VIRUS CANNIBALE
Titre: Inferno dei morti viventi / Apocalipsis Canibal / Zombie Creeping Flesh / Night of the Zombies / Cannibal Virus
Réalisateur: Vincent Dawn (aka Bruno Mattei)
Interprètes: Margit Evelyn Newton

 

Franco Giraldi
Selan Karay
Gaby Renom
Luis Fonoll
 
 
Année: 1981
Genre: Zombies / Horreur / Gore / Culte / Cannibales / Video Nasty
Pays: Italie
Editeur Mad Movies
3 /6
Critique:

Accident! Radiations! Zombies! Soldats! Manger! Voici le programme de cette série Z qui marche très maladroitement sur les traces des classiques du gore transalpins. La réalisation étant signée Vincent Dawn, alias Bruno Mattei, le cinéphile sait immédiatement à quoi s'attendre. Car Mattei est un type sacrément fêlé du bocal, réalisateur de quelques unes des pires séries Z jamais vues sur un écran.

Objectivement, le bonhomme n'a pas grand talent mais heureusement, il sait toujours provoquer un bon éclat de rire chez le spectateur complice. VIRUS CANNIBALE, d'ailleurs, fait vraiment beaucoup rire, au point que l'on puisse le considérer comme l'œuvre phare de Mattei. Son monument. Son PLAN NINE FROM OUTER SPACE ou son ASTRO ZOMBIES à lui, pour situer le niveau. L'argument de départ est déjà imparable: pour lutter contre la famine il suffit de transformer les gens en cannibales. Ben oui, personne n'y avait pensé, c'est pourtant loin d'être con, comme idée. La moitié du monde mange donc l'autre et le problème de la faim dans le monde est aussitôt résolu. Une fois l'argument énoncé le film est sur ses rails et il s'applique à ne surtout pas en dévier: du gore, du gore et encore du gore. Mal fait, bien sûr, mais Tom Savini était indisponible et, de toutes façons, il coûtait trop cher.

D'ailleurs tout coûte trop cher sur ce film et pourtant Mattei voit grand: il veut de l'exotisme touristique, de l'action, du sexe, du gore, etc. Bref, il veut refaire ZOMBIES, mâtiné d'un soupçon de L'ENFER DES ZOMBIES et d'une larme de CANNIBALIS pour faire bonne mesure. Une intention louable mais le résultat final est affligeant. L'intrigue se déroule théoriquement en Nouvelle Guinée où se produit un accident nucléaire. En clair, deux ou trois types s'agitent devant des panneaux qui clignotent comme des guirlandes de Noël. Après une attaque de rats, les secours sont attaqués par les techniciens zombifiés. Ceux-ci avancent très lentement mais leurs proies demeurent stoïques devant la menace. Ca aide parce que sinon ils ne pourraient pas les attraper. Et si zombie pas attraper victime, zombie pas pouvoir manger et donc pas de sang à l'écran. Donc pas de film. CQFD.

Intervient ensuite une équipe de flics anti-terroristes qui vient d'ailleurs de massacrer une bande de dangereux écologistes dans une ambassade. Nous parcourons alors la jungle de Papouasie avec nos virils héros rigolards en mission spéciale. Traduction: Mattei filme quelques couillons conduisant une jeep bon marché dans un petit bois italien. Pour masquer le manque de moyen, le cinéaste insère alors quelques images tirées de documentaires animaliers mais la qualité des séquences est affreuse, le scope disparaît et surtout, les animaux présentés ne sont pas très papous, si vous voulez mon avis. Des grues, un petit kangourou, des singes, un aigle, un éléphant d'Afrique en pleine savane, des antilopes, un dingo, et plein d'autres bestioles viennent faire coucou, comme dans "Trente Millions d'Amis".Apparemment, selon certaines sources, la plupart de ces stock-shots sont issus d'un film d'aventures nippon de 1974. Quant à la musique, elle pompe celle composée par les Goblins pour le ZOMBIE de Romero avec quelques effets clink-clink de synthé en prime. Pitoyable!

Nos soldats, rejoint par une bande de scribouillards franchouillards menés par une blondasse nommée Lia Rousseau, continuent donc leur périple, entrecoupé d'attaques des monstrueux zombies mutants cannibales. Appelons les MZMC pour faire court. Le groupe arrive alors chez les papous et la journaliste, soucieuse de s'intégrer, se met aussitôt à poil, passe un pagne et se peinturlure comme pour une soirée de patronage. Quelques stock-shots de danses tribales suivent alors pour gagner un peu de temps. Car, tel un boxer sur un ring, Mattei doit tenir le temps réglementaire et c'est parfois très dur. Tous les coups sont permis pour atteindre les 80 minutes obligatoires. Mais que faire? Filmer de nouveaux passages gore, pardi, entrecoupés de plans sensés figurer l'ONU avec des acteurs ringards qui s'agitent piteusement. Quelques scènes restent malgré tout dans la mémoire de tous les cinéphiles, telle cette interprétation anthologique et incongrue de Singing In The Rain par un militaire en tutu et haut de forme cerné par les MZMC. Si, si!

Au final, VIRUS CANNIBALE s'impose certainement comme un des plus mauvais films jamais réalisés, ex-aequo avec l'effarant et australien ZOMBIE COMMANDO (les productions Eurociné étant hors concours, bien sûr) mais l'ensemble s'avère rigolo et horriblement sanglant. Le maquillage des MZMC se limite à quelques coups de crayons gras et un peu de ketchup à la commissure des lèvres. On voit d'ailleurs que les figurants ainsi grimés cachent difficilement leur hilarité devant tant de bêtise. Comme le spectateur d'ailleurs. Alors, pourquoi pas...au troisième degré.

Fred Pizzoferrato - Mars 2007