LA FEMME GUEPE
Titre: The Wasp Woman
Réalisateur: Roger Corman
Interprètes: Susan Cabot

 

Anthony Eisley
Baboura Morris
 
 
 
 
Année: 1960
Genre: Fantastique / Science-Fiction / Horreur
Pays: USA
Editeur Bach Films
4 /6
Critique:

Classique mineur du récit à base de monstre, THE WASP WOMAN invite le spectateur à une séance nostalgique à base de créature grotesque se voulant menaçante. Roger Corman s'inspire clairement du récent (à l'époque) THE FLY, sorti deux ans plus tôt, pour concocter cette transposition amusante mais qui peine un peu à débuter. Il faut en effet attendre près de trois quarts d'heure pour voir l'intrigue démarrer véritablement et le rythme se montre souvent déficient. Quoique durant à peine plus d'une heure et dix minutes, le tout souffre aussi de quelques longueurs.

Le scénario n'est pas vraiment très élaboré et autorise peu de rebondissements mais il se permet cependant l'une ou l'autre réflexion intéressante. Que l'on en juge: Le Dr Eric Zinthrop, un brillant entomologiste, travaille pour une compagnie spécialisée dans le miel. Ses études, pour leur part, portent sur la gelée royale, la nourriture des reines abeilles, supposée posséder des vertus extraordinaires: rendre les personnes qui en consomment plus jeunes, plus saines et plus belles. Mais Zinthrop essaie d'obtenir des résultats plus intéressants en expérimentant la gelée royale des guêpes (en dépit de l'impossibilité scientifique de ce postulat!). Viré, Zinthrop échoue dans une compagnie spécialisée, elle, dans les cosmétiques, et dirigée par l'ancien top modèle Janice Starlin. Quoique fort bien conservée, la demoiselle commence à ressentir les atteintes de l'âge, la rendant incapable d'assurer plus longtemps le rôle de "visage" de l'entreprise. Or, si même la patronne ne peut préserver sa beauté, comment les clients potentiels pourraient-ils accorder leur confiance à Starlin Enterprise, pointe judicieusement le jeune Bill Lane.

Seul Mr Zinthrop peut changer la donne, sa nouvelle invention étant capable, non seulement de stopper le vieillissement mais également d'en inverser les effets. En dépit des risques et des protestations de Mr Zinthrop, Janice Starlin veut devenir le sujet de ses expériences. Le secret est bien gardé mais une poignée de personnes commencent à s'intéresser aux sommes englouties par la recherche - en apparence folle - de Zinthrop: le savant Arthur Cooper, Mr Hall et la secrétaire Mary. Après s'être injectée de fortes doses de gelée royale, Janice voit son corps retrouver sa jeunesse. Malheureusement, le processus la transforme aussi en une Femme Guêpe (vu le titre c'était assez facile à deviner) alors que le pauvre Zinthrop se fait renverser par une voiture, laissant le monde dans l'ignorance du danger représenté par Miss Starlin.

Même si, en apparence, LA FEMME GUÊPE est simplement un film de monstre supplémentaire, comme les années 50 en virent déferler beaucoup (et même beaucoup trop!), le résultat demeure intéressant. Janice Starling, incarnée par Susan Cabot, livre une composition intéressante et se révèle sympathique, si ce n'est pathétique, dans cette tentative de combattre l'inexorable avancée du temps. Ayant édifié son empire sur sa beauté, la jeune femme se trouve dans une position délicate: encore séduisante mais pleinement consciente que son "âge d'or de séductrice" se trouve derrière elle, la voilà qui amorce son déclin, aux alentours de la quarantaine. Or, malgré ses talents et son intelligence, Starlin constate avec amertume que seule sa beauté pouvait maintenir l'édifice patiemment bâti. D'où cette folle poursuite - à une époque dénuée de silicone et de chirurgie plastique - d'une jeunesse enfouie. D'où cet inéluctable glissement vers l'horreur, acceptée finalement comme un prix - énorme - mais juste à payer.

Avec des ambitions limitées, Corman livre un produit très satisfaisant, quoiqu'il soit insuffisamment développé. A l'heure du jeunisme et de l'exploitation effrénée de la beauté et de la jeunesse, le sujet parait pourtant précurseur et les thèmes abordés n'ont absolument pas vieilli, bien au contraire. Le métrage fut d'ailleurs jugé trop court pour une diffusion et Corman rajouta finalement un long prologue au cours duquel le savant fou se promène au milieu des insectes. Un savant d'ailleurs affublé d'une impayable voix à l'accent allemand caricatural au possible "ya bitte sheuneuh za être une groze inventzionneuh". Trop drôle d'autant que la V.O. se la jouait sobre, contrairement aux doubleurs qui en rajoutent volontiers. Voici d'ailleurs la principale raison de lui préférer cette VF nanardisante, l'autre attrait annoncé (un son 5.1.) étant totalement accessoire: les enceintes d'ambiance restent muettes durant tout le métrage.

Pour en revenir au récit proprement dit, le déroulement en est fort attendu et la belle demoiselle se change le soir venu en un monstre à tête de guêpe comme on les aime, nous fans de séries Z. Corman, conscient du problème posé par son piètre maquillage, se contente heureusement de montrer sa créature dans l'ombre et la dévoile le moins possible. Comme quoi Ridley Scott n'a rien inventé…

Plus sérieusement, THE WASP WOMAN constitue un divertissement agréable qui se savoure sans arrière pensée. Les personnages sont caricaturaux à souhait, à l'exception de Susan Cabot: le savant fou, le héros fumeur de pipe et les deux secrétaires qui décrochent le pompon, se limant les ongles et discutant de leur mec à longueur de métrage. Recommandé pour les nostalgiques, ce film constitue un très honnête mélange de science-fiction, d'horreur et de drame traversé de l'une ou l'autre réflexion moins niaises que de coutume. Bref, du bon bis!

Bonus: VF 5.1. (?) / VO mono sous titrée, chapitrage et documentaire sur la restauration numérique (le même que l'on trouve sur tous les titres de l'éditeur)

octobre 2006