UNE FEMME A SACRIFIER
Titre: Ikenie fujin / Wife to be sacrified
Réalisateur: Masaru Konuma
Interprètes: Naomi Tani

 

Nagatoshi Sakamoto
Terumi Azuma
Hidetoshi Kageyama
Tessen Nakahira
Chigusa Takayama
Tamaki Komiyama
Année: 1974
Genre: Pinku / Erotique / SM / Drame
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

UNE FEMME A SACRIFIER appartient à la vague des productions érotiques japonaises, populaires dans les années 70, qui utilisant les fantasmes sadomasochistes comme base de leur scénario. L'intrigue, inspirée des œuvres d’Onikoru Dan, le grand spécialiste nippon du SM, est donc minimale.

Un professeur pédophile, renvoyé de son établissement après avoir abusé d'une élève, disparaît durant trois ans. Il revient finalement capturer sa femme, la kidnappe, l'emmène dans une maison de campagne, la viole, la torture et à la soumet à de nombreuses humiliations. La découverte par le pervers d'un jeune couple ayant raté un double suicide va encore ajouter du piment à la situation, d'autant que l'épouse finit par prendre beaucoup de plaisir à servir d'objet sexuel.

Réalisé avec beaucoup de professionnalisme, UNE FEMME A SACRIFIER hésite entre sa dimension érotique et son envie manifeste de s'élever au niveau d'un véritable cinéma d'arts et essais. Le réalisateur Konuma Masaru (dont FLOWERS AND SNAKES demeure l'œuvre la plus renommée) soigne le produit mais, malheureusement, le scénario tourne rapidement en rond. Il s’agissait, au départ, d’une pseudo suite à FLOWER AND SNAKES (on y retrouve d’ailleurs les mêmes interprètes principaux) mais une brouille entre le réalisateur et l’écrivain Onikoru Dan, transforma le produit. Toutefois, Konuma Masaru, même si il s’appuie sur un scénario original de Yôzô Tanaka, reprend les thématiques chères à Onikoru Dan et construit UNE FEMME A SACRIFIER sur une logique similaire en dépeignant la dégradation d’une jeune femme qui finit par prendre goût aux sévices endurés.

Cependant, au lieu de se concentrer sur la seule relation sadomasochiste entre le « héros » et son épouse soumise, Konuma fait intervenir deux nouveaux protagonistes pour ne pas lasser le public et permettre de nouveaux raffinements érotiques. A ce niveau on retrouve l’habituelle fascination nippone pour la scatologie, entre autre dans l'éprouvante séquence du lavement subie par une très jeune fille. Le pervers lui injecte ainsi une énorme quantité de liquide dans l'anus à l'aide d'une seringue géante et attend le jet d'excréments, ensuite recueilli dans un sac par son épouse attentionnée. Un quasi remake d’une scène similaire située au début de FLOWER AND SNAKE. Si tout est suggéré et ne verse pas dans les délires d'un WATER POWER, à moins d'être très amateur de ces pratiques, cela reste dérangeant. D'autres passages, heureusement plus classiques, se révèlent davantage excitants mais restent toujours allusifs.

En effet, Japon oblige, pas la moindre foufoune en vue, d’où l’obligation, finalement assez stimulante pour le réalisateur, de rivaliser d'adresse afin ne pas révéler l'intimité de ses deux demoiselles violentées. Un beau jeu sur les ombres et autres objets qui dissimulent les zones sensibles, à la manière du futur générique d'AUSTIN POWER pour prendre une comparaison immédiatement parlante. Bondage, rasage intime, cire brulante déversée sur l'entre-jambe, flagellation,...Konuma égrène la plupart des poncifs du SM mais reste suffisamment soft pour ne pas gêner un public plus frileux. Néanmoins, le long-métrage développe très sérieusement une thématique assez malsaine de plaisir dans la souffrance, y compris contre la volonté des intervenants.

Certes le cinéma érotique et pornographique nous a souvent habitués à ce mode de pensée mais rarement de manière aussi généralisée. Ici, le message est clairement machiste : l'Homme dispose de la Femme et se doit de la violer, de la punir et de l'humilier à sa guise. De toutes façons, elle finit par y prendre goût et, transformée en salope soumise, en redemande, comme en témoigne l’ultime réplique.

La très belle Naomi Tani incarne ainsi l'épouse livrée à toutes les perversions et qui, au final, déclare aux policiers voulant la délivrer de ses liens « non, laissez, je suis très bien ainsi ». Les féministes apprécieront. En dépit d'un budget restreint et d'une mise en scène parfois vite expédiée (zooms, long plans fixes) la photographie se révèle, elle, charmante et les acteurs convaincants, en particulier le mari pervers et psychopathe qui aura droit finalement à sa part de bonheur en partant main dans la main avec une petite fille (on n'ose imaginer ce qu'il lui fera subir !).

Témoignage d’une époque révolue où l’érotisme nippon amassait des montagnes de billet au box-office local, UNE FEMME A SACRIFIER doit clairement être pris avec des pincettes en raison de son absence totale de « politiquement correct ».

Cependant, cinématographiquement parlant, le résultat se tient et transcende un sujet scabreux pour offrir un spectacle étonnant, surprenant et parfois excitant. Grâce à une durée réduite (à peine 70 minutes) parfaitement adaptée, UNE FEMME A SACRIFIER réussit également à ne pas lasser et à se suivre sans le moindre ennui malgré une intrigue fine comme du papier à cigarettes.

Si ce long-métrage à la réputation flatteuse ne s'élève jamais beaucoup au-dessus de la moyenne des « pinku eiga » interchangeables sortis à la même époque, il n’en reste pas moins un bel exemple de l’érotisme sadomaso nippon qui devrait ravir les amateurs.

Dans son genre, un (petit) classique.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013