ZOMBIE HOLOCAUST - LA TERREUR DES ZOMBIES
Titre: La Regina dei Cannibali / La Terreur des Zombies / Dr Butcher MD / Island of the Last Zombies / Zombie III / Antropophage Holocaust / Queen of the Cannibals/ Il Rei dei Morti-Viventi
Réalisateur: Mario Girolami
Interprètes: Ian Mc Culloch

 

Alexandra delli Colli
Sherry Buchanam
Donald O'Brien
Peter O'Neal
Dakar
 
Année: 1980
Genre: Horreur / Gore
Pays: Italie
Editeur Neo Publishing
Critique:

A l’époque de sa sortie ZOMBIE HOLOCAUST tente l’improbable rencontre entre les deux sous-genres les plus en vogue du côté de l’horreur à l’italienne : le film de morts vivants et l’excursion tropicale sur le territoire d’anthropophage affamés. Avec le succès commercial de L’ENFER DES ZOMBIES et de CANNIBAL HOLOCAUST, une fusion de toutes ces boucheries semblait inévitable et le film débarque donc sur les écrans aux débuts des années 80.

Quel est le point de départ justifiant l’union contre nature des bouffeurs de chair humaine, vivants ou décédés? Une intrigue abracadabrante mais distrayante. Un asiatique est surpris, dans un hôpital new-yorkais, à commettre des actes de cannibalisme. L’enquête révèle que le bonhomme appartient à une tribu anthropophage originaire de l'île de Kito. Une belle journaliste (Sherry Buchanam de LAST HOUSE ON THE BEACH, TENTACULES et EMMANUELLE & JOAN), une tout aussi doctoresse (Alexandra delli Colli, revue plus tard dans L’EVENTREUR DE NEW YORK) et un scientifique (Ian Mc Culloch, vu dans L’ENFER DES ZOMBIES et CONTAMINATION) partent enquêter sur place.

Sur l’île tropicale, le petit groupe découvre un savant fou, Abrera (joué par Donald O’Brien, un vétéran du western – KEOMA, MANNAJA – déjà confronté aux mangeurs d’homme dans EMMANUELLE ET LES DERNIERS CANNIBALES) cherche le secret de l'immortalité et commet d'horribles expériences, lesquelles ont entraîné la création d'une meute de zombies.

Exploitée sous de nombreux titres différents (dont un très opportuniste ZOMBIE 3), cette série Z italienne mixe une foule d’ingrédients pas vraiment compatibles (morts vivants, cannibales, savant fou, érotisme, gore, etc.) au gré d’une intrigue très floue ayant sûrement beaucoup évolué au fil d’un tournage que l’on devine chaotique.

Un exotisme de pacotille, un érotisme gentillet et du gooooore bien dégueulasse (dont le célèbre éclatement d’un crâne au moteur hors-bord!) sont donc au programme de ce film indéniablement fauché et raté mais étonnamment agréable à suivre. Les péripéties les plus idiotes, dans lesquelles la gratuité le dispute au racisme primaire, se suivent en effet avec plaisir et dispensent une bonne santé assez réjouissante pour les amateurs de second degré ravageur. Ainsi, les deux héros déclarent fermement "nous sommes les deux seuls survivants", même si un guide (Noir, of course !) les accompagne. Le spectateur ne peut s'empêcher de sourire au souvenir des Tarzan et autres films de jungle des années 30. Il faut d’ailleurs avouer que l'ensemble, en dépit du gore et de l’érotisme gentillet, louche très fort vers le film d'aventures rétro à petit budget. Essayer de trouver à ZOMBIE HOLOCAUST une véritable logique narrative révèle par contre de l’exploit, tant les scènes incongrues s’enchaînent en dépit de la plus élémentaire cohérence.

Les décors, pour leur part, se limitent à deux ou trois meubles, l'hôpital à quelques éléments signifiants et disparates assemblés n'importe comment et le film apparaît bien pauvre. A la production et au scénario, nous retrouvons pourtant Fabrizio de Angelis, un des responsables de L'ENFER DES ZOMBIES de Lucio Fulci sans doute résolu à exploiter vaille que vaille la popularité du gore italien en torchant son métrage le plus vite possible.

