THE X FILES - AUX FRONTIERES DU REEL - REGENERATION
Titre: X Files: I Want To Believe
Réalisateur: Chris Carter
Interprètes: David Duchovny

 

Gillian Anderson
Amanda Peet
Billy Connolly
Alvin 'Xzibit' Joiner
Mitch Pileggi
 
Année: 2008
Genre: Fantastique
Pays: USA
Editeur  
Critique:

Saga fantastique culte ayant ouvert la voie au renouveau des séries au début des années 90, « X-Files » a prouvé, tout au long de ses neuf saisons, que la télévision n’avait dorénavant plus à rougir devant le grand écran. De nombreux épisodes étaient en effet parvenus à proposer un spectacle plus réussi que pas mal de long-métrages basés sur des intrigues similaires en utilisant une durée deux fois plus réduites. Certes après l’apothéose des saisons 5 et 6, d’absolues réussites pratiquement dénuées de faiblesses, les suivantes avaient déçus, les scénaristes ne sachant manifestement pas comment conclure la saga. L’ultime épisode, « La Vérité », diffusé début 2002, laissait ainsi les fans sur leur faim et, depuis, un second long-métrage (après le plutôt convaincant X-FILES LE FILM) était régulièrement annoncé. L’attente interminable ne prit fin qu’en 2008 et, lorsque X-FILES I WANT TO BELIEVE sortit finalement sur les écrans, la déception s’avéra pratiquement à la hauteur des attentes.

Nous retrouvons donc Dana Scully exerçant sa profession de médecin et éprouvant une nouvelle crise de foi alors qu’elle s’avère incapable de sauver un jeune garçon atteint d’une maladie incurable. Deux agents du FBI viennent la trouver et lui demandent de rempiler une dernière fois en compagnie de Mulder, lequel vit toujours caché et reclus, pour une affaire où le surnaturel jouerait un rôle important. Scully refuse tout d’abord mais fini par accepter d’aider les agents américains sur la trace d’un serial killer ayant enlevé une jeune recrue du FBI. Le dynamique duo enfin reformé par pour la Virginie où ils trouvent l’aide du Père Joe, un prêtre condamné pour pédophilie qui semble capable de les guider vers la solution du mystère grâce à ces dons médiumniques.

En dépit de prémices intrigants, X-FILES souffre d’un terrible manque d’ampleur et s’apparente à une sorte d’épisode double de la série, refusant tout spectaculaire et toute référence au grand complot pour s’orienter rapidement vers une très classique traque d’un tueur en série. A la limite, peu importe que les personnages principaux soient nos chers Mulder et Scully tant le réalisateur et scénariste Chris Carter s’éloigne de l’atmosphère paranoïaque de la série télévisée pour illustrer une intrigue à présent balisé tant en littérature qu’au cinéma. Le tueur mystérieux, les visions à l’authenticité douteuse et les flics opiniâtres traquant le coupable retenant captif sa dernière proie, n’est ce pas déjà vu et revu ?

Alors que la série télévisée avait revisité la plupart des mythes fondateurs du fantastique, Carter nous donne ici un traitement d’une grande banalité et, alors que les premières rumeurs laissaient espérer la présence de loup-garous, on se retrouve finalement avec un « simple » serial killer. Les visions du prêtre (réelles ou non, le film ne tranchera pas !) et les manipulations d’un savant fou touché par le « syndrome de Frankenstein » resteront les seuls éléments fantastiques (et encore !) d’un métrage sinon construit comme une classique énigme policière. Pour quel motif le FBI fait il d’ailleurs appel à nos deux agents préférés ? Mystère tant le paranormal espéré ne daigne jamais montrer le bout de son museau!

Le retour de Mulder reste d’ailleurs vraiment mal amené, notre homme passant en une minute du statut de renégat vivant caché et refusant d’aider le FBI à celui d’agent réintégré dans ses fonctions et menant l’enquête comme si rien ne s’était passé ces dernières années. Difficile à avaler. Sans doute soucieux de toucher un large public, Chris Carter ne fera que de rare allusions au grand complot ou à la sœur de Mulder, préférant opter pour de discrets clins d’œil (les crayons plantés au plafond, le poster « I want to believe ») ou parachuter Skinner au cœur de l’enquête pour une apparition éclair et sans conséquence sur le déroulement du métrage. Le pauvre Mitch Pileggi réendosse une nouvelle fois la défroque du directeur adjoint mais ne semble même pas y croire lui-même et son rôle se réduit à une simple silhouette. A croire que Chris Carte lui a téléphoné le matin même pour lui dire « on tourne un nouveau X FILES, si t’es libre vient nous dire bonjour, je trouverais bien le moyen de te caser trente secondes à la fin du film ». Bref, un nouvel exemple de la démarche purement gratuite et opportune d’un Chris Carter ayant pourtant bénéficié d’une demi-douzaine d’années pour fignoler son script !

Visuellement, X FILES I WANT TO BELIVE ne dépasse jamais le « correct » et, en dépit du cadre original et grandiose de la Virginie recouverte d’une épaisse couverture neigeuse, le métrage échoue à développer une impression d’ampleur, peu aidé par un rythme voulu apaisé et contemplatif qui se révèle, en réalité, surtout épuisé et même ennuyeux.

Reste que les fans seront heureux de retrouver les toujours excellents David Duchovny et Gillian Anderson, lesquels connaissent leur rôle à la perfection. Mulder, plus désabusé que jamais, et Scully, toujours confronté à ses croyances religieuses et aux difficultés de sa profession, se retrouvent, se confient leurs doutes, leurs espoirs, leurs craintes. De belles séquences intimistes permettant au métrage de conserver un minimum d’intérêt d’autant qu’il aborde, même timidement, quelques questions éthiques intéressantes (les manipulations génétiques, l’acharnement thérapeutique) ou certains tabous (la pédophilie, l’influence de la religion sur le comportement humain, etc.). De beaux dialogues, des scènes d’une grande justesse : la relation entre les deux principaux protagonistes reste la véritable réussite (la seule sans doute) d’un film sinon paresseux et à l’intérêt limité.

Chris Carter parait en outre se désintéresser totalement de son intrigue policière au point de multiplier les incohérences, les coïncidences heureuses et les invraisemblances, se fichant complètement des nombreux trous du scénario pour aboutir au climax attendu. Un final d’ailleurs tout aussi décevant et mou que les 90 minutes précédentes.

X FILES I WANT TO BELIEVE ne ressemble donc pas vraiment au long-métrage prestigieux destiné aux salles obscures que les fans attendaient. Nous sommes bien davantage en présence d’un double épisode « loner » de la série, une de ces enquêtes banales pas vraiment désagréables mais dont l’incidence sur l’intrigue générale et la vie de nos héros fut minime.

 

Fred Pizzoferrato - Juin 2009