WATER POWER
Titre: Traitement spécial pour pervers sexuel
Réalisateur: Shaun Costello (Gerard Damiano?)
Interprètes: Jamie Gillis

 

Sharon Mitchell
Clea Carson
C.J. Laing
Jean Silver
John Buco
Sally O'Neil
Année: 1977
Genre: Porno / Thriller
Pays: USA
Editeur  


Critique:

Burt, un homme obsédé par la pureté, observe régulièrement sa jolie voisine qu'il imagine pure et chaste. Mais, titillé par ses pulsions, Burt se rend dans une maison close, sans trop savoir ce qui pourrait réellement le stimulé. Il tombe sur une scène au cours de laquelle un homme déguisé en médecin administre un lavement à une prostituée. Burt a trouvé sa voie: il part acheter le matériel médical et se met à agresser, violer et "purifier" toutes les femmes qui lui tombe sous la…main.

L'intrigue de WATER POWER semblera sans doute aussi folle qu'aberrante à la majorité des spectateurs et, pourtant, elle se base sur les véritables "exploits", de Michael Kenyon, lequel fut surnommé "The Enema Bandit". Entre 1966 et 1975, Kenyon attaqua de nombreuses femmes (une vingtaine au moins!) pour les violer et leur administrer des lavements. Il fut finalement condamné à une peine de 6 ans de prison.

Cette histoire incroyable inspira une chanson de Frank Zappa et entra rapidement dans la "pop-culture américaine", au point qu'un producteur de porno y vit la source d'un profit potentiel. Il en confia donc la mise en scène au spécialiste Shaun Costello (déjà responsable du très glauque FORCED ENTRY) mais, désireux de tabler sur le succès public colossal des œuvres de Gérard Damiano (L'ENFER POUR MISS JONES, GORGE PROFONDE et STORY OF JOANNA) décida de créditer la réalisation de ce WATER POWER à Damiano.

Pour incarner ce grand malade, dans le domaine du hardcore, le seul candidat valable était Jamie Gillis, sans doute un des seuls véritables acteurs ayant essentiellement œuvré dans le cinéma pornographique. Gillis est ici franchement parfait et délivre une prestation en totale adéquation avec le métrage: décadente, délirante et dérangeante. Complètement à la masse, déclamant des monologues alternant lyrisme, quête de pureté et insultes diverses envers la gent féminine qu'il désire nettoyer à grandes eaux, l'acteur porte le métrage sur ses épaules et lui évite complètement le ridicule.

A ses côtés les habituées sont présentes, que ce soit la belle Sharon Mitchell (500 hardcore au compteur, qui dit mieux?) et la "célèbre" amputée Long Jean Silver. La première victime de Gillis est une hôtesse de l'air, jouée par Clea Carson (alias Valerie Morgenstern), que le cinglé considère comme pure jusqu'à ce qu'il la surprenne en compagnie de son petit ami. Il s'introduit donc chez elle, la viole et la "purifie". Le cas est suffisamment incroyable pour justifier l'envoi d'une équipe de flics décidés à stopper les exactions du maniaque, lequel s'en prend ensuite à deux sœurs tentées par le lesbianisme incestueux. Une policière se porte alors volontaire pour arrêter le violeur mais elle doit jouer un jeu dangereux en servant d'appât.

WATER POWER appartient à cette catégorie de métrages porno des seventies qui sont d'authentiques œuvres cinématographiques avant d'être de simples illustrations de fantasmes. Et, à moins d'être sérieusement portés sur les lavements et la scatologie, difficile de considérer un tel film comme érotique. Au contraire, nous sommes plus proches de TAXI DRIVER (l'influence avouée de Shaun Costello) ou de FORCED ENTRY (dont la première version hard était réalisée par Costello avant un piètre remake soft intitulé VIOL SANS ISSUE), voir même de l'ultérieur HENRY PORTRAIT OF A SERIAL KILLER que d'un vrai X du samedi soir. Car WATER POWER prend son intrigue très sérieusement même si il ne néglige pas, parfois, un certain humour souvent très noir et décalé.

Au niveau des séquences hard, elles sont majoritairement glauques et dérangeantes. Excepté de brefs passages classiques (sans doute une concession au public coutumier du genre) d'ailleurs peu efficaces, WATER POWER se distingue par des lavements aussi brutaux qu'inesthétiques, lesquels souillent le décor d'excréments. Les trois séquences sont donc crasseuses, éprouvantes, répétitives sans être lassantes tant Gillis sublime à chaque fois les contraintes du sujet pour livrer une authentique prestation d'acteur et garde sa dignité lors de scènes pourtant des plus graveleuses. Quoique les actrices étaient consentantes, on note d'ailleurs une véracité rare dans ce type de production qui ne laisse pas de place aux fantasmes de viol si prisés dans le X courant. Bref, ici, les viols sont douloureux et difficiles à regarder car toute érotisation, fut elle déviante, en est bannie.

WATER POWER ne propose pas une vision joyeuse de la sexualité libérée mais privilégie au contraire une approche frontale, malsaine et humiliante. Ce genre de film témoigne véritablement d'une période révolue au cours de laquelle le cinéma de genre (quelqu'il soit) prenait ses sujets au sérieux et voulait en donner pour son argent au spectateur, quitte à le choquer profondément.

Aujourd'hui impensable mais vénéré, WATER POWER est devenu une œuvre culte dont le seul (mais important, avouons-le!) défaut réside dans une conclusion ratée. Au lieu de se terminer, par exemple, sur l'arrestation du maniaque (ou même sur un carton résumant la suite de son périple), WATER POWER se clôt sur le visage de Jamie Gillis et n'offre aucune fin à cette histoire.

Néanmoins, en dépit de cette conclusion ratée le métrage est un jalon important de l'Histoire du cinéma qui mérite une vision au moins curieuse.

Fred Pizzoferrato - Aout 2008