DETOUR MORTEL
Titre: Wrong Turn
Réalisateur: Rob Schmidt
Interprètes: Eliza Dushku

 

Jeremy Sisto
Emmanuelle Chriqui
Desmond Harrington
Kevin Zegers
Lindy Booth
 
Année: 2003
Genre: Slasher / Survival
Pays: USA
Editeur
Critique:

Jeune cinéaste né en Pennsylvanie en 1965, Rob Schmidt débute sa carrière au milieu des années ’90 avec le court-métrage « Milestone » puis se signale par le drame SATURN (en 1999) et CRIME + PUNISHMENT l’année suivante. Après le téléfilm « AN AMERICAN TOWN », il se lance dans le cinéma d’épouvante avec DÉTOUR MORTEL, réactivation des grandes heures du slasher / survival horrifique des années ’70 et ’80.

Si Schmidt est un néophyte de l’horreur, il bénéficie de l’expérience précieuse du scénariste Alan McElroy, lequel avait précédemment écrit HALLOWENN IV, l’adaptation du comic SPAWN et la première version de LEFT BEHIND sortie en 2000.

DETOUR MORTEL ne cache pas ses influences évidentes, lesquelles puisent à tout un pan du cinéma d’exploitation américain, jadis prolifique, qui confronte de jeunes citadins « biens sous tous les rapports » à une poignée de dégénérés cannibales vivants reclus dans un lieu isolé. Les dialogues ne se privent d’ailleurs pas d’un clin d’œil au mètre-étalon du genre, à savoir DELIVRANCE, lorsque les « héros » débarquent sur le territoire, potentiellement hostile, des locaux. Mais le long-métrage renvoie à bien d’autres productions similaires plus ou moins renommées, de MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE à LA COLLINE A DES YEUX en passant par les plus méconnus THE FINAL TERROR, THE FOREST, HUMONGUS et SURVIVANCE.

Les liens avec la littérature sanglante sont également évidents tant Détour mortel se rapproche du très violent et barbare « Morte Saison » rédigé par le chantre du splatterpunk Jack Ketchum. Le rajeunissement des personnages (le script initial les envisageait plus âgé d’une dizaine d’années) trahit cependant la volonté, en dépit des références aux classiques des décennies antérieures, de s’adresser majoritairement à des spectateurs adolescents, DETOUR MORTEL s’inscrivant ainsi dans la tradition du slasher forestier popularisée par VENDREDI 13 (et en particulier le second opus, LE TUEUR DU VENDREDI).

Très classique dans son intrigue et linéaire dans son développement, le long-métrage se centre sur Chris Flynn, lequel empreinte une route peu fréquentée de Virginie pour se rendre à un entretien d’embauche. Malheureusement, Chris provoque un accident avec un autre véhicule dans lequel ont pris place cinq amis en maraude pour une randonnée forestière. L’accident a été causé par un piège rudimentaire confectionné à l’aide de fil de fer barbelé. Deux des passagers, Evan et Francine, décident de rester sur place tandis que les trois autres (Jessie, Scott et sa fiancée Carly) partent en reconnaissance, accompagnés de Chris, pour trouver de l’aide. Hélas, un trio de cannibales réside dans les bois et, bientôt, les « intrus » sont impitoyablement chassés par ces trois dégénérés affamés.

Premier volet d’une interminable franchise, l’œuvre de Rob Schmidt pose d’emblée les bases qui seront, par la suite, rabâchées dans chaque opus ultérieur. DETOUR MORTEL se limite ainsi à une efficace traque dans les bois, laquelle joue de l’opposition bien connue (déjà illustrée avec brio par Tobe Hooper et Wes Craven trente ans auparavant) entre les citadins policés civilisés et la horde barbares des sauvageons hantant les épaisses frondaisons d’une forêt devenue un gigantesque piège.

Sans doute en phase avec son époque, le film rappelle, à l’image de HOUSE OF THE 1000 CORPSES et des remakes modernisés de MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE et LA COLLINE A DES YEUX sortis à la même période, que le vernis de civilisation est décidément bien fragile. Confronté à une situation extrême dans laquelle la survie devient le seul enjeu, l’Homme n’a d’autre choix que de rendre coup pour coup, l’agressé devenant aussi violent que l’agresseur. Coproduit par l’oscarisé Stan Winston, également responsable des maquillages spéciaux, ce premier volet reste néanmoins modéré au niveau du gore et se focalise davantage sur le suspense. La nudité et l’érotisme, qui deviendront des composantes de plus en plus proéminentes de la saga, sont également bannis de ce volet matriciel mais le cinéaste gère efficacement la progression dramatique et propose une montée de tension effective en dépit du caractère prévisible de l’histoire développée. Quoique très hâtivement brossé, les personnages s’élèvent un peu au-dessus du catalogue de clichés souvent de mise dans le slasher et leur caractérisation, aussi rudimentaire soit-elle, fonctionne grâce à des interprètes dans l’ensemble crédibles.

Tourné au Canada entre le 6 aout et le 11 octobre 2002 pour un budget estimé à une douzaine de millions de dollars, DETOUR MORTEL reçut des critiques mitigées mais un accueil public suffisamment enthousiaste pour générer de nombreuses séquelles destinées au marché de la vidéo. Il apparaît aujourd’hui comme un honnête hommage à ses plus glorieux prédécesseurs mais s’apprécie comme une plaisante série B horrifique « grand public ».

Fred Pizzoferrato - Février 2016