THE WIZARD OF GORE
Titre: The Wizard Of Gore
Réalisateur: Hershell Gordon Lewis
Interprètes: Ray Sager

 

Judy Cler
Wayne Ratay
Phil Laurenson
Jim Rau
 
 
Année: 1970
Genre: Gore / Comédie
Pays: USA
Editeur Tartan
Critique:

Le cinéma gore de Hershell Gordon Lewis a quelque chose de sympathique et d'irritant à la fois. Sympathique parce que le bonhomme avait quand même de bonnes idées de scénario (on est loin de la monotonie des slashers, par exemple) et irritant car il ne parvenait jamais à les exploiter efficacement, si ce n'est sans doute dans 2000 MANIACS, sa plus grande réussite.

THE WIZARD OF GORE nous invite à découvrir un magicien au nom ronflant de Montag le Magnifique, lequel effectue sur scène des tours de magie impressionnants…qui se réalisent ensuite. Une journaliste, Sheri Carson, mène l'enquête avec son copain et finit par découvrir que Montag est un maître de l'hypnotisme et que ses illusions, en apparence inoffensives, sont mortelles…

WIZARD OF GORE possède un point de départ intéressant et, comme souvent avec les films de Hershell Gordon Lewis (cf. en particulier COLOR ME BLOOD RED), certains éléments semblent puisés dans l'expérience vécue du cinéaste, lequel ne se prive pas de quelques considérations en apparence adressées à son public. "vos ancêtres allaient voir les spectacles de gladiateurs ou torturaient les gens durant l'inquisition, à présent vous regarder les accidents de la route…par le biais du cinéma et de la télévision vous observez la mort…mais saurez vous y être confronté réellement?"

La première scène, durant le générique, montre le magicien se trancher lui-même la tête avec une guillotine avant de la "recoller"…les choses sérieuses peuvent ensuite commencer, à savoir une suite de tortures imaginatives perpétrées sur scènes. Ces passages gore sont inventifs et, compte tenu de l'époque, les maquillages très amateurs passent plutôt bien, même si le tout ressemble souvent à une pizza aux poivrons. De toutes manières, Lewis n'a jamais cherché à donner dans le réalisme ou le malsain et sa violence très second degré et outrancière s'accommode finalement assez bien de ce gore manifestement truqué et bricolé. Les meurtres comprennent une femme coupée en deux à l'aide d'une tronçonneuse, une autre dont le crâne est transpercé par un piton métallique, une victime broyée sous une presse et un double avalage d'épée…

Le problème de WIZARD OF GORE c'est qu'il repose uniquement sur les épaules de Montag…dès que le métrage s'éloigne de sa vraie raison d'être (les mises à mort très sanglantes), le spectateur s'ennuie, d'autant que la musique est - comme toujours chez Lewis - particulièrement atroce. Reste donc les séquences sur scène, efficaces en dépit d'un budget réduit: Montag, magicien réputé, réalise des tours à grand spectacle (c'est le moins qu'on puisse dire) sur une scène minuscule, une simple estrade avec un rideau, devant une vingtaine de spectateurs assis sur des chaises. Pas très convaincant.

Autre problème: le bonhomme fait à chaque fois un petit discours, très redondant, et invite un membre du public à tester les ustensiles utilisés (tronçonneuse, presse, épée, piton,…), diluant l'intérêt des passages gore dans de trop pénibles longueurs. Au niveau des actrices (le terme est sans doute mal choisi), Lewis les a choisi jeunes, pas trop mal physiquement et, comme nous sommes dans les glorieuses années peace and love, presque toutes en minirobes, ce qui lui permet un certain nombre de plans "petites culottes", sans doute une réminiscence de son passé dans l'érotisme gentillet. On aurait pu espérer que les demoiselles jouent de manière convaincante mais on ne peut pas tout avoir... Le jeu des acteurs est d'ailleurs globalement pénible, alternant l'apathie ou le cabotinage éhonté.

Le final, pour sa part, préfigure la mode des twists avec trois décennies d'avance mais le spectateur risque de se gratter la tête en se demandant où le cinéaste veut vraiment en venir avec ces deux retournements de situation délirants (le premier est passable mais le second est franchement "too much") et sa philosophie de type "votre vie n'est qu'une illusion, qu'est ce que la réalité?, etc." On hésite sur la portée de toute ces élucubrations sans doute peu à leur place dans ce divertissement assez stupide.

WIZARD OF GORE constitue un petit voyage nostalgique et s'apparente, plus que tous les autres métrages de Lewis, à un hommage enthousiaste au Grand Guignol. Sa mise en scène à l'emporte pièce, sa musique horrible, ses acteurs justes passables, son scénario qui n'exploite jamais son énorme potentiel et son montage parfois complètement à côté de la plaque sont autant de défauts qui empêchent de le considérer comme une vraie réussite.

Mais la bonne humeur évidente, l'inventivité des passages sanglants, les minirobes des demoiselles et la bonne volonté manifeste de Lewis en font pourtant une petite production divertissante pour les historiens du gore. Mieux vaut toutefois ne pas trop en attendre, WIZARD OF GORE n'étant définitivement pas un grand film (et il n'est surement pas meilleur que SUSPIRIA contrairement à ce que prétend un personnage de la comédie JUNO)

Pour les curieux.

Fred Pizzoferrato - Aout 2009