DES DIAMANTS POUR L'ENFER
Titre: Women Behind Bars
Réalisateur: Jesus Franco
Interprètes: Lina Romay

 

Martine Stedil
Roger Darton
Ronald Weiss
Denis Torre
Jesus Franco
Joëlle Le Quément
Année: 1975
Genre: Women In Prison / Video Nasty / Erotique
Pays: France / Belgique
Editeur  
Critique:

Lors de la ressortie de DES DIAMANTS POUR L’ENFER en dvd, Jesus Franco affirma qu’il s’agissait de son Women In Prison préféré. Difficile de comprendre la raison d’une telle sentence tant le métrage s’avère indigeste et pénible à suivre.

Si les précédents films du même style réalisés par Franco sont d’un intérêt très relatif, DES DIAMANTS POUR L’ENFER se révèle non seulement mauvais mais également ennuyeux et, de surcroit, pauvre en séquences choquantes. Etonnamment, il fut inclus sur la fameuse liste anglaise des « video nasty », cette publicité gratuite et involontaire lui ayant assuré une certaine renommée auprès des amateurs de culte déviant. Pourtant, le résultat semble bien timoré et largement en deçà, niveau érotisme et cruauté, de BARBED WIRE DOLLS ou DES FEMMES POUR LE BLOC 9.

La seule particularité de DES DIAMANTS POUR L’ENFER consiste à mélanger, de manière assez artificielle et peu inspirée, le Women In Prison et le thriller.

Tout débute lorsqu’un homme d’affaires d’Amérique centrale se fait voler une fortune en diamants par une bande de gangster portant des masques blancs. Le chef du gang n’hésite pas, ensuite, à s’emparer des pierres précieuses avant de supprimer ses complices. L’intrigue bifurque alors sur la belle Shirley Fields (Lina Romay) découvrant l’infidélité de son petit copain Perry. La jeune femme le tue et se voit condamnée à six ans de réclusion mais différentes personnes sont persuadées que le défunt Perry était le chef de la bande de voleurs de joyaux. Seule Shirley connait la cachette du magot et tous les moyens sont bons pour lui faire avouer où elle se trouve.

Même si on connaît la pauvreté de budget dont souffrent la plupart des réalisations signées Jesus Franco, difficile de ne pas se sentir gêné par l’incroyable manque de moyen de ce sous-produit. Les décors, tout d’abord, sont d’une pauvreté affligeante et souvent réduits à quelques éléments se voulant signifiant afin de figurer, vaille que vaille, une prison. La grille d’entrée du pénitencier ressemble à une porte de villa, les clôtures à de banals grillages tels qu’on en trouve pour interdire l’accès aux chantiers de construction et nous ne verront que deux gardiens absolument pas convaincants.

Il faut dire que DES DIAMANTS POUR L’ENFER fut tourné en France, dans la région de Nice (il s’agit d’une production Eurociné et, pour les connaisseurs, l’affaire est déjà entendue), et principalement dans une unique maison maladroitement camouflée en prison d’Amérique centrale. Un niveau de roublardise et de détachement rappelant les grandes heures d’Ed Wood et qui confine ici au je m’en foutisme le plus agressif, comme si Franco et Eurociné se fichaient totalement de donner un semblant de crédibilité à l’entreprise. Le scénario étant un peu confus, Franco doit ruser pour l’illustrer, recourant à l’ellipse et, surtout, à une voix off envahissante tentant de donner à cette minable production un côté film noir référentiel. Pas très concluant et ce n’est surement pas la musique guillerette et pseudo jazzy, totalement inappropriée et épuisante qui arrangera un ensemble d’une platitude confondante.

Au niveau de l’érotisme, DES DIAMANTS POUR L’ENFER n’a pas grand-chose à proposer, excepté de nombreuses demoiselles dénudées au physique plus ou moins attrayant. Fidèle à sa marque de fabrique, Jesus Franco peut abuser des zooms afin d’explorer l’intimité de ses actrices et en particulier de son éternelle complice, muse et épouse, la jolie Lina Romay, ici très naturelle et séduisante. La majeure partie du temps de projection se limite d’ailleurs aux palabres sans intérêt de filles constamment dévêtues fumant dans leur cellule. Excepté cette nudité constante, le film n’est vraiment guère sexy et se montre plutôt froid. Une timide scène lesbienne, indispensable à tout Women In Prison qui se respecte, tente d’épicer la sauce mais celle-ci ne prend pas et retombe mollement.

Reste deux séquences de torture ayant probablement valu à DES DIAMANTS POUR L’ENFER son inclusion sur la liste des « nasties ». La première montre une demoiselle fouettée jusqu’au sang mais le jeu approximatif et les gros plans maladroits sur son anatomie ensanglantée (tandis que les plans larges nous révèlent le trucage) rend ce passage grotesque et non pas éprouvant. La seconde scène de torture se veut plus corsée mais s’avère encore plus grotesque : Lina Romay, assise et menottée, reçoit des décharges électriques dans l’entre-jambe. Le peu de conviction de l’actrice et la mise en scène maladroite, associés à une invraisemblance frappante (la victime pourrait facilement retirer les électrodes fixées à son sexe), annihile toute la puissance sadique souhaitée par Franco.

Comme tous les Women In Prison de Franco, DES DIAMANTS POUR L’ENFER change de registre dans son dernier tiers et vire au simili polar après l’évasion de l’héroïne. La narration, toujours soutenue par les commentaires en voix off, s’emballe pour offrir l’un ou l’autre retournement de situation plus ou moins attendu mais rien n’y fait, l’ennui a définitivement gagné les plus endurcis. Le rythme assoupi achèvera d’ailleurs les spectateurs les plus conciliants au point que même les inconditionnels du cinéaste risquent de trouver le temps long.

Jesus Franco se défend d’avoir réutilisé les chutes de son BARBED WIRE DOLLS pour réaliser ce titre jumeau à la distribution similaire et à l’intrigue interchangeable mais ceux qui ont subi les précédents Women In Prison du « maître » espagnol ne trouveront absolument rien de novateur ni de passionnant dans DES DIAMANTS POUR L’ENFER, seulement le rabâchage peu inspiré d’idées déjà maintes fois vues dans d’innombrables sexploitations des seventies.

En dépit d’une durée réduite à moins de 80 minutes, DES DIAMANTS POUR L’ENFER constitue un véritable enfer…pour le spectateur ! A éviter !

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2010