ZOOM IN: RAPE APARTMENTS
Titre: Zûmu in: Bôkô danchi / Zoom In: Sex Apartments
Réalisateur: Naosuke Kurosawa
Interprètes: Youko Azusa

 

Erina Miyai
Yuuko Ohzaki
Yôko Ôyagi
 
 
 
Année: 1980
Genre: Pinku / Thriller / Erotique / Giallo
Pays: Japon
Editeur  
Critique:

Au début des années ’80, le giallo a disparu des écrans européens mais semble inspirer les Asiatiques qui le redécouvrent avec quelques années de retard. Outre l’une ou l’autre production de la Shaw Brothers largement tributaire des modèles italiens (notamment HEX et CORPSE MANIA), les Japonais en reprennent, eux aussi, les codes distinctifs dans ce curieux hybride qui tient à la fois du thriller violent, du drame et de l’érotisme déviant.

La jeune Saeko profite de l’opportune absence de son époux pour renouer avec son ancien copain Takaya qui vit à l’autre bout de la ville, dans une zone en construction. Sur le chemin, Saeko est agressée par un mystérieux homme masqué qui la viole en la menaçant d’une sorte de pic à glace. C’est le début d’un véritable engrenage de violences : de nombreuses demoiselles sont attaquées, violées, sexuellement torturées et assassinées par le maniaque. Au fil du temps, Saeko soupçonne Takaya d’être le responsable de ses meurtres mais se refuse cependant à le dénoncer, trop heureuse de pouvoir profiter de ses ardeurs sexuelles.

ZOOM IN : RAPE APARTMENTS constitue la première réalisation du débutant Naosuke Kurosawa, lequel s’illustre ici dans le domaine codifié du « pinku violence ». Situé dans un environnement urbain menacé par la décrépitude où se succèdent sinistrement immeubles à l’abandon, terrains vagues et échafaudages, le film emprunte beaucoup au cinéma populaire italien des années ’70 et offre une vision guère engageante de la société. L’intrigue, quelque peu confuse, se réfère beaucoup au giallo et dépeint les agissements d’un tueur sadique dont la « signature » réside dans la façon dont il supprime ses victimes féminines : en enflammant leurs parties intimes !

Peu soucieux de vraisemblance, ZOOM IN : RAPE APARTMENTS développe au contraire une atmosphère onirique et surréelle qui délaisse l’enquête policière, habituellement prisée par les Italiens, pour privilégier les relations tendues entre les deux personnages principaux. La conviction de l’héroïne concernant la culpabilité de son amant ne sera, par exemple, étayée par aucun fait précis mais permettre d’illustrer le dilemme moral qui découle de cette certitude ainsi que les rapports sexuels, toujours envisagés comme des jeux de pouvoir et de soumission.

Si l’importance des décors architecturaux, le tueur portant un imperméable et des gants noir, l’accent mis sur la sexualité et la mise en scène stylisée sont autant d’éléments qui rapprochent ZOOM IN : RAPE APARTMENTS du thriller à l’italienne, l’érotisme reste cependant proéminent et inclut les fantasmes coutumiers du cinéma d’exploitation nippon concernant le viol, la soumission, le voyeurisme et les jeux pervers. Bref, le catalogue récurrent de la Nikkatsu en matière de sexe et de violence, toujours teinté d’une misogynie prononcée.

L’esthétisation des mises à mort induit également quelques scénographies fétichistes intéressantes comme cette victime qui fuit le meurtrier, appelle à l’aide sans recevoir la moindre réponse de témoins indifférents et finit dans une clôture dont les fils barbelés lui déchirent le visage avant que le maniaque ne lui brule l’entrejambe. Le tueur, par la suite, utilisera un chalumeau pour carboniser le vagin d’une autre demoiselle. Des scènes évidemment plus suggérées que détaillées, censure oblige, mais qui dénotent l’imagination particulièrement cruelle et morbide des cinéastes japonais dans l’érotisation de la brutalité.

D’autres passages, plus classiques, recourt cependant à un érotisme plus conventionnels basé sur le saphisme, la masturbation féminine, le viol et la nudité.

Mené à un rythme très correct et bien aidé par une durée adéquatement restreinte (68 minutes), ZOOM IN : RAPE APARTMENTS constitue une étrange décoction de violence, de sadisme, de sexualité malsaine et de drame. Ses influences « giallesques » assumées lui assurent en outre de sortir de la masse interchangeable des « films érotiques violents » nippon et en font une estimable curiosité pour les amateurs de dépravations cinématographiques.

 

Fred Pizzoferrato - Novembre 2013