TERREUR EXTRA TERRESTRE
Titre: Without Warning
Réalisateur: Greydon Clark
Interprètes: Jack Palance

 

Martin Landau
Tarah Nutter
Christopher S. Nelson
Cameron Mitchell
Neville Brand
Kevin Peter Hall
Année: 1980
Genre: Science-Fiction / Horreur
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Né en 1943 dans le Michigan, Greydon Clark est un de ses nombreux artisans du cinéma populaire, actif aux Etats-Unis entre le début des années ’70 et la fin des années ’90. En un quart de siècle de carrière, Clark toucha à pratiquement tous les genres en vogue, engageant souvent des acteurs un peu has-been pour donner un certain cachet à ces réalisations.

Il débuta dans la blaxploitation, une valeur sure au milieu des seventies, via BLACK SHAMPOO et BAD BUNCH avant de proposer quelques nanars croquignolets comme SATAN’s CHEERLEADERS, SEPT FILLES EN OR, FINAL JUSTICE ou le « fameux » LE CLANDESTIN. En perte de vitesse, Clark signe encore DANSE MACABRE avec Robert Englund, séquelle plus ou moins officielle du FANTOME DE L’OPERA et livre en 1990 un métrage consacré à la danse de l’été, la Lambada (THE FORBIDDEN DANCE).

De cette filmographie peu glorieuse on retiendra en priorité cet efficace TERREUR EXTRA TERRESTRE, devenu aujourd’hui un petit classique de l’épouvante des années ’80, ne serait ce que par son casting classieux et son scénario préfigurant largement celui de PREDATOR.

L’idée de base s’avère d’une simplicité extrême : un chasseur extra terrestre débarque dans une région forestière des Etats-Unis et commence à traquer les locaux comme un vulgaire gibier. Le monstre fait une poignée de victime mais trouve sur sa route un vieux pêcheur, Taylor, qui tente de l’arrêter et de sauver une bande de jeunes menacés…

Niveau casting, TERREUR EXTRA TERRESTRE convoque de sacrées « gueules » du cinéma, à commencer par Jack Palance, lequel incarne le héros traquant le redoutable alien. Vétéran ayant débuté sa carrière en 1950, Palance a exploré la plupart des genres cinématographiques, du péplum (SOUS LE SIGNE DU PAIEN, BARABBAS) au western (IL MERCENARIO, LES PROFESSIONNELS, LES COLLINES DE LA TERREUR) en passant par le slasher ALONE IN THE DARK, le BATMAN de Tim Burton ou des bizarreries comme le JUSTINE de Jésus Franco.

Martin Landau, après des débuts à la télévision dans les fifties, fréquenta lui aussi les westerns, joua dans quelques Z croquignolets au cours des années ’80 (CYCLONE de Fred Olen Ray ou THE BEING de Jackie Kong), fut nominé deux fois à l’Oscar du meilleur second rôle pour CRIMES ET DELITS de Woody Allen et TUCKER de Francis Ford Coppola avant de gagner le trophée tant convoité pour sa magnifique incarnation de Bela Lugosi dans le ED WOOD de Tim Burton.

Cameron Mitchell, lui, démarra sa carrière immédiatement après la Seconde Guerre Mondiale et tourna dans près de deux cents longs-métrages comme COMMENT EPOUSER UN MILLIONNAIRE et, surtout, de nombreuses séries B italiennes. Il fut une véritable star du péplum dans les sixties, mis en vedette par des titres comme LE DERNIER DES VIKINGS ou JULES CESAR CONQUERANT DE LA GAULE mais on le vit aussi dans le giallo légendaire SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN de Mario Bava, le slasher TOOLBOX MURDERS ou la superproduction L’INEVITABLE CATASTROPHE d’Irwin Allen.

Enfin, citons la présence de Neville Brand, autre familier du western que l’on a vu dans des films de qualité comme BATAILLE SANS MERCI ou LE DESERTEUR DE FORT ALAMO. Ironiquement notons encore que le cascadeur dissimulé sous le costume de l’alien n’est autre que Kevin Peter Hall, celui là même qui incarnera plus tard le prédateur dans PREDATOR et PREDATOR 2.

Bref, Greydon Clark convoque du beau monde, permettant d’excuser les faiblesses du script et, surtout, le manque de rythme de ce TERREUR EXTRA TERRESTRE plutôt languissant durant ses deux premiers tiers. Reste de bonnes idées, comme cette arme étrange employée par l’alien, des espèces d’étoiles de mer carnivores lancées avec la dextérité d’un ninja pour venir se coller sur leurs victimes hurlantes. Un gimmick un peu gratuit rappelant vaguement les boules foreuses de PHANTASM mais une agréable manière de distinguer le métrage des nombreux sous-ALIEN ayant pullulé dans les années ’80.

Les personnages possèdent en outre un minimum d’épaisseur et leurs interprètes chevronnés semblent soucieux d’offrir un travail tout à fait correct et non pas simplement d’encaisser un chèque vite fait bien fait.

En dépit de longueurs et des nombreuses scènes nocturnes passant parfois assez mal, TERREUR EXTRA TERRESTRE reste globalement divertissant jusqu’au final honnêtement ficelé. On retient surtout une belle séquence voyant Jack Palance menacer le monstre venu de l’espace en hurlant « alieeeeeeeeeeeeen !!!! » tout en essayant de l’attirer dans un piège pour le pulvériser à la dynamite. Un grand moment de cinéma bis décomplexé pourvu d’un indéniable charme rétro. Les maquillages et effets spéciaux, enfin, n’ont pas à rougir devant des métrages contemporains plus fortunés tant les trucages, habilement confectionnés, se révèlent adroits dans les limites, bien sûr, d’un petit budget des années ’80. Aujourd’hui dépassés ils gardent heureusement le charme sympathique distillé par du bon vieux latex tâché de giclées écarlates.

Sans être un chef d’œuvre, loin de là, TERREUR EXTRA TERRESTRE demeure un sympathique film de science-fiction horrifique des années ’80. Production méconnue, le métrage de Greydon Clark mérite aujourd’hui d’être redécouvert avec plaisir et nostalgie afin de le considérer à sa juste valeur, à savoir un divertissement appréciable et parfois savoureux.

 

Fred Pizzoferrato - Décembre 2010