QUAND LES DINOSAURES DOMINAIENT LE MONDE
Titre: When Dinosaurs Ruled the Earth
Réalisateur: Val Guest
Interprètes: Victoria Vetri

 

Robin Hawdon
Patrick Allen
Drewe Henley
Sean Caffrey
Magda Konopka
Imogen Hassall
Année: 1970
Genre: Fantasy
Pays: Grande Bretagne
Editeur  
Critique:

Cette production de la célèbre compagnie Hammer Films appartient à un pseudo-cycle initié par le succès de UN MILLION D’ANNEES AVANT JESUS-CHRIST. Toujours à l’affut d’un créneau porteur, la Hammer se lança donc dans une série d’aventures préhistoriques très fantaisistes et sans beaucoup d’ambitions.

Les principaux arguments de ces long-métrages saugrenus résidaient dans la présence de très jolies demoiselles vêtues de très courts bikinis en peau de bête poursuivies par de féroces dinosaures animés. Du pur bis. FEMMES PREHISTORIQUES et LE PEUPLE DES ABIMES peuvent, également, se rattacher à cette tétralogie informelle de divertissements populaires mais QUAND LES DINOSAURES DOMINAIENT LE MONDE reste, sans doute, le titre le plus célèbre du lot. Toutefois, en dépit de sa relative notoriété auprès des amateurs, il ne s’agit pas d’une grande réussite, loin de là !

L’intrigue se révèle fort simple, ce qui est heureux car le film, à l’exception d’une très discrète voix off durant les premières minutes, se passe totalement de dialogue. Nous sommes aux temps préhistoriques (fantasmés par le cinéma de divertissement et sans aucun rapport avec une quelconque réalité!) et la tribu des adorateurs du Dieu Soleil s’apprête à sacrifier la belle et virginale Sanna à l’astre du jour. Vu le physique avantageux de Victoria Vetri, alias Angela Dorian (25 ans au compteur et le titre de Playmate de l’année 1968 largement mérité dans ses…gros bonnets), ce serait un beau gâchis mais que peut-on attendre d’une bande de Cro-Magnon grognant et grognons? Rien sans doute.

Heureusement, Sanna échappe à la mort et atterrit dans la tribu voisine, celle de Tara le pêcheur, ce qui suscite la jalousie d’une jeune femme, elle-aussi amoureuse de Tara, qui accuse la nouvelle venue de sorcellerie. Sanna s’enfuit une fois de plus mais découvre qu’elle peut commander à ses nouveaux amis, les dinosaures, lesquels coexistent avec les humains comme chacun le sait.

Etonnamment, cette intrigue complètement fantaisiste fut écrite par le fameux écrivain de science-fiction J.G. Ballard (auteur de romans et recueils de nouvelles particulièrement bizarres comme « La Forêt de cristal », « IGH » et son chef d’œuvre, « Crash », adapté en 1996 par David Cronenberg). Connaissant le talent habituel de Ballard et même en tenant compte des réécritures effectuées par le cinéaste Val Guest, QUAND LES DINOSAURES DOMINAIENT LE MONDE paraît embarrassant. Y retrouver la signature du romancier surprend et, même dans une optique purement divertissante, les incohérences et aberrations sont, en effet, trop nombreuses pour convaincre, y compris en acceptant le postulat, scientifiquement absurde, d’une cohabitation entre les hommes et les dinosaures.

La simplicité de l’intrigue (difficile, de toutes façons, de complexifier un film dénué de dialogues !) et le manque de budget, criant, n’aide guère à passionner le spectateur. Heureusement Jim Danforth s’occupe des effets spéciaux en stop-motion et livre quelques séquences réellement impressionnantes qui, après quatre décennies, tiennent toujours la route pour les nostalgiques des techniques bricolées avec amour. Ces prodiges valurent d’ailleurs au talentueux animateur une méritée nomination à l’Oscar.

Quoique pingre, la Hammer a toutefois offert le voyage aux Canaries à toute l’équipe afin de profiter des paysages grandioses et paradisiaques de l’île, ce qui confère à QUAND LES DINOSAURES DOMINAIENT LE MONDE un exotisme de carte postale agréable à l’œil. Excepté ce dépaysement enchanteur et ces effets spéciaux efficaces, difficile, hélas, de trouver d’autres qualités à ce film médiocre et sans grand intérêt. Les péripéties sont laborieuses, l’aspect scientifique risible et les acteurs grognent sans beaucoup de conviction ou miment l’effroi devant les monstres préhistoriques animés avec doigté et minutie.

En résumé, QUAND LES DINOSAURES DOMINAIENT LE MONDE constitue une production fauchée et, surtout, ennuyeuse, indigne de Val Guest ou J.G. Ballard. Sa vision rend cependant pleinement hommage au talent de Jim Danforth et à la beauté des paysages naturels des Canaries. C’est peu mais il faudra s’en contenter pour apprécier ce long-métrage aujourd’hui bien vieillot mais qui s’est paré, il est vrai, d’un charme suranné appréciable pour les plus indulgents.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2013