Qui dit horreur sanglante dit évidemment maquillages spéciaux et ceux-ci sont ici assurés par le fameux Rosario Prestopino, associé à Maurizio Trani. Des effets qui oscillent d'ailleurs entre le très convaincant et le risible. Mais le métrage, proposé dans sa version intégrale par Neo-Publishing, est très sanglant et devrait satisfaire les plus endurcis

Au niveau de la mise en scène, le tout s’avère assez anémique et très simpliste (on plante la caméra, on cadre une scène de boucherie, on filme et on enchaîne) mais on ne va pas chipoter pour autant. Disons simplement que le talent n'est pas vraiment au rendez-vous: nous sommes loin de la puissance évocatrice et morbide des chef d'œuvres de Fulci dont Marino Girolami s'inspire outrageusement. Le cinéaste, père du célèbre (et bien plus efficace Enzo G. Castellari) était pourtant un vétéran du bis italien ayant déjà à l’époque réalisé des dizaines de titres allant de l’érotisme au polar en passant par le western.

Dommage qu’il ne parvienne pas à dynamiter son intrigue bien délirante mais heureusement le tout dure à peine une heure quart. Pourtant, le cinéaste semble éprouver quelques difficultés à meubler entre deux séquences vomitives, quoiqu'il fasse tout son possible pour ne pas ennuyer le spectateur. Sa recette est simple: il nous montre Alexandra delli Colli retirer son porte-jarretelles pour se déshabiller intégralement et s'attarde sur sa superbe anatomie lors de longues séquences dénudées, entre autre lorsque les cannibales décident de l'ériger en déesse de la tribu. Pourquoi, me direz-vous? Difficile à dire mais on peut se consoler en se disant que le scénariste l'ignore sans doute également. L'actrice se retrouve donc nue sur une pierre, les bras et les jambes largement écartés, à la grande joie de l'érotomane. Cela change agréablement des nombreux plans répugnants qui tombent à intervalles réguliers durant le reste du métrage. Yeux dévorés, cranes éclaté avec l’hélice d’un moteur de bateau, mastication de viscère,…ZOMBIE HOLOCAUST se montre à ce niveau particulièrement généreux.

La distribution dans son ensemble est, pour sa part, assez médiocre, en particulier l’inévitable et imbuvable Ian McCulloch, franchement calamiteux avec son unique expression figée. Le bonhomme réitère à l'identique sa prestation de L'ENFER DES ZOMBIES mais témoigne ici d'une nonchalance confinant au je-m'en foutisme. Mais ce n'est sans doute pas le principal intérêt de ce produit qui, comme le signalait déjà l'excellente "Aurum Encyclopedia", souhaite seulement aligner les scènes de cadavres déchiquetés et exposer l'anatomie d'Alexandra delli Colli. On a connu pire motivations, donc!

Entre film de zombie et produit cannibale, entre récit d'aventures un peu idiot et sous-produit jouant la carte de la nudité gratuite, le divertissement est cependant assuré, dans une démarche très italienne renforcée par des dialogues ineptes et involontairement hilarants.

Exemple: - Tu ne crois pas qu'on devrait revenir plus tard avec une équipe armée? - Non! - Tu as raison.

Ou encore: - Ne venez pas avec nous, c'est dangereux! - Si, je le veux, je suis journaliste! - Bon, alors ça va.

Et le toujours hilarant: - Tu as vu comment cet homme est mort et tu ne pense qu'à ton reportage. - Ben, et alors? - Tu vas vendre bien cher ces horribles photos. - En effet!

La grande classe...

Le final, incompréhensible, laisse planer un doute car, selon certaines rumeurs, le film n’aurait jamais été achevé et le monteur aurait donc assemblés les morceaux de métrage éparpillés pour obtenir un ensemble plus ou moins cohérent. Enfin, surtout moins que plus.

Rigolo donc, mais bien ringard, voici un produit sympathique destiné aux fans de série Z italiennes. Lesquels devraient largement y trouver leur compte tant le métrage s’avère en définitive divertissant si on accepte le postulat de base (gore, nichon, exotisme de pacotille, humour involontaire).

Un petit classique de la série Z à déguster sans modération.

Fred Pizzoferrato - Juin 2009