X TRO
Titre: X Tro
Réalisateur: Harry Bromley Davenport
Interprètes: Philip Sayer

 

Bernice Stegers
Danny Brainin
Maryam d'Abo
Simon Nash
Peter Mandell
David Cardy
Année: 1983
Genre: Science-fiction / Horreur
Pays: Grande-Bretagne
Editeur  
Critique:

Lauréat en son temps du Grand Prix du Festival du Film Fantastique de Paris, X TRO fut, durant les années ’80, un incontournable des vidéoclubs. Par la suite, il sombra peu à peu dans l’oubli avant d’acquérir, auprès d’une poignée de fidèles, une réputation de « cult movie » néanmoins ternie par deux séquelles mercantiles et ratées.

Ce second long-métrage d’Harry Bromley Davenport sortit à une époque où les invasions extraterrestres se multipliaient sur les écrans et l’intrigue puise, évidemment, dans les classiques THE THING et ALIEN mais fonctionne aussi comme une version horrifique de E.T. ré-imaginé tel un conte macabre. Le pitch de départ, pour sa part, semble inspiré par la célèbre nouvelle « Le Père truqué » de Philip K. Dick.

Toutefois, ce qui distingue X TRO de la masse des clones d’ALIEN produit durant les années ’80 (CREATURE, MUTANT, etc.) reste surtout son climat d’étrangeté surréelle, proche de l’onirisme à la fois bricolé et terrifiant de PHANTASM.

Sam Phillips disparaît mystérieusement, laissant derrière lui son jeune fils, Tony, et son épouse, Rachel. Il réapparait trois ans plus tard, surgi de nulle part, et s’incruste dans l’existence de sa femme qui, entre temps, a refait sa vie en compagnie d’un photographe publicitaire, Joe. En réalité, Sam a été enlevé par des extraterrestres et n’est plus totalement humain mais plutôt l’hôte d’un organisme venu d’une autre planète. Il communique à son enfant certains de ses pouvoirs que ce-dernier peut, dès lors, utiliser à des fins vengeresses...

D’une durée restreinte parfaitement appropriée à son sujet (environ 80 minutes hors générique), X TRO multiplie les scènes marquantes qui hantent, pour longtemps, la mémoire du cinéphage friand d’épouvante déjantée. L’imprégnation d’une jeune femme par un monstre venu de l’espace, suivi d’une grossesse accélérée et de l’accouchement, douloureusement sanglant, d’un homme déjà adulte constitue, sans nul doute, l’une des plus mémorables.

D’autres passages se révèlent cependant tout aussi intriguant comme ce gamin ayant reçu de son « père » extra-terrestre d’étranges pouvoirs qui lui permettent, par exemple, d’animer ses jouets.

Le célèbre chroniqueur Roger Ebert considère X TRO comme très mauvais et le juge comme un « exercice de tristesse, un film nihiliste et dépressif, sans aucun humour ». Ce qui est tout à fait exact. Or, justement, ce ton sombre et sans espoir s’avère une indéniable qualité qui éloigne cette petite série B du banal divertissement horrifique : le cinéaste ne cherche pas, en effet, à rassurer le spectateur mais, au contraire, à le plonger dans un climat d’angoisse cauchemardesque. Harry Bromley Davenport joue ainsi la carte de l’horreur, du glauque, du malsain et du bizarre, sans se retrancher derrière un quelconque second degré. Cette conviction force le respect et élève l’entreprise, lui évitant de sombrer dans le ridicule en dépit de passages déjantés.

Si l’intrigue parait, pour sa part, dénuée de sens ou de logique, elle parvient cependant à fasciner le spectateur réceptif en le plongeant dans une atmosphère de cauchemar éveillé. L’extra-terrestre matérialise, par exemple, les phantasmes morbides d’un jeune garçon soudain capable de transformer d’inoffensifs jouets en armes mortelles. D’où la matérialisation d’un clown meurtrier ou les attaques d’un soldat de plastique haut de deux mètres aidé par un tank miniature au canon destructeur.

Les maquillages, très convaincants, et les effets gore effectifs compensent les faiblesses relatives des effets optiques, toutefois corrects pour un si petit budget. Heureusement, l’utilisation judicieuse de lumières bleutées et de ténèbres complices masquent, en grande partie, le relatif amateurisme de ces trucages.

Dans la masse des petites productions des années 80 qui combinent horreur et science-fiction, X TRO sort distinctement du lot par son imagerie volontairement bizarre et excessive. Dommage que le cinéaste se soit senti obligé, sans doute pour de basses raisons pécuniaires, de prolonger la saga par X TRO 2 et X TRO 3, lesquels n’entretiennent, en réalité, aucun rapport avec ce très plaisant premier épisode.

 

Fred Pizzoferrato - Septembre 2012