LA LOI YAKUZA
Titre: Yakuza keibatsu-shi: Rinchi - shikei! /
Yakuza Law
Réalisateur: Teruo Ishii
Interprètes: Ryûtarô Ôtomo

 

Bunta Sugawara
Minoru Oki
Hiroshi Miyauchi
Ichirô Sugai
Yoshiko Fujita
Hisaya Itô
Année: 1969
Genre: Thriller / Action / Tortures / Horreur / film à sketches
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Sorti en 1969, LA LOI YAKUZA appartient à cette fameuse série nipponne dite « Tokugawa » ou, de manière internationale, « Joys of Torture ». A l’image de la plupart des longs-métrages composant cette saga informelle, LA LOI YAKUZA se présente sous la forme d’un film à sketches divisé en trois segments de longueur sensiblement égale.

Dès le générique, le cinéaste Teruo Ishii balance la purée et propose une suite de tortures gratinés et sanglantes. Une sorte de best of des exactions à venir qui rappelle certains pornos dont le générique défile sur une compilation des « meilleurs moments » ultérieurs. Une bonne manière d’accrocher le spectateur voyeur.

Ensuite, Ishii rappelle les principales lois en vigueur chez les Yakuzas : ne pas trahir le clan, ne pas coucher avec une femme mariée, ne pas voler ses condisciples, etc. Evidemment, chaque sketch va nous détailler l’une ou l’autre violation de ces règles strictes puis les conséquences de ces manquements. LA LOI YAKUZA va ainsi procéder de manière chronologique en débutant sous le shogunat Tokugawa (avec le premier épisode) pour se poursuivre au début du XXème siècle puis, enfin, à l’époque alors contemporaine, à savoir la fin des sixties.

Le sketch initial, basique, traite de deux hommes ayant trahi leur clan : le premier a dérobé de l’argent, le second a couché avec la femme du chef. La punition sera par conséquent terrible pour ces deux yakuzas. En une petite demi-heure et sur cette intrigue prétexte, Teruo Ishii aligne une suite de combats au sabre violents et barbares qui permettent des éclaboussures écarlates du plus bel effet. Hélas, le cinéaste n’est pas vraiment à son aise pour illustrer ces affrontements à l’arme blanche, un peu brouillons et guère motivants comparés aux standards vus dans les classiques du « film de sabre » nippon.

Ce défaut se retrouve dans le second sketch, tout aussi classique et prévisible, qui traite de l’habituel retour à la vie civile d’un yakuza nommé Ogata. Incarcéré durant trois ans, le truand découvre, une fois sorti de taule, que le monde a beaucoup changé en son absence. Sa femme vit à présent avec un chef rival et Ogata comprend qu’il n’a plus sa place dans l’organisation mafieuse qui constituait, jadis, son unique famille. Sans surprise, ce court segment (environ 25 minutes) se suit d’un œil distrait tant cette intrigue parait avoir déjà été vue et revue un nombre incalculable de fois. Le gore est cependant présent, de manière épisodique, avec des coups de sabres qui sectionnent des membres et laissent couler de gros bouillons rougeâtres. Un yakuza, humilié pour s’être mal comporté, a droit, également, a un traitement particuliers puisqu’une demi-douzaine d’hommes lui urinent copieusement au visage. Ce mélange coutumier de violence et de sadisme, cher au cinéma d’exploitation japonais, ne rehausse pas vraiment un scénario balisé qui aurait mérité un minimum de développement pour quitter les ornières de la linéarité et des clichés.

La troisième histoire, pour sa part, dure plus longtemps et approche des quarante minutes, ce qui l’apparente davantage à un petit polar condensé dans lequel, une fois de plus, toutes les scènes attendues sont présentes. Véritable moyen métrage qui, avec davantage de soin, aurait pu donner un film autonome d’une durée réglementaire, cette intrigue s’apparente à un honnête récit de gangsters servi par une bande son énergique et groovy. Malheureusement, la durée restreinte rend l’ensemble quelque peu boiteux et le manque de développements scénaristiques ne permet pas d’élever ce segment, en outre parfois confus, au-dessus du tout-venant.

Dans l’ensemble et malgré quelques bons moments, LA LOI YAKUZA demeure une déception, desservie par des scripts trop classiques pour maintenir durablement l’intérêt. La puissance des passages gore (visage brulé, corps trainé par un hélicoptère et déchiqueté sur des rochers, énucléation, bras sectionnés,…) a pu faire illusion en son temps mais ces passages sont, aujourd’hui, trop peu nombreux pour justifier la vision d’un long-métrage dépassé et quelconque.

A présent noyé dans la masse des productions ultérieures, nettement plus corsées et portées sur l’exploitation et les déviances sexuelles, LA LOI YAKUZA se suit d’un œil distrait et nostalgique mais sans la moindre passion. Un titre à réserver en priorité aux admirateurs de Teruo Ishii ou aux inconditionnels du cinéma populaire japonais des années 60 / 70.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013