TERREUR SUR LA LIGNE
Titre: When a stranger calls
Réalisateur: Fred Walton
Interprètes: Carol Kane

 

William Boyett
Charles Durning
Ron O'Neal
Rutanya Alda
Carmen Argenziano
Kirsten Larkin
Année: 1979
Genre: Thriller / Slasher
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Sorti juste après le succès d’HALLOWEEN et rattaché, plus ou moins légitimement, à la première vague du slasher qui déferla sur les écrans de la fin des années 70 au milieu de la décennie suivante, TERREUR SUR LA LIGNE reste, pourtant, plus proche du thriller d’angoisse que de l’horreur pure. Cette constatation n’enlève rien à ses réelles qualités mais le rend, hélas, déséquilibré : la tension, formidablement gérée, de la première demi-heure s’évanouit ensuite dans une enquête beaucoup moins nerveuse et passionnante.

L’étudiante Jill Johnson effectue du baby-sitting pour arrondir ses fins de mois. Elle passe la nuit chez les Mandrakis, dans une maison tranquille, auprès d’enfants paisiblement endormis à l’étage et s’occupe en attendant le retour des parents. Cependant, un coup de fil retentit et un inconnu lui lance un sinistre « as-tu été voir les enfants ? ». Inquiète, Jill contacte la police mais les policiers lui affirment qu’il n’y a rien à craindre et qu’il s’agit, certainement, d’une mauvaise blague. Toutefois, les coups de fil se multiplient et Jill devient, au fil de la soirée, de plus en plus nerveuse. La police finit par prendre les menaces au sérieux et retrace l’origine des appels : ils viennent de l’intérieur de la maison, là où se trouve Jill et les enfants…

Les vingt premières minutes de TERREUR SUR LA LIGNE constituent, sans contestation possible, la meilleure partie du long-métrage et s’imposent comme un modèle de suspense. Le cinéaste méconnu Fred Walton, qui signait là son premier film, gère efficacement l’angoisse et opère une montée crescendo de la peur par l’usage de plans-séquences bien orchestrés et d’un montage habile, propre à isoler du monde extérieure la pauvre baby-sitter de plus en plus terrorisée. La musique stressante et le jeu de Carol Kane renforcent, d’ailleurs, cette sensation étouffante qui débouche sur un paroxysme d’effroi lorsque la demoiselle constate la présence, à l’intérieur de cette maison, vue comme un refuge ou une forteresse, du maniaque.

Cette introduction d’une qualité sidérante inspira de nombreux cinéastes ultérieurs, à commencer par Wes Craven qui en livra sa propre vision, teintée d’humour parodique, dans le référentiel SCREAM. Malheureusement, la suite de TERREUR SUR LA LIGNE sera nettement moins convaincante et les trois quart d’heures centraux s’apparentent, hélas, à un ventre mou au rythme anémique. Pas complètement inintéressantes, les déambulations du tueur en série récemment libéré (bien interprété par Tony Beckley, décédé peu après le tournage et dont ce fut le dernier film) et sa traque par un détective décidé à l’abattre sans jugement ni sommation n’en sont pas moins lassantes. Seuls quelques considérations intéressantes, l’un ou l’autre développement et, surtout, la conviction des interprètes, permettent au film d’éviter le naufrage durant cet interminable passage à vide.

Heureusement, le climax retrouve un peu de hargne et se conforme davantage aux attentes du cinéma d’épouvante, ce qui n’exclut pas quelques clichés. Si cet ultime sursaut permet de rester sur une impression positive, les amateurs de frissons ne pourront s’empêcher de penser que Fred Walton a, en partie, raté son coup par son refus de se focaliser uniquement sur le jeu du chat et de la souris entre la babysitter et le psychopathe.

Dans l’ensemble, TERREUR SUR LA LIGNE rappelle grandement HALLOWEEN : même introduction traumatisante, même déplacement temporel de l’intrigue qui se poursuit ensuite « quelques années plus tard », même obsession de l’enquêteur pour l’assassin qu’il identifie au mal et rêve de mettre hors d’état de nuire. Toutefois, l’approche réaliste voulue par Walton tranche avec celle de Carpenter, nettement plus porté sur le fantastique et qui identifie le meurtrier à un authentique croquemitaine à la dangerosité surnaturelle.

Par la suite, Fred Walton livra une amusante parodie de slasher largement sous-estimée (WEEK END DE TERREUR) et un plaisant thriller (CONFESSIONS CRIMINELLES) avant de se consacrer entièrement à la télévision, réalisant ainsi une suite / remake de TERREUR SUR LA LIGNE, intitulée WHEN A STRANGER CALLS BACK, en 1993. Comme la plupart des « classiques » de l’épouvante des seventies, le film de Fred Walton eut également droit à son propre remake, signé Simon West, en 2006.

Plus orienté vers le thriller et le suspense que l’horreur ou le gore (absent du métrage), TERREUR SUR LA LIGNE constitue une tentative originale de cuisiner le slasher mais, hélas, la partie centrale, beaucoup trop faible, ruine en partie les efforts entrepris. Néanmoins, la formidable première demi-heure mérite le coup d’œil et, non content de sauver les meubles, rend l’entreprise mémorable. C’est déjà pas mal.

 

Fred Pizzoferrato - Janvier 2016