VOODOO MAN
Titre: Voodoo Man
Réalisateur: William Beaudine
Interprètes: Bela Lugosi

 

John Carradine
George Zucco
Wanda McKay
Louise Currie
Tod Andrews
Ellen Hall
Année: 1944
Genre: Fantastique / Thriller / Epouvante
Pays: USA
Editeur Artus Films
Critique:

Toute petite série B, VOODOO MAN provient de la fameuse société Monogram, un des piliers du cinéma à petit budget (en opposition aux grands studios, on les a surnommés la « Poverty Row »), actif de 1930 au début des années ’50. Inutile par conséquent d’espérer des moyens décents pour illustrer cette histoire réalisée par le redoutable William Beaudine.

Surnommé « One Shot » pour son habitude de ne jamais refaire une deuxième prise, ce cinéaste débute en 1915, tourne quelques classiques muets avec Mary Pickford et poursuit sa carrière jusqu’à sa mort, en 1970. Bref, plus d’un demi-siècle au service du cinéma tendance bis, sa filmographie comptant plus de 350 titres dont la moitié de longs-métrages!

Ici, Beaudine dirige trois stars de l’épouvante de l’avant-guerre, à savoir George Zucco, John Carradine et, bien sûr, Bela Lugosi. Le premier a été vu, entre autre, dans trois épisodes de la saga « The Mummy » (LA TOMBE DE LA MOMIE, LA MAIN DE LA MOMIE et LE FANTOME DE LA MOMIE), le second a joué plus de trois cents rôles, dont celui de Dracula (LA MAISON DE DRACULA, LA MAISON DE FRANKENSTEIN). Lugosi, enfin, est déjà sur le déclin, étant passé du statut de star de l’horreur made in Universal avec DRACULA à celui de « vedette invitée » dans LE FILS DE FRANKENSTEIN ou LE LOUP GAROU. Dès le début des années ‘40, l’acteur se voit contraint d’accepter des séries Z comme GHOST ON THE LOOSE ou THE APE MAN. Ed Wood n’est plus très loin…

L’intrigue de VOODOO MAN reprend un argument déjà vu et revu dans le fantastique de cette époque, à savoir les tentatives d’un savant, le docteur Marlowe, pour ramener à la vie son épouse décédée. Par un subtil dosage de science et de rituels vaudous, Marlowe espère puiser l’énergie vitale de jeunes demoiselles, enlevées par ses soins, afin de l’injecter dans le corps de sa femme.

Classique et emballé en moins de soixante minutes, VOODOO MAN tente d’apporter à une intrigue convenue quelques touches parodiques bienvenues. Ainsi, le héros se révèle un scénariste de film d’horreur à la recherche d’une bonne histoire qu’il finira, bien évidemment, par trouver de manière involontaire. Le clin d’œil est complet lors d’un final où le scribouillard suggère pour le rôle du méchant (incarné par Lugosi !) d’engager… Bela Lugosi.

Un humour sympathique d’autant que les invraisemblances d’un script absolument délirant et dénué de toute crédibilité demandaient cette distanciation pour être acceptées des spectateurs. Difficile cependant de déterminer si ce côté parodique était complètement volontaire car, à ces quelques gags évidents, s’ajoute une série de scènes grotesques et outrées. Les performances de Zucco et Carradine, par exemple, sombrent dans le ridicule le plus achevé mais Lugosi, pour sa part, compose sérieusement son personnage et parvient même à rester relativement sobre. Proposé par Artus dans le cadre d’un coffret intitulé « Bela Lugosi l’immortel », la copie offerte a malheureus

ement beaucoup souffert des ravages du temps : griffée, rayée, usée, l’image fait peine à voir et la bande son n’est guère moins à plaindre mais comme il s’agit de l’unique manière de déguster cette rareté on pardonnera (comme nous y invite un carton prégénérique) ces défaillances techniques pour nous concentrer sur le métrage lui-même.

Dans la masse des productions minimalistes des années ’40, VOODOO MAN reste divertissant, en raison de sa durée restreinte et de quelques velléités comiques rendant acceptable sa profonde absurdité. A réserver, toutefois aux fins gourmets.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2011