testament complètement loufoque, sans doute volontairement drôle mais rendue encore plus déjantée par le cabotinage éhonté d’un Franco endormi ronflant bruyamment pendant que le notaire ânonne des phrases incompréhensible. Un peu plus tard, Christine se réveille, nue, pour s’agenouiller devant une sculpture représentant un énorme pénis qu’elle brise de sa main avant que sa cousine, épouvantée, ne la réprimande : « malheureuse ! Il ne fallait pas casser le grand phallus, maintenant la malédiction est sur nous ! ». De grands moments qui aident à rendre le métrage supportable et même distrayant en dépit d’une mollesse pénible.

En effet, malgré une durée réduite (75 minutes), UNE VIERGE CHEZ LES MORTS VIVANTS souffre d’un rythme assoupi et languissant, laissant le recours à l’accéléré comme unique échappatoire possible pour le spectateur, terrassé par tant d’indolence, le cinéaste confondant souvent surréalisme poético-érotique et confusion ennuyeuse.

Reste une partition musicale mélancolique signée Bruno Nicholai, quelques belles images et un climat onirique parfois agréable, ce qui ne suffit pas, loin de là, à sauver l’entreprise du naufrage. La scène finale possède, heureusement, un pouvoir d’évocation appréciable et termine le métrage sur une note plus positive même si les contraintes budgétaires en atténuent la force visuelle.

Loin d’être un classique, UNE VIERGE CHEZ LES MORTS VIVANTS se laisse, en définitive, regarder d’un œil distrait mais doit être réservé aux admirateurs forcenés de Jésus Franco, lesquels lui pardonneront ses faiblesses pour se concentrer sur l’une ou l’autre séquence réussie.

A noter qu’UNE VIERGE CHEZ LES MORTS VIVANTS existe sous de nombreux titres et en de nombreuses versions, parfois agrémentées de scènes additionnelles plus volontiers olé-olé ou caviardées d’extraits du LAC DES MORTS VIVANTS de Jean Rollin.

 

Fred Pizzoferrato - Mars 2011