ZOMBIE III
Titre: Zombi 3
Réalisateur: Lucio Fulci + Bruno Mattei + Claudio Fragazzo
Interprètes: Deren Sarafian

 

Beatrice Ring
Richard Raymond
 
 
 
 
Année: 1987
Genre: Zombies / Gore / Horreur
Pays: Italie
Editeur Mad Movies
3 /6
Critique:

Dans une région isolée des Philippines, des scientifiques procèdent à diverses expériences, sous l'autorité militaire. Ils mettent au point une nouvelle arme chimique qui, diffusée accidentellement dans l'atmosphère, transforme les habitants en zombies affamés. ZOMBI 3 est une curiosité filmique à plus d'un titre. Aujourd'hui encore, la paternité de ce métrage reste incertaine et les rumeurs se contredisent.

A l'origine débuté par Lucio Fulci, le film fut ensuite repris en main par le tâcheron du Z Bruno Mattei et son complice, le producteur Claudio Fragasso. Le tandem avait déjà œuvré sur une poignée de titres bis plus ou moins mémorables comme L'AUTRE ENFER, VIRUS CANNIBALE, LES NOVICES LIBERTINES, etc. Apparemment, Fulci - malade et en complet désaccord avec le reste de l'équipe - aurait quitté le tournage, une affirmation pourtant vigoureusement démentie par Fragasso. Selon lui, Fulci n'aurait livré qu'une petite heure de matériel exploitable (moins de quinze minutes selon certaines sources!) et il aurait été forcé de terminer le boulot avec l'aide de Mattei.

Quoiqu'il en soit, le résultat n'est pas très bon, même si on ne s'y ennuie pas. Car, de réécritures en remontages, l'ensemble a perdu beaucoup de sa cohérence pour ressembler à un assemblage disparate de scènes quasi indépendantes. Entre VIRUS CANNIBALE, L'ENFER DES ZOMBIES, LE RETOUR DES MORTS VIVANTS et la NUIT DES FOUS VIVANTS (aka The Crazies), le métrage tente de trouver sa voie mais n'y parvient guère. Premier problème, et non des moindres, le scénario, rudimentaire, est entièrement résumé dans un pitch minimaliste qui passe mollement en revue les figures imposées du genre (expériences ratées, savants dépassés, militaires décidés à éradiquer la menace quitte à exterminer une population entière, etc.)

On reconnaît surtout la patte de Fulci dans une poignée de séquences montrant les morts vivants putréfiés se diriger vers leurs victimes d'une démarche saccadée, environnés d'une brume complice. Des scènes incongrues puisque, durant le reste du métrage, nos zombies font des bonds impressionnants, courent, utilisent des armes et prononcent même quelques phrases sarcastiques ("Je me sens mieux mais j'ai soif…de ton sang!"). Cette différence marquée résume bien les conceptions antagonistes ayant présidé à la confection de l'ensemble: d'un côté le sérieux respectueux d'un Fulci, de l'autre l'aspect déconnant de Mattei, lorsque les cadavres ambulants décident de courir une arme à la main vers nos héros.

A ce sujet, rappelons que - même si Fragasso se montre très fier de cette conception "novatrice" ensuite reprise dans 28 DAYS LATER - ce métrage n'est pas le premier à l'utiliser puisque les morts vivants en question rappellent fortement ceux du déjà très ringard AVION DE L'APOCALYPSE de Umberto Lenzi. Notons encore une poignée de répliques bien senties et impayables ("Il y a 8 jours cela grouillait de monde, aujourd'hui cela grouille de mouches". "C'est vous les savants, les cerveaux, nous ne sommes que de simples militaires et nous faisons ce que nous devons faire") qui font passer la pilule, du moins pour les amateurs de bis gouleyant. Les acteurs (dont Deren Sarafian, futur réalisateur de kickboxing movies pour Jean Claude Van Damme!) sont assez médiocres (et le doublage n'arrange rien, préférez la version originale!) et la mise en scène au mieux relâchée mais le rythme est relativement soutenu.

Présenté dans sa version longue intégrale, ZOMBIE III est heureusement généreux en passages gore: corps dévorés, pieu dans la gorge, impacts de balles, etc. Quelques séquences bien barrées sont également disséminées au fil du métrage: un bébé zombie dévorant une victime à peine sorti du ventre de sa mère, une tête coupée volante et carnivore échappée d'une série Z indonésienne, des oiseaux zombies, un "twist" final idiot, etc. Pour tous cela, nul doute qu'il faille remercier l'impayable Mattei! Dommage que rien n'égale la folie nonsensique de VIRUS CANNIBALE mais ces idées délirantes élèvent néanmoins le propos au-dessus du banal décalque italien des classiques de Romero.

En résumé, ZOMBI 3 constitue une série Z alerte et bien saignante qui ne laisse pas un souvenir impérissable mais offre une heure et demie de divertissement sans prétention. On peut toutefois regretter que Fulci n'ait pas entièrement réalisée la séquelle attendue de son formidable ENFER DES ZOMBIES mais on saura se contenter de ce produit bâtard.

octobre 2006