LE LOUP GAROU
Titre: The Wolf Man
Réalisateur: George Wagger
Interprètes: Lon Chaney Jr

 

Claude Rains
Ralph Bellamy
Bela Lugosi
Evelyn Ankers
Maria Ouspenskaya
 
Année: 1941
Genre: Fantastique / Horreur
Pays: USA
Editeur Universal
5/6
Critique:

THE WOLF MAN reprend le mythe développé pour LE MONSTRE DE LONDRES mais en fait un bien meilleur usage, établissant une fois pour toute la plupart des conventions liées aux loups-garous. La réussite du film est tout d'abord liée à son excellent scénario, signé du grand auteur de SF Curt Siodmak. L'intrigue, en effet, possède toutes les qualités d'une bonne œuvre littéraire portée à l'écran et s'avère bien construit et prenant.

En dépit de l'une ou l'autre faiblesses, le scénario de ce WOLF MAN se montre réellement passionnant et tient en haleine le spectateur durant 71 minutes sans temps mort. Larry Talbot (Lon Chaney Jr) revient en Angleterre, dans la demeure familiale, suite au décès de son frère. Ayant fait fortune en Californie, Larry est accueilli par Sir John Talbot (Claude Rains), son père, un astronome de haute réputation. Il installe rapidement de nouvelles lentilles optiques et, en essayant le télescope paternel, observe une jeune femme achetant des boucles d'oreille.

Instantanément sous le charme, Larry découvre où habite la demoiselle avant de se rendre en ville afin de la rencontrer. Elle se nomme Gwen Conliffe et, avec sa copine Jenny, la jeune femme décide d'aller dans un camp de gitans installés non loin de la ville afin qu'on leur dise la bonne aventure. Evidemment, Larry va accompagner les deux beautés et le trio rencontre Bela (Bela Lugosi himself) qui s'avère être un loup-garou, mais à ce moment sous sa forme humaine. Il voit dans la paume de Jenny la marque du pentagramme, signe qu'elle sera sa prochaine victime.

Tandis que Gwen apprend à Larry qu'elle s'est déjà engagée auprès d'un autre homme, Bela se change en loup et tue la pauvre Jenny. En entendant les cris, Larry se précipite et tue le loup-garou à l'aide d'une canne récemment achetée dont le pommeau est - heureuse coïncidence - en argent. Bien évidemment, Larry est mordu dans la bagarre mais ses blessures s'estompent rapidement tandis que la police découvre le corps de Bela en lieu et place du loup mentionné.

Les autorités pensent que Larry a tué le gitan, probablement en état de légitime défense, mais les villageois n'éprouvent guère de sympathie son égard. La mère de Bela, la gitane Maleva, apprend ensuite au jeune homme qu'il a été infecté par la malédiction de l'homme loup. Bien sûr, Larry se montre réticent à croire aux racontars de la vieille femme mais, dès la nuit venue, il se change effectivement en loup. Devant l'impossibilité de convaincre la police ou son père, Larry suggère de se faire attacher à une chaise tandis que la foule traque le loup semant la terreur dans les environs. Mais lors de la transformation, le loup-garou s'échappe et part à la poursuite de Gwen. Ce sera finalement Sir John Talbot qui mettra un terme à la malédiction en tuant son fils, changé en loup, à l'aide de la fameuse canne à pommeau d'argent.

Le scénario, on le voit, développe toutes les caractéristiques qui, bientôt, seront autant de clichés mais, à cette époque, les innovations de Siodmak pour développer la mythologie du loup-garou constituaient autant de points positifs. La plupart des éléments à présent indissociables du genre furent mis en place pour THE WOLF MAN et l'ensemble reste effectif et agréable à suivre.

Au niveau des acteurs, le casting est brillant. Lon Chaney Jr, quoique pas toujours très convaincant et souvent cabotin, parvient à interpréter le Loup-garou avec une certaine énergie, gardant le monstre à demi effrayant et à demi pathétique. Chaney était certes limité dans sa palette d'expression mais son interprétation est ici appropriée et efficace. Claude Rains, pour sa part, se révèle excellent et Bela Lugosi, dans un petit rôle, offre une composition très caricaturale mais sympathique. Il se trouve clairement en fin de carrière et sa présence tient vraiment du gimmick, avant qu'il ne s'embarque dans les séries B fauchées de la Monogram et les Z de Ed Wood.

THE WOLF MAN bénéficie en outre de la réalisation efficace de Wagger, lequel entretient avec talent une atmosphère mystérieuse, fort bien rendue par l'utilisation efficace des brumes et des ombres. Quand au maquillage de Jack Pierce, servi par les effets visuels de John P. Fulton, il marqua durablement les esprits et fut souvent imité. Quoique dépassé aujourd'hui, ce maquillage conserve tout son potentiel et définit la représentation de l'Homme Loup pour les décennies suivantes, que ce soit à la Hammer (avec LA NUIT DU LOUP GAROU) ou en Espagne (voir à ce sujet la douzaine de métrages consacré à El Hombre Lobo par Paul Naschy).

Notons encore la musique fort réussie et cette petite ambiguïté sur la nature du loup-garou: dans le scénario original de Siodmak le monstre n'était jamais montré, laissant supposer que Larry Talbot souffrait seulement de lycanthropie médicale et se prenait pour un loup-garou. Mais la Universal souhaitait une nouvelle adjonction à son bestiaire, après Dracula, Frankenstein et la Momie, d'où cette représentation effective de l'Homme-Loup. Même si THE WOLF MAN y perd en richesse thématique, la décision était certainement la bonne et le public se rua massivement dans les salles, relançant véritablement la mode de l'épouvante pour une poignée d'années supplémentaires.

Malgré le poids des ans, on prend toujours beaucoup de plaisir à cette histoire de malédiction sinistre et il n'est pas sûr que beaucoup de films de loups-garous récents et bardés d'effets numériques supportent aussi bien le test du temps.

 

octobre 2006