DES FEMMES POUR LE BLOC 9
Titre: Frauen für Zellenblock 9 / Women from cellblock 9 / Esclaves de l'amour / Cellule 9
Réalisateur: Jesus Franco
Interprètes: Karine Gambier

 

Howard Vernon
Susan Hemingway
Aida Gouveia
Esther Studer
 
 
Année: 1977
Genre: Women In Prison / Erotique / Horreur
Pays: Suisse
Editeur  
Critique:

Comme nul ne l’ignore, la relation entre Jess Franco et le film de « Women In Prison » débuta en 1969 avec le sympathique (mais timoré) 99 FEMMES – LES BRULANTES pour se poursuivre durant les années ’70 avec une série de métrages de pure exploitation et d’un intérêt souvent limité. La plupart ne sont, en réalité, que de toutes petites séries Z fauchées et mal torchées dont l’unique ambition consiste à proposer une poignée de séquences érotiques entrecoupées d’un paquet de passages sadiques et violents. Ou l’inverse. Bref, difficile de se passionner pour ces titres aux scénarios interchangeables réutilisant à l’envie un même schéma narratif et un décorum identique et dont le meilleur exemple reste le corsé ILSA ULTIMES PERVERSION, quatrième volet officieux de la saga culte de nazi-exploitation.

Production routinière et banale, DES FEMMES POUR LE BLOC 9 se déroule dans un pays d’Amérique Latine non identifié, alors qu’une poignée de résistantes combattant pour la liberté voyagent incognito dans un camion transportant des fruits. Malheureusement, le camion se voit intercepté par de méchants tortionnaires menés par le sadique et dément Dr Costa (joué par cette trogne de Howard Vernon). Les jeunes filles sont alors capturées et menées dans un bagne perdu où elles vont être tour à tour dénudées, enchaînées, privées d’eau et de nourriture puis soumises aux tortures imaginatives du Dr Costa. Les détenues décident finalement de s’évader, séduisent un gardien, le tue et s’échappent dans la jungle afin d’avertir le monde des exactions commises entre les murs de la prison. Mais Costa et ses sbires se lance à leurs trousses.

DES FEMMES POUR LE BLOC 9 se montre, à l’image des autres WIP de Franco incroyablement languissant et ennuyeux. La séquence de séduction, située juste avant l’évasion des prisonnières, donne le ton, le cinéaste filmant ses quatre actrices se caressant mollement et sans la moindre conviction durant de trèèèèès longues minutes. En dépit du physique agréable des jeunes demoiselles l’ensemble risque de plonger les érotomanes les plus endurcis dans un profond sommeil d’autant que la musique, flirtant dangereusement avec le jazz d’ascenseur, se révèle totalement inappropriée. L’intrigue, minimaliste, n’évite pour sa part aucun cliché et se montre purement routinière, de la capture des détenues à leur évasion, en passant par les tortures attendues et les intermèdes pseudo-sexy. La fin, de son côté, est complètement prévisible et propose un « unhappy ending » typique des WIP de Franco, lequel conclut DES FEMMES POUR LE BLOC 9 9 de manière abrupte et décevante.

Le manque de moyens s’avère en outre patent, Franco devant de contenter d’un nombre fort restreint de figurants et de quelques intérieurs pas vraiment crédibles. Les séquences d’extérieur, à tout prendre, se révèlent un peu plus agréables à l’œil, la photographie mettant en valeur les corps dénudés et baignés de soleil des prisonnières fuyant à travers la jungle. Nous avons aussi droit à une pénible et interminable séquence, mettant en scène nos détenues menacées par un stock-shot de crocodile, au cours de laquelle le suspense voisine du zéro absolu. Un artifice réutilisé par le cinéaste quelques années plus tard dans le plus sanglant SADOMANIA.

