FOU A LIER
Titre: Welcome to spring break / Nightmare Beach
Réalisateur: Umberto Lenzi
Interprètes: Nicolas De Toth

 

Sarah Buxton
Rawley Valverde
Lance LeGault
Michael Parks
John Saxon
Ben Stotes
Année: 1989
Genre: Giallo / Slasher
Pays: Italie
Editeur  
Critique:

Réalisé en 1988, à la toute fin du premier cycle du slasher, WELCOME TO SPRING BREAK constitue une maladroite tentative de mélanger les codes du giallo avec ceux des slashers américain. Le résultat, forcément boiteux, manque de surprise, de punch et d’intérêt mais se suit néanmoins d’un œil distrait pour les plus courageux.

Le méchant Diablo, chef d’un gang de motards cloutés sévissant dans un bled californien nommé Matanee Bay, est exécuté sur la chaise électrique pour le meurtre d’une jeune femme. Proclamant son innocence, Diablo jure de se venger par-delà la tombe… Quelques mois plus tard, une meute d’étudiants débarquent dans la petite ville pour y célébrer le traditionnel « spring break », de festives vacances durant lesquelles la bière coule à flot.

Le footballeur Skip et son copain Ronnie espèrent, pour leur part, faire de nombreuses conquêtes féminines et Skip entame d’ailleurs une liaison avec Gail, la sœur de la victime de Diablo. Malheureusement, des jeunes gens commencent à mourir, électrocutés par un maniaque en combinaison de motard. Diablo est-il revenu d’entre les morts ou est-ce un imitateur décidé à supprimer la jeunesse dépravée venue s’encanailler à Matanee Bay ?

Parmi les sous-genres en vogue des années ’80 se trouve, outre le slasher, la comédie de lycée, laquelle connut ses heures de gloire via des titres comme PORKY’s et LES TRONCHES avant une résurgence, une décennie plus tard, avec AMERICAN PIE et ses dérivés. Le « spring break », ces vacances printanières propices à des concours de beuveries pour les mâles et de T-shirts mouillés pour les femelles, constitue, on s’en doute, un terrain de choix pour des gags lourdingues et des passages gentiment sexy et de nombreux réalisateurs en mal d’inspiration s’en servirent comme toile de fond.

Umberto Lenzi, spécialiste de l’exploitation italienne (CANNIBAL FEROX, EYEBALL, L’AVION DE L’APOCALYPSE) et grand opportuniste prompt à copier les genres en vogue ne pouvait que succomber aux sirènes de la comédie grasse, mélangée ici au slasher. Mais, en vétéran appliqué du giallo, Lenzi en reprend, également, certains éléments, en particulier le look du tueur (déjà utilisé dans LA LAME INFERNALE ou LES YEUX DE LA TERREUR) et une progression sous forme de whodunit, héritée du thriller policier traditionnel.

Pour résoudre le mystère, une victime potentielle s’associe, en effet, avec un beau gosse de passage et tente d’identifier l’assassin qui décime les fêtards. Mais qui peut être ce sadique tout de noir vêtu ? Serait-ce le violent motard Diablo, exécuté un an auparavant et revenu tel un spectre vengeur? Ou le shérif incapable et violent, adepte du sadomasochisme et collectionneur de photographies « snuff »? Ou encore le curé trop prompt à condamner la dépravation de ces jeunes écervelées en chaleur ? Ou peut-être ce médecin alcoolique affligé par l’arrivée des hordes juvéniles, autrement dit cette « migration annuelle des idiots » ? Lenzi entretient l’énigme et ménage l’une ou l’autre fausses pistes mais, pour le familier du genre, la révélation finale demeure très attendue et sans surprise. Les indices s’accumulent d’ailleurs tellement sur l’un des suspects (en outre peu nombreux) que le spectateur espère une ultime révélation, gardée dans sa manche par le cinéaste jusqu’au final. Mais celle-ci ne vient jamais et WELCOME TO SPRING BREAK se déroule, par conséquent, de manière complètement linéaire et prévisible.

Nos deux héros enquêtent mollement, les victimes s’accumulent, les motards interfèrent à plusieurs reprises (une sous-intrigue dont la principale utilité reste d’allonger le temps de projection aux 85 minutes réglementaires) et, au final, le tueur se dévoile avant de périr stupidement… Sans être désagréable, WELCOME TO SPRING BREAK se révèle, hélas, fort plat : la nudité reste minime (quelques T-shirt mouillés et des soutifs brièvement retirés), le gore se montre quasiment absent et l’humour, bien lourd, ne fonctionne que rarement. Les personnages, de leur côté, sont très caricaturaux : la barmaid rêve de quitter le patelin pour tenter sa chance dans la grande ville, la nymphette arrondit ses fins de mois en couchant avec tout ce qui bouge, le footballeur joue au héros,…La palme revient, bien sûr, au blagueur de service, lequel élabore quelques tours pendables qui lui vaudront, au final, une punition sévère de la part du tueur.

Au niveau des meurtres, en dépit d’une certaine originalité (l’assassin trimballe une sorte de chaise électrique sur sa moto !), l’ennui pointe rapidement son nez tant les exécutions se révèlent répétitives et lassantes. Les maquillages, signés Alex Rambaldi (le fils du fameux Carlo) sont, pour leur part, potables mais trop timides pour satisfaire les afficionados du gore.

Le casting, lui, s’avère hétéroclite et comprend, dans les rôles principaux, Sarah Buxton, une actrice de télévision vue dans « Sunset Beach » et Nicolas de Toth, le fils du grand cinéaste de western André de Toth, lequel abandonnera rapidement la comédie pour se tourner vers le montage. John Saxon (que l’on ne présente plus) et Michael Parks (KILL BILL), s’octroient, pour leur part, des rôles secondaires pas vraiment développés même si Saxon cabotine joyeusement et se réserve quelques scènes amusantes.

La bande sonore, signée du spécialiste Claudio Simonetti, n’a pourtant rien de marquant et laisse la part belle à du hard rock radiophonique complètement estampillé « eighties » qui plaira aux nostalgiques.

Dans l’ensemble WELCOME TO SPRING BREAK manque vraiment de nerfs pour convaincre. Entre de bonnes mains, la recette aurait cependant pu fonctionner tant le mélange d’humour gras, de nudité et de crimes sanglants laissaient présager, à tout le moins, un divertissement estimable. Paresseux, Umberto Lenzi a préféré remiser ses audaces au vestiaire pour la jouer timoré et sans passion.

Le résultat donne un film très moyen, pour ne pas dire médiocre, proche d’un épisode de série télévisée policière un poil plus audacieux que la moyenne. Bref, seuls les inconditionnels du cinéaste se risqueront à ce piteux slasher mâtiné de giallo de bas étage qui reste, toutefois, vaguement plaisant à condition d’être bien disposé.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2012