VOYEUR PERVERS
Titre: L'occhio dietro la parete
Réalisateur: Giuliano Petrelli
Interprètes: John Phillip Law

 

Fernando Rey
Olga Bisera
José Quaglio
Jho Jhenkins
Roberto Posse
Mónica Zanchi
Année: 1977
Genre: Drame érotique / Giallo
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Unique réalisation de Guiliano Petrelli, ce curieux film italien mélange drame psychologique, thriller et érotisme dans une ambiance vénéneuse et prenante qui rappelle également, lors de certaines scènes, les meilleurs giallos.

L’intrigue concerne un écrivain d’une cinquantaine d’années, Ivano, paralysé et impuissant depuis un accident de voiture l’ayant laissé cloué sur un fauteuil roulant. Pour trouver l’inspiration et assouvir ses pulsions voyeuristes, Ivano a placé dans sa demeure un attirail sophistiqué, qui comprend des périscopes dissimulés et des microphones lui permettant d’espionner ses locataires. Ivano et son épouse, Olga, accueillent ainsi un jeune homme, Arturo, étrange personnage solitaire et cultivé qui vient de violer et tuer une demoiselle rencontrée dans un train.

Personnage ambigu, Arturo recherche les relations homosexuelles masochistes et pratiquement contraintes et reste à l’écart d’Olga que, pourtant, Ivano, par jeu pervers, jette dans ses bras. Arturo finit cependant par succomber aux pressentes avances de la « desperate housewife » sous les regards jaloux de leur valet de chambre, Ottavio, amoureux de sa patronne et abuseur de gamines à ses heures perdues.

Sous couvert d’un film d’exploitation, Guiliano Petrelli construit une intéressante étude sur le voyeurisme et les jeux érotiques, lesquels finissent, inévitablement, par déraper et, au final, échapper au contrôle d’Ivano, leur instigateur. Celui-ci, un riche écrivain dissimulant un lourd secret, vit à présent reclus dans sa demeure et trompe son ennui en vivant, par procuration, la vie de ses locataires. Pour incarner ce personnage à la fois détestable et pathétique, Petrelli convie un étonnant Fernando Rey, dont la pléthorique carrière (plus de 200 titres) va de Luis Buñuel à FRENCH CONNECTION. Rey joue ici un voyeur frustré, paralysé et impuissant depuis un accident de voiture tragique dans lequel son fils perdit la vie. Son unique plaisir consiste à espionner l’intimité de ses locataires, allant jusqu’à s’interroger sur leurs lectures ou leur goût en matière de musique.

A ses côtés nous découvrons Olga Bisera, belle Yougoslave d’une trentaine d’années qui fréquenta aussi bien les pénitenciers féminins (LA VIE SEXUELLE DANS LES PRISONS DE FEMMES) que James Bond dans L’ESPION QUI M’AIMAIT. Sexuellement frustrée, Olga, après avoir entretenu une relation adultère avec son beau-fils, se console dans les bras du jeune et athlétique Arturo. John Philillp Law (LE VOYAGE FANTASTIQUE DE SINBAD, BARBARELLA) incarne cet être complexe, violeur de jeunes filles et assassin occasionnel. Ce complet misanthrope aux tendances nihilistes et suicidaires ne dédaigne pas, à l’occasion, une sodomie sauvage de la part d’un grand Black musclé rencontré dans une boite disco. Il succombe toutefois aux charmes vénéneux d’Olga sous les yeux jaloux d’Ottavio, son majordome, lequel apprécie, de son côté, les très jeunes filles.

Au voyeurisme d’Ivano répond également la perversion de ce valet énamouré : il se masturbe sur une photo grandeur nature, décorée de sa lingerie, de sa maîtresse et va jusqu’à collecter ses poils pubiens. Amoureux sans espoir d’Olga, le pauvre Ivano développe une misogynie grandissante qui, au final, le pousse à abuser de jeunes demoiselles séquestrées dans une cabane.

En ramassant son intrigue, confinée dans le décor bien utilisé d’une grande demeure bourgeoise, Petrelli provoque une sensation d’étouffement et de malaise, accentuée par les caractères pervers de chacun des protagonistes qui, tous, cachent une déviance sexuelle. Bien sûr, ce triangle amoureux déviant (et même ce carré pervers si on y ajoute le majordome) se termine, forcément, très mal.

La mise en scène de Petrelli, de son côté, s’avère efficace en dépit des coupes sévères de la censure qui amputa près d’un quart d’heure du long-métrage. Difficile de savoir jusqu’où le cinéaste allait dans la perversion et l’érotisme, la version visionnée étant fortement coupée même si elle possède encore quelques images osées, comme le surprenant nu intégral de John Phillip Law ou une séquence de strip-tease sympathique et purement gratuite dans une discothèque.

Production atypique, VOYEURS PERVERS camoufle ses aspects « exploitation » sous un vernis vaguement « auteurisant » saupoudré de références psychanalytiques et mêle à l’érotisme malsain de son récit une étude de personnages convaincante et soignée.

Davantage un drame érotique inspiré du thriller qu’un authentique giallo, VOYEUR PERVERS n’en reste pas moins un film intéressant et relativement original qui se suit sans ennui et même avec intérêt. S’il n’est pas pleinement réussi, l’unique réalisation de Guiliano Petrelli constitue, en résumé, une agréable découverte pour les curieux du cinéma bis italien des années ’70.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2011