Comme dans la plupart des productions similaires, DES FEMMES POUR LE BLOC 9 se permet une scène d’humiliation agrémentée de tirades faussement philosophiques sur le Mal, alors que le cruel médecin et sa kapo discutent gaiement dans une ambiance de perversion manifestement inspirée par les ouvrages de Sade ou le fameux SALO OU LES 120 JOURS DE SODOME. La séquence se conclut par la gâterie prodiguée par une prisonnière mourant de soif à la gardienne, laquelle lui promet un verre de champagne si elle se montre docile. Bien sûr, le sadique docteur ne pourra s’empêcher d’agrémenter la boisson octroyée à la nymphette d’une bonne pincée de sel. Les autres tortures comprennent une corne de rhinocéros enfoncée dans l’entre-jambe d’une malheureuse victime à qui le médecin fou introduit ensuite un rongeur vivant dans le vagin.

Les classiques décharges électriques sur les corps dénudés sont, elles aussi, de la partie, de même que les exécutions sommaires par balles. Même si tout cela parait extrême, Franco détourne souvent sa caméra des horreurs commises à l’écran et rien de très graphique ne sera proposé au spectateur, d’autant que la maladresse de l’ensemble accentue le ridicule d’un film se voulant sans doute une sorte de bande dessinée érotico-sadique pour adultes sur grand écran. Raté ! Les quelques prudents effets gore, confectionnés avec un peu de ketchup, sont tout aussi peu convaincants et Franco les élude rapidement et sagement, rendant le métrage assez frustrant pour l’amateur d’exploitation sanglante.

Au rayon des protagonistes féminines, le rôle principal revient à la belle Karine Gambier, actrice française bien connue des aficionados du porno des seventies (SHOCKING, JE SUIS A PRENDRE). La jeune femme se contente d’exposer son anatomie et c’est très bien ainsi, le scénario ne justifiant pas le moindre effort d’interprétation.

A ses cotés nous découvrons Susan Hemingway, laquelle n’ayant pas 18 ans à l’époque du tournage, entraina à DES FEMMES POUR LE BLOC 9 de gros problèmes de censure en Grande Bretagne, le métrage se voyant finalement refusé une exploitation en DVD dans ce pays lors de son passage devant la commission en 2004. L’actrice suivit ensuite Franco dans diverses productions érotiques comme JE BRULE DE PARTOUT, ELLES FONT TOUT ou encore SYMPHONIE EROTIQUE mais figura également dans son plus réputé « nunsploitation » LETTRE D’AMOUR D’UNE NONNE PORTUGAISE.

Enfin, Howard Vernon s’octroie le rôle d’un sadique médecin tortionnaire. L’acteur suisse, né en 1914 (et décédé à Paris en 1996) a eu une riche carrière comprenant quelques classiques (LE SILENCE DE LA MER de Melville ou LE DIABOLIQUE Dr MABUSE de Fritz Lang) avant de devenir l’acteur fétiche de Jesus Franco qui lui offre le rôle principal de L’HORRIBLE DR ORLOFF et de bien d’autres séries B ou Z. Vernon va alors côtoyer, durant près de quarante ans, les grands noms de l’exploitation (LE LAC DES MORTS VIVANTS de Jean Rollin, LA ROSE ECORCHEE de Claude Mulot, LES WEEK ENDS MALEFIQUES DU COMTE ZAROFF de Michel Lemoine, MAD MUTILATOR de Norbert Moutier, EL AULLIDO DEL DIABLO de Paul Naschy, DR JEKYLL ET LES FEMME de Walerian Borowcsyk) tout comme des auteurs plus respectables (ALPHAVILLE de Godard, DELICATESSEN de Jean-Pierre Jeunet). Ici, Vernon s’en donne à cœur joie dans un sadisme béta et benêt finalement assez inoffensif de part même ses excès dignes de la pire littérature de gare.

En dépit d’appâts indéniables pour l’amateur de bis et en particulier d’un casting agréable à l’oeil, DES FEMMES POUR LE BLOC 9 se révèle malheureusement ennuyeux et languissant. Probablement trop timoré pour contenter un public avide de sexe et de violences, le film manque de punch pour convaincre et peut, au final, être considéré comme un ratage, loin en deçà de ILSA ULTIMES PERVERSIONS, le « grand œuvre » de Franco dans le Women In Prison. Heureusement, DES FEMMES POUR LE BLOC 9 ne dure que 75 minutes, ce qui est déjà bien suffisant !

Une fois de plus, une déception de la part de Jesus Franco !

 

Fred Pizzoferrato -Novembre 2010