VOYAGE VERS LA PLANETE PREHISTORIQUE
Titre: Voyage to the Prehistoric Planet
Réalisateur: Curtis Harrington
Interprètes: Basil Rathborne

 

Faith Domergue
Yuri Sarantsev
Gennadi Vernov
Vladimir Yemelyanov
 
 
Année: 1965
Genre: Science-fiction
Pays: USA / Russie
Editeur Bach Films
1 /6
Critique:

Le réalisateur Curtis Harrington (caché sous un pseudonyme) s'est porté coupable de ce très stupide et embarrassant film. Le principe est pourtant simple: utiliser un maximum de scènes d'une superproduction russe nommée PLANET OF STORMS et y adjoindre des séquences additionnelles. En effet, la firme AIP, au début des années 60, commence à acheter des productions à petits et gros budgets venues des quatre coins du monde. Et même de ce pays autrefois nommé URSS. La compagnie parvient en effet à négocier les droits d'une série de longs-métrages russes, souvent de science-fiction. Malheureusement, il apparaît immédiatement que de tels films sont inexploitables en Occident. Seuls les effets spéciaux, généralement, sont d'une quelconque utilité.

Mais, cette fois, PLANET OF STORMS s'avère suffisamment intéressant, aux yeux des dirigeants de l'AIP cela va sans dire, pour garder plus ou moins sa forme intacte. Pourtant, pour rendre l'ensemble plus digeste, le film a besoin de l'une ou l'autre stars américaines. Harrington engage donc Basil Rathbone, alors âgé de 72 ans (il devait décéder 2 ans plus tard). Ce dernier, tout comme Faith Domergue, tourne ses scènes sur un autre plateau avant qu'elles ne soient intégrées au montage définitif.

L'intrigue concerne une expédition envoyée vers Venus au début de XXIème siècle. Le professeur Hartman (Basil Rathbone, peu concerné) dirige les opérations depuis la base lunaire N°7. Trois vaisseaux, le Vega (dirigé par un certain Lockhart), le Sirius (dirigé par le Dr Kern et Marsha Evans) et le Catella. Ce dernier est touché par un astéroïde alors que le Vega se pose sur Venus. Ensuite, le film propose une série d'aventures aux charmes surannés, assez inspirés des romans de Jules Verne. Les rebondissements et rencontres bizarres ne manquent pas sur la planète inhospitalière: hommes lézards géants, dinosaures, pieuvres, etc. Mais, malheureusement, le rythme est carrément assoupi au point que le tout semble interminable, pour ne pas dire franchement raté. On constate également que les interactions entre les nouvelles séquences (tourné par l'équipe américaine) et les anciennes (celles provenant du métrage russe original) ne fonctionnent pas vraiment. Le plus gênant reste cependant le ridicule robot en fer blanc et l'ensemble des effets spéciaux, particulièrement calamiteux, même pour une production des années 60.

Les moyens employés sont cependant conséquents: en apparence PLANET OF STORMS devait représenter un bien gros budget pour un film de SF, sans doute destiné à prouver la supériorité russe et le bien fondé des dépenses englouties par le programme spatial de l'époque. En réalité, le plus gros problème de ce film est son absence complète de véritable intrigue. On n'y trouve pas, non plus, de progression dramatique: les personnages marchent au hasard, rencontrent les monstres, cherchent les belles Vénusiennes (forcément elles sont belles!) et retournent finalement sur Terre sans les avoir trouvées. Les deux stars invitées (Rathbone et Domergue) tentent maladroitement de donner un semblant de cohérence à l'ensemble mais échouent à y parvenir. Le final nous montre pourtant une charmante demoiselle se reflétant dans l'eau. Incroyablement, ce plan est beau, réussi, poétique et on évoquerait presque les "Chroniques Martiennes" de Bradbury pour témoigner de la qualité de cette poignée de secondes. Dommage que les 80 minutes précédentes soient épouvantables.

Néanmoins satisfait (ou décidé à retenter le coup), Curtis Harrington signa l'année suivante un PLANET OF BLOOD dans le même esprit, en utilisant d'autres images provenant du même PLANET OF STORMS. Et, Peter Bodganovich dirigea finalement, en 1968, un VOYAGE TO THE PLANET OF PREHISTORIC WOMEN basé une fois encore sur la production russe usée jusque la corde.

En résumé, VOYAGE VERS LA PLANETE PREHISTORIQUE n'est guère passionnant. Déjà daté et ringard en 1965, le résultat apparaît, 40 ans plus tard, comme une série Z particulièrement pénible, outrancièrement bavarde et donc souvent complètement ennuyeuse. A voir uniquement par curiosité.

Fred Pizzoferrato - Octobre 2006