LA VENGEANCE DU SCORPION D'OR
Titre: Im Banne des Unheimlichen
Réalisateur: Alfred Vohrer
Interprètes: Joachim Fuchsberger

 

Siw Mattson
Wolfgang Kieling
Pinkas Braun
Claude Farell
Peter Mosbacher
Siegfried Rauch
Année:  
Genre:  
Pays:  
Editeur  
Critique:

En dépit de son titre international trompeur qui laisse supposer une histoire de morts vivants, THE ZOMBIE WALKS (ou, en France, LA VENGEANCE DU SCORPION D'OR) n’est pas un film d’épouvante stricto senso mais une nouvelle adaptation du romancier Edgar Wallace, spécialiste du policier « pulp » très populaire en Allemagne durant les sixties. Pour ce 31ème long-métrage basé sur Wallace sorti après la Seconde Guerre Mondiale, la compagnie Rialto offre, une nouvelle fois, la mise en scène au vétéran Alfred Vohrer (qui tourna 14 de ces « krimis »). Comme souvent, l’œuvre littéraire de Wallace sert simplement de vague inspiration à un scénario signé Ladislas Fodor, précédemment rodé sur les « Docteur Mabuse » des années ’60.

L’intrigue s’éloigne donc de sa source pour broder sur les thématiques habituelles du krimis et proposer une enquête policière ponctuée de rebondissements et teinté d’une légère coloration fantastique. Sir Oliver décède dans un accident d’avion. Pourtant, durant ses funérailles, un rire sinistre s’échappe de son cercueil et certains murmurent qu’il pourrait avoir survécu au crash. Richissime bienfaiteur, l’enterrement du respecté Sir Oliver est d’ailleurs couvert par la journaliste Peggy Ward. Elle rapporte, bien sûr, le macabre incident qui fait rapidement les gros titres de journaux. Le « laughting corpse » devient sujet de discussion et les hypothèses fleurissent. Sir Cecil, frère du supposé défunt, affirme, lui-aussi, que Sir Oliver, toujours en vie, ne va pas tarder à se manifester. Peu après, l’avocat de la famille meurt, victime d’un tueur vêtu de noir et masqué d’un crane ricanant. Pour commettre son forfait, le meurtrier use d’une étrange bague en forme de scorpion dont le dard injecte une dose mortelle d’un indétectable poison. Appelé à la rescousse, l’inspecteur Higgins, du Yard, mène l’enquête tandis que les morts se multiplient…

Typique du Krimi des sixties, THE ZOMBIE WALKS déroule une intrigue tortueuse comprenant d’innombrables suspects qui tous ont, forcément, une raison valable de commettre une série de crimes mystérieux. Comme dans les giallos ultérieurs, le long-métrage multiplie donc les fausses-pistes et les coupables potentiels sans grand souci de logique mais avec un sens du divertissement hérité du serial. Les « misdirections » se suivent à un rythme endiablé et Alfred Vohrer rend l’ensemble si embrouillé qu’il devient impossible pour le spectateur de résoudre l’énigme. Néanmoins, au final, l’identité du coupable s’avère, elle, quelque peu prévisible et obéit à la logique classique du whodunit : le personnage le plus « innocent » est, forcément, l’assassin !

A la différence du giallo, THE ZOMBIE WALKS reste cependant destiné au grand public et ne cherche pas vraiment à susciter l’angoisse mais, simplement, à divertir. Couleurs flamboyantes, déguisement fantaisiste du maniaque, embuscade mortelle dont les héros échappent par miracle, notes humoristiques, décors criards, rebondissements improbables,… THE ZOMBIE WALKS égrène toutes les conventions du cinéma populaire avec une bonne santé réjouissante. Les démonstrations rigoureuses des romans de mystère n’ont donc pas cours ici, le cinéaste oubliant souvent la logique ou la vraisemblance au profit du pur divertissement.

Les références au folklore des « zombies » restent, elles, anecdotiques : un Créole dont la peau est, bizarrement, teinté de vert, une discussion sur le sujet dans un restaurant exotique, de vagues allusions aux pouvoirs des « morts qui marchent ». Le film effleure son sujet, simple prétexte un brin sensationnaliste à une aventure échevelée menée tambour battant et sans le moindre temps mort.

Visuellement, le film se révèle un enchantement et combine avec bonheur le style excessif et coloré du giallo aux influences de l’épouvante gothique mâtinées d’un côté très « bande dessinée » qui rappelle les adaptations de fumetti à la DANGER DIABOLIK ou KRIMINAL. Un régal pour les yeux. Sans être le meilleur « Wallace », THE ZOMBIE WALKS se suit avec un plaisir franc et non dissimulé, l’ensemble étant, en outre, suffisamment rythmé pour ne jamais laisser l’ennui ou la lassitude s’installer.

Les amateurs de comédie policière, de BD « pulp », de serials, de romans de gare, de giallo, d’épouvante rétro ou, plus simplement, d’un cinéma populaire enlevé et de qualité n’ont, par conséquent, aucune raison de se priver de cette bande réjouissante.

 

Fred Pizzoferrato - Avril 2013