LA GUERRE DES MONSTRES
Titre: Furankenshutain no kaijû: Sanda tai Gaira /
war of the gargantuas
Réalisateur: Ishirô Honda
Interprètes: Russ Tamblyn

 

Kumi Mizuno
Kenji Sahara
Nobuo Nakamura
Jun Tazaki
Hisaya Itô
Yoshifumi Tajima
Année: 1966
Genre: Kaiju Eiga / Science-fiction
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Projet atypique dans l’histoire des kaiju eiga, FRANKENSTEIN CONQUERS THE WORLD sort en 1965 et propose une variation particulièrement délirante sur le mythe établi par Mary Shelley. L’année suivante Ishiro Honda décide d’en offrir une suite, tout aussi bizarre, intitulée chez nous LA GUERRE DES MONSTRES. Comme de nombreuses productions japonaises de cette époque, le métrage existe en plusieurs versions et l’américaine, par exemple, supprime la plupart des références au précédent film afin de ne pas désorienter le spectateur.

L’intrigue commence par l’attaque d’un navire par une pieuvre géante avant que l’animal soit à son tour attaqué par un immense géant vert, lequel s’en prend ensuite au bateau. Un seul marin survit et est retrouvé en état de choc par la police. Lorsque le naufragé raconte son incroyable histoire, les forces de l’ordre contactent le docteur Paul Stewart et sa jolie assistante Akemi. Chacun soupçonne le gargantua d’être une créature découverte par le savant quelques années plus tôt mais Stewart pense qu’il s’agit plutôt d’un autre monstre, apparenté au premier. Après bien des carnages, notre géant vert, coincé par l’armée, reçoit de hautes doses d’électricité et manque de périr. A ce moment fatidique, une seconde créature, au pelage brunâtre, apparaît et le sauve…Il s’agit du monstre jadis apprivoisé par le Dr Stewart et surnommé Sanda. Lorsque son congénère maléfique, appelé Gaira, reprend ses destructions, Sanda tente de l’arrêter et l’armée, pour sa part, décide de les supprimer tous les deux…

Beaucoup de fans de kaiju placent LA GUERRE DES MONSTRES parmi les plus belles réussites de la Toho mais seule la grande séquence finale de combat mérite véritablement ces éloges. Le métrage, durant près d’une heure, adopte en effet une construction très classique empruntant largement à KING KONG lorsque la créature simiesque s’empare de demoiselles pour les soutenir dans ses grosses pates poilues. Cependant, ici, pas question de proposer un monstre amoureux ou attendri et notre géant vert n’hésite pas à dévorer ses victimes à pleines dents.

Comparé aux kaiju réalisés au milieu des années ’60 (et en particulier les GODZILLA de plus en plus infantiles), LA GUERRE DES MONSTRES se présente comme une oeuvrette plus proches des origines horrifiques du genre et offre des séquences de destructions brutales ainsi que des passages relativement violents assez surprenants.

Au niveau des effets spéciaux, nous retrouvons les inévitables cascadeurs costumés pulvérisant des maquettes joliment détaillées et convaincantes à condition, bien sûr, de se montrer conciliant. Les séquences de paniques coutumières sont, elles aussi, bien rendues, avec des hordes de figurants fuyant les monstres qui piétinent rageusement Tokyo.

Malheureusement, si ces passages spectaculaires s’avèrent efficaces, l’essentiel du métrage se focalise sur les protagonistes humains, comme toujours bien peu intéressants. Le traditionnel conflit entre les savants (« il faut le sauver, il n’est pas vraiment méchant ») et les militaires (« exterminons le ! ») se voit, une fois de plus, utilisé, donnant lieu à de nombreuses scènes attendues aux dialogues peu inspirés.

Dans le rôle principal, Russ Tamblyn (WEST SIDE STORY, LA MAISON DU DIABLE, LES DRAKKARS) se contente de commenter l’action en cours ou de s’occuper à de pseudo recherches scientifiques dont l’intérêt reste nébuleux pour le commun des mortels. Tamblyn se fiche manifestement de ce film mais on peut aisément comprendre sa frustration à jouer le faire valoir face à des monstres géants en déclamant des tirades hâtivement gribouillées. Nominé à l’Oscar et valeur montante du cinéma américain cinq ans plus tôt, Tamblyn est déjà, au milieu des sixties, considéré comme un has been et sa performance routinière s’en ressent grandement.

De toutes manières, LA GUERRE DES MONSTRES ne nécessitait aucun véritable talent d’acteur puisque ce qui préoccupe le cinéaste réside dans un climax ravageur, à savoir un affrontement furieux entre les deux monstres. Souvent considéré comme une des plus belles batailles de l’histoire du kaiju, le passage impressionne par la rage des deux gargantuas, lesquels causent de gros dégâts, se lancent à la tête tout ce qu’ils peuvent (y compris des navires !) et se couvrent de blessures sanglantes très visibles. Néanmoins, au niveau des destructions pures, ce combat (durant quand même un bon quart d’heure) ne peut rivaliser avec les meilleurs Godzilla et le final, au cours duquel l’armée bombarde l’océan pour créer un volcan engloutissant les antagonistes, s’avère trop ridicule pour convaincre.

Par contre, le sous-texte inhérent à la plupart des kaiju de l’époque se trouve ici encore présent, avec cette représentation naïve du Bien et du Mal symbolisé par les deux monstres, frères ennemis engagés dans un combat à mort dont nul ne sortira vivant. Simpliste mais sympathique.

Dans l’ensemble, LA GUERRE DES MONSTRES ne peut prétendre au statut de véritable chef d’œuvre du kaiju eiga (même si certains prétendent le contraire) mais reste suffisamment distrayant pour mériter une vision nostalgique. Les passages centrés sur les humains sont, une fois de plus, ennuyeux et longuets mais les séquences d’action possèdent une force brute assez rare et bienvenue.

Emballé sur 80 minutes bien rythmée et énergique, LA GUERRE DES MONSTRES atteint donc globalement son but, celui d’offrir aux amateurs du genre un divertissement de bon niveau. Sans plus ni moins.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2010